Danny Trom, sociologue : « La loi Yadan révèle un état de l’opinion où toute répression de la parole antisémite équivaut à une censure »

La proposition de loi Yadan [déposée par la députée macroniste des Français établis hors de France, Caroline Yadan] ambitionnait de réprimer la parole antijuive, qui n’a cessé de proliférer ces dernières années. Mais elle est intervenue dans un contexte qui la rendait inaudible : le mot « antisémitisme » y fonctionne comme un marqueur politique, clivant des camps qui se font face.

Pour les juifs, il désigne les violences qu’ils subissent, en augmentation réelle. Dans le débat public, il a perdu sa force descriptive pour ne plus désigner qu’un phénomène mis en doute. Aussi la loi Yadan a-t-elle déclenché une vague de protestations, indifférente à son enjeu réel, et révélant un état de l’opinion où toute répression de la parole antisémite équivaut, dans son intention, à une censure. Censure d’autant plus malveillante qu’elle touche le camp dont l’étendard n’est autre que la lutte pour la justice, le progrès des droits et l’égalité.

Que ce projet de loi puisse empiéter sur la liberté d’expression constitue une préoccupation juste. Mais de quelles expressions, et de quelles opinions, s’agit-il ? Non pas de la critique de la politique israélienne, que les termes de la loi excluent explicitement de son périmètre. Ce qu’il condamne, c’est la possibilité de dire que l’Etat d’Israël doit être détruit, qu’il est criminel, raciste et génocidaire par vocation, comparable à l’Allemagne nazie – le premier énoncé se nourrissant du second, et inversement. Aussi se comprend-il comme une extension de la loi Gayssot, du 13 juillet 1990, sur la négation de la Shoah, élargie à sa relativisation, pour saisir une parole antijuive nouvelle, qui se déclare antisioniste. Or, c’est ce renouvellement que les détracteurs de la loi récusent.

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Les juifs ont-ils raison de se sentir visés à travers des énoncés portant sur l’Etat d’Israël – qu’ils renvoient à la Shoah ou appellent à la disparition de l’Etat des juifs ? C’est l’enjeu véritable de la loi Yadan. On ne peut comprendre ce qui se joue là sans rappeler brièvement la situation des juifs dans l’Europe de l’après-seconde guerre mondiale. L’Europe s’est reconstruite sur le rejet de la guerre et sur la hantise de la Shoah, mettant définitivement un terme à la reformulation incessante de ce que l’on nommait le « problème juif ».

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Source:

www.lemonde.fr

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