La commune ne sera plus seulement associée à sa maison centrale, l’un des établissements pénitentiaires les plus sécurisés du pays, qui accueille des détenus médiatisés comme Michel Fourniret, Émile Louis, Francis Heaulme, Guy Georges ou encore Nordahl Lelandais.
Le futur équipement sera consacré à la préparation des commandes clients et intégrera, selon Amazon, ses « dernières technologies robotiques ». Sur le plan juridique, le projet correspond à un très grand entrepôt logistique autorisé dès 2020, qui représente près de 19 hectares de surface de plancher sur quatre niveaux.
Pour Amazon et les élus locaux, l’argument central reste économique. L’entreprise affirme avoir déjà investi plus de 1,5 milliard € dans le Grand Est depuis 2010 et y employer plus de 4000 salariés en CDI. L’entreprise américaine met par ailleurs en avant 4500 emplois indirects soutenus dans la région en 2024, selon une étude du cabinet Keystone.
Le maire d’Ensisheim, Michel Habig, voit dans cette arrivée « un signal fort » et une « opportunité considérable » pour le territoire, en matière d’emplois, d’activité et de recettes fiscales. Il n’hésite pas à dénoncer les oppositions passées, évoquant, auprès de France 3 Grand Est, « une petite minorité de personnes » qui « font perdre des opportunités d’emplois à des milliers de personnes ».
Cinq ans de bataille judiciaire locale
Mais l’annonce clôt surtout un conflit ancien. Le 21 juillet 2020, la commune d’Ensisheim avait délivré à la société Eurovia 16 Project un permis de construire pour ce très grand entrepôt. Les associations Alsace Nature et Les Amis de la Terre ont perdu une première bataille devant le tribunal administratif de Strasbourg, le 20 octobre 2022.
Puis la cour administrative d’appel de Nancy a confirmé, le 11 septembre 2025, la légalité du permis. En parallèle, le recours contre l’autorisation environnementale délivrée par le préfet du Haut-Rhin a été rejeté par le tribunal administratif de Strasbourg le 17 février 2025. Faute d’appel, ce jugement est devenu définitif.
Rue89 Strasbourg parlait à l’automne 2025 de la « fin d’une mobilisation de cinq ans », en relevant qu’Alsace Nature n’entendait plus saisir le Conseil d’État. Depuis 2020, les collectifs écologistes et altermondialistes dénonçaient l’artificialisation des sols, l’impact du trafic routier, ainsi qu’un projet pensé pour le e-commerce massif plutôt que pour les besoins locaux. Des manifestations ont été organisées à plusieurs reprises, notamment en 2020 et 2021.
Pour les opposants, le lancement du chantier sonne comme un point final. « C’est évidemment très dur, c’est une véritable déception pour les militants qui se sont battus toutes ces années », regrette Michèle Grosjean, présidente d’Alsace Nature.
Amazon démentait encore en 2020
L’un des points les plus sensibles a longtemps été l’opacité sur l’identité du futur exploitant. Dès 2020, alors que le nom d’Amazon n’était pas officiellement avancé dans les procédures, plusieurs opposants estimaient que les dimensions du site et la stratégie immobilière employée renvoyaient clairement au géant américain.
Cette même année, le directeur général d’Amazon France, Frédéric Duval, assurait encore n’avoir « pas de projet » à Ensisheim ou en Alsace. Les adversaires du dossier n’y croyaient pas et dénonçaient déjà le fait que « le futur utilisateur » ne soit pas clairement identifié.
Selon plusieurs médias locaux, la communauté de communes a cédé les parcelles à Logistics Capital Partners le 9 avril pour environ 8 millions €, avant qu’une vente en l’état futur d’achèvement ne soit conclue avec Amazon France Logistique. Cette séquence a permis d’officialiser publiquement, le 14 avril, ce que les opposants soupçonnaient depuis des années.
« Vu les dimensions annoncées, ça ne peut être qu’eux », assurait déjà en 2022 l’avocat François Zind, représentant des associations.
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« C’est une catastrophe pour la nature », estime Michèle Grosjean, qui évoque « un vrai coup d’arrêt » pour les mobilisations locales, sans exclure la poursuite d’actions. Certains militants reconnaissent toutefois l’impasse actuelle. « Une fois que les projets sont lancés, ça devient compliqué », admet Pascal Lacombe, du collectif le Chaudron des alternatives, qui envisage désormais de « concentrer [l’]énergie sur d’autres dossiers ».
À Ensisheim, le débat juridique est presque clos. Le débat politique, économique et écologique, lui, ne fait que changer de terrain.
Photographie : illustration, Stock Catalog, CC BY-NC 2.0
DOSSIER – Le prix unique des frais de port du livre, une saga législative
Par Hocine BouhadjeraContact : hb@actualitte.com
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