Fin des années 1960 : Kahlo quitte les cercles artistiques pour devenir un signe. Mouvement chicano, luttes identitaires, féminismes émergents. Son image est reprise, amplifiée, politisée. Elle devient langage bien qu’il ne naisse pas ex nihilo. Il s’enracine dans une histoire plus ancienne, plus instable : celle d’un Mexique traversé par les héritages coloniaux, où les identités indigènes, métisses et européennes s’entrechoquent et se redéfinissent sans cesse. Bien avant les appropriations tardives, Kahlo s’inscrit dans ce moment charnière où la culture nationale du Mexique se cherche, et où des artistes tentent d’en formuler les contours, parfois au risque du cliché (sombreros, ponchos…). Dans les années 1970 et 1980, ses autoportraits : moustache fine, costumes masculins, corps exposé, fissurent les normes. Le regard change de direction : de l’intime vers le collectif. L’exposition s’étire jusqu’au contemporain. Judy Chicago, Ana Mendieta, Kiki Smith : autant de prolongements, de réinterprétations, de résistances. Chez eux, l’artiste mexicaine n’est plus une référence, mais un outil. Une matrice pour penser le corps, la violence, le genre, la mémoire. Et soudain, saturation. Une salle entière dédiée à la “Fridamania”. Plus de 200 objets. T-shirts, poupées, flacons. L’image se dilue dans la culture de masse.
© Frida Kahlo
Source:
www.vogue.fr



