Derrière l’affaire Master Poulet, un bucket d’opportunisme et de contradictions

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Tout est politique, disait-on en Mai 68. Même le pilon de poulet, répond la gauche d’aujourd’hui. Depuis plusieurs semaines, un bras de fer oppose une enseigne de restauration rapide au maire de Saint-Ouen Karim Bouamrane, sur fond d’accusations croisées de gentrification de la ville et de promotion de la « malbouffe ». C’est l’affaire Master Poulet.

Tout commence le 11 avril dernier, avec l’ouverture de ce nouveau fast-food situé à deux pas de la mairie. L’édile socialiste fait alors installer des blocs de béton tout autour, en arguant que Master Poulet s’est imposé « sans autorisation préalable » et contre l’avis de la municipalité. Débouté par la justice et moqué par l’enseigne sur des banderoles accrochées à sa devanture, le maire a finalement remplacé son dispositif par d’imposants pots de fleurs.

Dernier épisode en date, ce mardi : Karim Bouamrane se félicite sur les réseaux sociaux de voir que les propriétaires ont commencé le démontage de leur véranda, conformément à la récente décision du tribunal de Montreuil. De quoi mettre de l’ordre dans la basse-cour ? Rien n’est moins sûr, tant la bataille de Saint-Ouen recèle d’enjeux politiques – mouillés à la sauce opportuniste.

Petite bataille, gros risques

D’abord locales, les bisbilles entre le spécialiste du poulet grillé à bas prix (36 restaurants en France dont 28 à Paris et sa région) et le socialiste qui caresse des espoirs pour la présidentielle 2027, ont vite dépassé les frontières de la ville de 50 000 habitants.

Elles ont effectivement connu un certain succès sur les réseaux sociaux, avant d’être savamment épicées par un ingrédient inattendu. En l’occurrence, La France insoumise. Gourmands de pouvoir brocarder un de leurs adversaires politiques les plus engagés en Île-de-France, plusieurs élus LFI se sont effectivement engouffrés dans la polémique pour dénoncer une logique de « gentrification » (l’exclusion des plus précaires) à l’oeuvre à Saint-Ouen.

Le député LFI du coin Éric Coquerel s’est même rendu sur place, samedi dernier, pour demander l’intervention du préfet au profit de l’enseigne de poulet. Car, selon le président (LFI) de la commission des finances à l’Assemblée, Karim Bouamrane se livre à un « harcèlement administratif » avec « l’idée de favoriser des commerces proposant des prix qui ne sont pas abordables pour toutes et tous ». C’est effectivement l’un des reproches qui peut être fait au maire socialiste.

S’il affirme sonner le tocsin contre l’enseigne pour protéger le confort des habitants et juguler la malbouffe, Karim Bouamrane donne surtout l’impression d’engager des moyens disproportionnés dans un combat assez dérisoire. Il prend le risque, en tout cas, de mépriser l’enjeu de pouvoir d’achat (rares sont les restaurants à proposer un demi-poulet à 4 euros) ou d’infantiliser les habitants, « libres de pouvoir manger du poulet comme il le souhaite », a-t-il cru bon de rappeler, dimanche, dans un communiqué.

Tant pis pour l’écologie ou le bien-être animal

Difficile, aussi, de ne pas déceler derrière la croisade du socialiste une affaire d’opportunisme politique (à un an de la présidentielle). Certains internautes passionnés par cette saga font par exemple remarquer que l’homme fort de Saint-Ouen n’a jamais déployé ces moyens pour contraindre les dizaines d’enseignes de fast-food implantées dans sa ville. Un restaurant « Burger King », connu pour ses sandwichs hypercaloriques, est même situé juste en face de la boutique Master Poulet, sans que la mairie n’ait trouvé à redire depuis 2015.

Mais dans cette bataille volaillère, les contempteurs de l’édile, la France insoumise en tête, ne sont pas exempts de contradictions non plus. Pour cibler leur adversaire, les troupes mélenchonistes sont prêtes à s’asseoir sur plusieurs de leurs combats, parfois historiques. Exit ainsi les enjeux liés à la malbouffe ou à l’éducation nutritionnelle, un thème pourtant mis en avant par Jean-Luc Mélenchon depuis de nombreuses années – en ce que le phénomène touche avant tout les moins favorisés.

En 2024, il critiquait par exemple « la logique du capitalisme », qui « vous gave de malbouffe et investit son argent dans les médicaments contre l’obésité. » Exit, aussi, les grandes batailles idéologiques autour de la surconsommation de viande, l’agriculture raisonnée, le bien-être animal ou la souveraineté alimentaire. Ici, les partisans de La France insoumise, jamais avares de critiques contre le libre-échange, se retrouvent à soutenir une chaîne de restaurants qui entend inonder l’Île-de-France de volailles… Venues de Pologne et d’Espagne.

C’est ainsi, enfin, qu’un maire socialiste défend l’interventionnisme de l’État (pour choisir les boutiques qui peuvent ouvrir dans sa commune), contre des insoumis prompts à défendre, ici, une logique de marché qui viendrait à s’autoréguler. Il faut lire la prose d’Éric Coquerel, qui s’alarme dans son communiqué d’une « atteinte grave à la liberté du commerce et de l’industrie ». Ceci, en dépit de toutes les thèses défendues par Jean-Luc Mélenchon au long de sa vie politique. De là à dire que l’anticapitalisme à la sauce LFI s’arrête à la porte de Master Poulet… Il n’y a qu’un pas. Ou un battement d’ailes.


Source:

www.huffingtonpost.fr

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