SFR : « La saga entrepreneuriale de Patrick Drahi n’était qu’une acrobatie financière »

Patrick Drahi peut jubiler. Altice, la société qu’il contrôle, est sur le point de revendre SFR pour 20,35 milliards d’euros à ses trois concurrents. Au terme de tractations laborieuses, Bouygues, Orange et Free ont en effet accepté d’entrer en négociations exclusives jusqu’au 15 mai pour lui verser près de 4 milliards de plus que leur première offre, formulée en octobre 2025.

Mais si Patrick Drahi est un financier madré, il est un piètre entrepreneur. En se mettant en situation de rembourser l’énorme dette accumulée par sa société, il est en train de retomber sur ses pieds, mais on ne peut pas en dire autant de SFR. Salariés, fournisseurs et clients ont été pendant une douzaine d’années les variables d’ajustement d’une stratégie de prédation au détriment du développement économique d’une entreprise qui se retrouve aujourd’hui essorée et à la marque démonétisée.

Quand Patrick Drahi s’empare de l’opérateur téléphonique, racheté à Vivendi en 2014 pour plus de 13 milliards d’euros, il affiche des ambitions industrielles. Il s’agit de marier Numericable avec les services de téléphonie mobile de SFR en créant des synergies. Il promet qu’il sera plus agile, plus audacieux, plus rentable que ses concurrents. Douze ans plus tard, on est loin du compte. Le chiffre d’affaires a fait du surplace, la rentabilité s’est tarie et la marque, autrefois solide, est devenue synonyme de pannes, de services clients défaillants et de promesses non tenues. Les concurrents, eux, ont surtout profité des déboires de SFR pour se renforcer.

Lire le récit | Article réservé à nos abonnés Comment Patrick Drahi a rétréci SFR, devenu, en dix ans, la proie de ses concurrents

Qu’est-ce qui n’a pas fonctionné ? A peu près tout ce qui fait qu’une entreprise de télécoms digne de ce nom peut prospérer. L’investissement, d’abord. L’opérateur a longtemps sous-investi dans ses réseaux, retardant la modernisation de ses infrastructures, notamment dans la fibre, pendant que ses concurrents amélioraient couverture et qualité de service. Ensuite, la politique commerciale, erratique, alternant les promotions aussi agressives qu’éphémères et les hausses tarifaires intempestives. Le pari stratégique, enfin. Le rapprochement entre contenant et contenus, média et droits sportifs rachetés à grands frais pour justifier une montée en gamme de ses abonnements a été un échec. « Ça ne s’est pas passé comme je le pensais », reconnaîtra plus tard Patrick Drahi.

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Source:

www.lemonde.fr

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