Face à la multiplication de signaux alarmants sur la situation du logement en France, le gouvernement s’est résolu à agir. Le premier ministre, Sébastien Lecornu, a annoncé, le 23 avril, un projet de loi de « relance du logement », avec l’ambition d’une adoption d’ici à la fin de l’année. La surprise est réelle. Sous la présidence d’Emmanuel Macron, la politique du logement est longtemps restée un angle mort de l’action gouvernementale, perçue avant tout comme un gouffre pour les finances publiques.
L’urgence semble avoir imposé ce sursaut. Le marché locatif privé s’est fortement rétracté, tandis que le parc social est soumis à des tensions croissantes, avec des files d’attente qui ne cessent de s’allonger. La chute des mises en chantier a, en outre, produit des effets macroéconomiques inattendus : la baisse substantielle des recettes de TVA a contribué au dérapage budgétaire de 2024. L’Etat a appris à ses dépens que le logement n’est pas seulement une dépense, mais aussi un moteur économique dont le ralentissement se paie cher.
Parmi les annonces marquantes figure la relance de la rénovation urbaine, avec un programme ciblant 150 quartiers prioritaires à l’horizon 2030-2040, étendu pour partie aux villes moyennes. Ces territoires, longtemps relégués à l’arrière-plan, redeviennent un objet d’attention. Le monde du HLM s’en félicite, tout en exprimant des réserves sur certains leviers de financement, notamment la possibilité d’augmenter les loyers des nouveaux locataires pour financer la rénovation énergétique.
Autre mesure sensible : la remise sur le marché de logements classés F et G, sous réserve d’un engagement de travaux. Jusqu’à 700 000 logements pourraient ainsi rester disponibles. Ce choix marque un infléchissement assumé de la politique environnementale, justifié par le gouvernement au nom du pragmatisme. Sa crédibilité dépendra toutefois de la réalité des contrôles et des moyens accordés à la rénovation, alors même que les enveloppes d’aides, comme MaPrimeRénov’, sont sous tension.
Occasion politique
La réforme la plus structurante concerne sans doute la décentralisation accrue des politiques du logement. Les maires pourraient se voir confier un tiers des attributions de logements sociaux, jusqu’ici réservées aux préfets. Cette mesure n’est pas sans risques, tant les craintes de clientélisme et d’inégalités territoriales sont fortes. Dans la même logique, les intercommunalités prendraient la main sur les aides à la pierre et certaines aides à la rénovation.
Il faut néanmoins se réjouir qu’un premier ministre prenne enfin au sérieux la question du logement. La récente campagne des municipales a montré combien le sujet est devenu central pour les Français. Il pèse sur le pouvoir d’achat, la mobilité professionnelle, l’emploi, mais aussi sur la démographie, l’accès à un logement plus grand conditionnant souvent les projets familiaux.
Sur le plan politique, le calcul est double. Il s’agit d’abord d’occuper un terrain investi par le Rassemblement national, souvent sur un mode démagogique, notamment autour des passoires thermiques ou du logement social. Il s’agit aussi, face à une crise aiguë, de montrer que l’exécutif agit. D’autant que ce plan, peu coûteux pour les finances publiques, répond à un sujet largement consensuel, comme l’a montré l’adoption massive de la loi sur les meublés touristiques en 2024. Se saisir d’un tel levier, dans une Assemblée fragmentée, est une occasion politique que Sébastien Lecornu aurait tort de laisser passer. Reste que le texte n’est pas encore écrit et c’est souvent là que se joue l’essentiel.
Source:
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