Portugal, Chine, Périclès : Books éclaire l’époque

D’un essai portugais à un roman basque, d’un récit sur l’internet chinois à une enquête sur l’extrême droite américaine, elle montre comment la lecture replace l’époque dans une histoire longue, où les imaginaires collectifs façonnent autant les nations que leurs crises. Chaque notice résume un enjeu, un livre et une façon de lire le monde.

Idées — L’insaisissable identité du Portugal

Diálogos Lusitanos (« Dialogues lusitaniens »), d’Onésimo Teotónio Almeida, Quetzal Editores, 2024.

Réduit à un petit rectangle excentré de la péninsule Ibérique, le Portugal appartient à ces nations qui interrogent leur identité après la perte de leur empire. Onésimo Teotónio Almeida revient sur la place centrale de la saudade, sur les effets de la révolution des œillets et sur les représentations que les Portugais se font d’eux-mêmes.

Son livre prolonge une réflexion ouverte dans A obsessão da Portugalidade, où l’auteur observait l’abondance de travaux consacrés à la culture, à la littérature et à l’avenir du pays après le 25 avril 1974. Il rapprochait cette floraison de la génération espagnole de 1898, elle aussi travaillée par la fin d’un monde colonial. Lire l’article

Chine — Achetez, consommez, il n’y a rien à voir

The Wall Dancers: Searching for Freedom and Connection on the Chinese Internet (« Danser contre le mur. En quête de liberté et de connexion sur l’internet chinois »), de Yi-Ling Liu, Knopf, 2026.

Les internautes chinois vivent derrière une frontière numérique qui exclut les sites étrangers les plus connus, de Wikipédia à YouTube, et filtre les sujets jugés sensibles par le pouvoir. Le livre de Yi-Ling Liu explore cette « grande muraille » contemporaine à travers des entretiens avec des voix marginalisées, dont un ancien censeur.

Dans le Times Literary Supplement, Nick Holdstock rappelle que Winnie l’ourson fut interdit en raison de comparaisons avec Xi Jinping. Le récit donne à lire une Chine où la consommation et le contrôle politique se renforcent mutuellement. Lire l’article

Histoire — Cherchez le Trump sous le Périclès

Hubris: Pericles, the Parthenon, and the Invention of Athens (« Hubris. Périclès, le Parthénon et l’invention d’Athènes »), de David Stuttard, The Belknap Press of Harvard University Press, 2026.

David Stuttard relit Périclès à travers une figure de chef bâtisseur, stratège, populiste et soucieux de puissance nationale. Le parallèle avec Donald Trump n’est pas formulé comme une thèse centrale, mais il s’impose au lecteur contemporain par un faisceau de ressemblances politiques et symboliques.

L’ouvrage restitue la vie politique athénienne au Ve siècle avant notre ère, avec une narration soutenue par l’expérience théâtrale de son auteur. Il donne au pouvoir antique un relief immédiatement lisible pour le présent. Lire l’article

Roman — Entre une journée parfaite et une agréable soirée

Maite, de Fernando Aramburu, Tusquets, 2026.

Fernando Aramburu poursuit sa fresque consacrée aux Basques avec un roman situé à Saint-Sébastien, au moment de l’enlèvement puis de l’assassinat du conseiller municipal Miguel Ángel Blanco, en juillet 1997. L’ETA exigeait alors le transfert de ses prisonniers vers des établissements du Pays basque.

Ce cinquième volet des Gentes vascas prolonge le travail d’Aramburu sur les effets intimes et collectifs de la violence politique. L’événement historique, qui accéléra le rejet massif de l’ETA, devient la toile de fond d’une fiction attentive aux vies ordinaires. Lire l’article

Actualité rétrograde — Pourquoi les nationalistes blancs portent des casques grecs

The White Pedestal: How White Nationalists Use Ancient Greece and Rome to Justify Hate (« Le piédestal blanc. Comment les nationalistes blancs exploitent la Grèce et la Rome antiques pour justifier la haine »), de Curtis Dozier, Yale University Press, 2026.

Curtis Dozier analyse la passion des nationalistes blancs américains pour l’Antiquité gréco-romaine. Depuis 2017, son site Pharos documente les usages politiques de Sparte, des Thermopyles ou des symboles classiques dans des discours racistes et masculinistes.

Le livre suscite des lectures contrastées. Pour ses défenseurs, il met au jour une instrumentalisation historique persistante. Pour ses critiques conservateurs, il illustre une relecture idéologique du passé. L’enjeu dépasse la seule exactitude savante : il touche à la responsabilité morale des chercheurs face aux usages contemporains de l’histoire. Lire l’article

Pour aider Books

Books est mort, vive Books ! En attendant peut-être un jour le magazine lui-même, voici la Booksletter qui renaît de ses cendres grâce à l’Association Les Amis de Books. Pour adhérer à l’association, écrivez à lesamisbooks@gmail.com. Pour faire un don ou pour en savoir plus sur ce projet, rendez-vous sur leur page HelloAsso.

Crédits photo : Fernando Pessoa – Esraíta Araújo, CC BY SA 4.0

Par Nicolas GaryContact : ng@actualitte.com


Source:

actualitte.com

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