Sévigné au plus près des nouvelles
Madame de Sévigné est d’abord une femme du Grand Siècle. Son parcours suit celui de la progression de la presse périodique et de l’information imprimée au 17ᵉ siècle. Aristocrate, elle fait partie de cette minorité de femmes qui savent lire et écrire. Madame de Sévigné lit La Gazette de Théophraste Renaudot, le Mercure galant de Jean Donneau de Visé et d’autres périodiques imprimés à l’étranger et diffusés en France.
Pour les femmes de l’aristocratie, se tenir au courant de l’actualité politique et culturelle permet de tenir son rang et de gérer sa réputation. Madame de Sévigné s’informe également des intrigues de cour par la correspondance. Les échanges continus de lettres avec ses destinataires lui permettent parfois d’accéder à une nouvelle sans l’intermédiaire des journaux. L’accès à l’information passe aussi par l’échange oral avec des proches qui fréquentent la cour.
Une contemporaine de la Fronde
En 1648, la Fronde commence et Madame de Sévigné a tout juste 22 ans. Plus qu’un soulèvement populaire, la Fronde est une révolte des aristocrates et parlementaires lors de la régence de Mazarin et d’Anne d’Autriche. Entre 1648 et 1653, l’information en sort bouleversée. Les pamphlets se multiplient et l’on voit apparaître des mazarinades dans les rues des villes du royaume de France.
Au contraire du cardinal de Retz ou du prince de Condé, Madame de Sévigné n’a pas intérêt à prendre part au soulèvement. Il est cependant certain qu’elle se tient au courant des événements et qu’elle entend les chansons frondeuses qui animent les rues à Paris. Ces airs connus de tous et toutes touchent toutes les catégories sociales. Au lendemain de la Fronde, Madame de Sévigné conserve des liens avec des frondeurs exilés, comme le cardinal de Retz.
De Fouquet à l’affaire des poisons
La correspondance de Madame de Sévigné se place en concurrence avec La Gazette et le Mercure galant. Dans ses lettres, Madame de Sévigné se fait souvent enquêtrice. Elle ménage du suspense de lettres en lettres. Parfois, Sévigné tourne l’actualité sous la forme d’une devinette, en écrivant à sa destinataire “Devinez qui ?”.
En 1661, l’arrestation de Nicolas Fouquet, surintendant des finances, fait du bruit dans toute la France. À la manière d’une reporter, Madame de Sévigné feuilletonne en relatant au jour le jour l’affaire. Elle informe notamment le seigneur Pomponne du procès de Fouquet.
Au 17ᵉ siècle, l’actualité se vit aussi au théâtre. Dans ses lettres, Madame de Sévigné commente, critique ou fait l’éloge de certaines pièces. C’est notamment le cas de Bajazet de Jean Racine en 1672. À travers les lettres de Sévigné, c’est l’histoire politique et culturelle du Grand Siècle qui se lit au fil des mots. Ce qui facilite le travail des historiens et historiennes.
Pour en savoir plus
Karine Abiven est professeure en langue française à l’Université de Rouen Normandie.Ses publications :
Sur l’air de la Fronde. Chansons d’actualité et guerre civile (1648-1661), Champ Vallon, 2026.(avec Laélia Véron), Trahir et venger. Paradoxes des récits de transfuges de classe, Paris, La Découverte, 2024.L’Anecdote ou la fabrique du petit fait vrai. De Tallemant des Réaux à Voltaire (1650-1750), Paris, Classiques Garnier, 2015.
Christophe Schuwey est chercheur en littérature du XVIIe siècle, maître de conférences en humanités numériques et histoire du livre à l’Université de Bretagne Sud.Ses publications :
(avec Clara Dealberto et Jules Grandin), L’Atlas Molière, Les Arènes, 2022.Un entrepreneur des lettres au XVIIe siècle. Donneau de Visé, de Molière au Mercure galant., Classiques Garnier, 2020.
Références sonores de l’émission à venir
Générique : « Gendèr » par Makoto San, 2020.
Source:
www.radiofrance.fr



