« Let the Record Show. Une histoire politique d’Act Up-New York, 1987-1993 » (Let the Record Show. A Political History of Act Up-New York, 1987-1993), de Sarah Schulman, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Adeline Chevrier Bosseau, Hélène Cottet, Mathieu Duplay, Laurence Gervais, Corinne Oster et Hélène Quanquin, Libertalia, 1 232 p., 20 €.
Avec sa voix douce et le sourire serein qui ne la quitte jamais, Sarah Schulman ne transpire pas la rage du militantisme. Née en 1958, cette ancienne journaliste – par ailleurs lesbienne et militante féministe – s’engage à Act Up-New York, l’organisation LGBT de lutte contre le sida, dès sa création, en 1987. Devenue autrice à succès d’essais et de romans, et professeure de creative writing à l’université Northwestern, dans l’Illinois, Schulman a publié en 2021 Let the Record Show. Une histoire politique d’Act Up-New York, 1987-1993, que voici traduit. Mouvement majeur de l’histoire politique de la fin du XXe siècle, Act Up-New York a non seulement inspiré la création d’Act Up-Paris, en 1989, mais sert encore de modèle d’action, aujourd’hui, à des mouvements sociaux, notamment écologistes.
Comment êtes-vous devenue l’historienne d’une lutte à laquelle vous avez participé ?
Quand Act Up a été fondé, en 1987, j’écrivais sur le sida depuis plus de cinq ans. En 1980, j’avais 22 ans, et j’ai commencé à écrire pour des journaux féministes et gay. Chaque ville avait des publications lesbiennes et gay à cette époque, pour lesquelles nous travaillions gratuitement. Puis est arrivé l’article du New York Times du 3 juillet 1981 : « Rare cancer seen in 41 homosexuals » [« un cancer rare observé chez 41 homosexuels »], qui a été un choc. Nous ne le savions pas encore, mais il s’agissait des premiers malades – qui allaient mourir – et du début de l’épidémie du sida. J’ai commencé à écrire des articles sur des femmes infectées, des enfants nés séropositifs, et sur les sans-abri qui tombaient malades – il y avait beaucoup de cas à New York à cette époque. J’ai rejoint Act Up en juillet 1987, quelques semaines après la création, et j’y suis restée jusqu’à la scission entre le collectif et les spécialistes des traitements, qui le quittent en 1992.
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Source:
www.lemonde.fr



