Dans les coulisses de l’ONU où il n’y a pas eu de modification printanière du mandat de la MINURSO
Tribune de Philippe Liénard
À la suite de la reconduction du mandat de la MINURSO en parallèle du vote de la Résolution 2797 du 31 octobre 2025 au sujet de la question du Sahara et de son autonomie sous souveraineté marocaine, selon le projet déposé par le royaume du Maroc, il a été prévu de faire le point en avril 2026 à l’ONU notamment quant au mandat de cette MINURSO, à revoir ou pas en fonction de l’évolution du processus onusien en marche vers une solution juridique pacifique du différend saharien.
Rappel: après l’Avis de la CIJ du 16 octobre 1975 n’ayant pas pris toute la mesure du concept de « baya », mais néanmoins favorable à l’analyse marocaine, après la Marche Verte de 350.000 Marocains impulsée le 6 novembre de la même année par feu le roi Hassan II pour marquer le fondement de l’aspiration du Maroc à réunir ses provinces du sud et du nord, et, bien après le retrait espagnol qui ne fut définitif qu’en 1976 bien que les Accords de Madrid datent du 14 novembre 1975, la confrontation par les armes menée par le Front Polisario contre le Maroc, a amené l’ONU en sa Résolution 690 en 1991 à créer la MINURSO (Mission des Nations Unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental), afin de veiller au maintien du cessez-le-feu entre le Royaume du Maroc et le Front Polisario, et de favoriser une solution politique au différend territorial.
Du temps de la guerre froide, les actions des milices menées avec l’appui de l’Algérie, de la Libye, et, de l’Union soviétique, aujourd’hui devenue la Russie, ont conduit à la création de la MINURSO, afin d’apaiser ce qui est apparu, au départ, comme un différend territorial aux yeux de certains observateurs.
C’était nécessaire afin d’éviter que parlent les armes, vu les prétentions d’une République arabe sahraouie démocratique (RASD) n’ayant pour elle aucun des critères qui définissent un Etat digne de ce nom en droit, la RASD étant incarnée dans ses actes par le Front populaire pour la libération de la Saguia el-Hamra et du Río de Oro (Polisario), mouvement politique et armé fondé en 1973.
Depuis des années, dans l’esprit du Maroc, il ne s’agit plus d’un litige relatif à un territoire, mais, de bien plus : d’une mise en adéquation du droit international avec l’histoire, les traditions et la culture d’un peuple, composant aujourd’hui les provinces du sud et celles du nord, d’un Maroc uni, porté par les espoirs concrets et le grand moment historique de la Résolution 2797 du 31 octobre 2025. Il s’agit dans un souci de paix, de stabilité régionale et de développement, d’abonder en faveur de la liberté, de l’autonomie sous souveraineté du Maroc, et, dans le souci déjà cerné et pris en charge, des intérêts d’un peuple du vivre ensemble dans la sérénité, le bonheur et l’amélioration du quotidien vers un avenir épanoui respectueux des aspirations de tous.
La MINURSO se définit donc comme une « organisation de maintien de la paix » de troisième génération.
Les « opérations de maintien de la paix » (OMP) sont un instrument pragmatique, non explicitement prévu dans la Charte mais développé dès 1948, et de plus en plus utilisé. Leurs principes fondamentaux sont des balises: le consentement des parties, l’impartialité, et le non-recours à la force, sauf en « légitime défense ». Cette dernière constitue par ailleurs une faille dans laquelle s’engouffrent des Etats.
Les missions des OMP ont évolué. La première génération onusienne s’est attachée dans le cadre de différends, à l’observation et à l’interposition (ex : Proche-Orient). La deuxième génération (post-Guerre froide) s’est beaucoup plus intensément focalisée sur la reconstruction étatique, l’organisation d’élections et, le désarmement, la démobilisation, et la réintégration (DDR). Quant à la troisième génération, l’actuelle encore en 2026, elle dédie ses travaux à des mandats robustes (MINURSO), à la protection des civils et à la lutte contre les groupes armés.
Et pourtant, encore ce 5 mai 2026, le Polisario a mené une action à la roquette, meurtrière, indéfendable et illégale contre la ville de Smara, touchant des civils. Plusieurs Etats, dont les États-Unis, l’Union Européenne, et en particulier la France, ont fermement condamné ces tirs, soulignant qu’ils menaçaient la stabilité régionale et le processus de paix en cours.
Il n’était donc pas superflu de maintenir le mandat actuel de la MINURSO, dont le responsable est Alexander Ivanko, lors des réunions des 23 et 30 avril à l’ONU, à tout le moins pour un temps, à titre de prudence préventive, jusqu’à la prochaine session d’octobre 2026.
Ce maintien décidé paraissait assez évident compte tenu des négociations en cours et tant de l’attitude du Polisario que de l’Algérie, de plus en plus isolée sur le plan diplomatique, que ce soit en Afrique ou ailleurs, au sein de la communauté internationale.
Ces réunions onusiennes ont été prévues dans le cadre du processus en cours à la suite de la Résolution 2797, lesquelles datent notamment de février 2026, les « Parties » concernées par les discussions ayant prévu une reprise de celles-ci en mai 2026, après la session d’avril, sous les auspices du Représentant Personnel du Secrétaire Général de l’ONU.
Des dates sont attendues afin que le processus reprenne sous l’égide des Nations unies, avec l’appui des Etats-Unis, et en présence des quatre parties concernées : le Maroc, l’Algérie, le Polisario et la Mauritanie.
Sur le fond, l’évolution du dossier révèle une mutation profonde très visible et rassurante : d’un paradigme initial centré sur l’organisation d’un référendum d’autodétermination du peuple sahraoui, qui n’a jamais pu être organisé au vu les tergiversations du Polisario, le Conseil de Sécurité s’est progressivement orienté vers une logique de règlement politique pragmatique, durable et mutuellement acceptable.
C’est la thèse logique du Maroc qui prédomine et qui chemine vers la solution la plus crédible. Elle ne manque pas de fondements.
La séquence diplomatique d’avril 2026 apparaît, à cet égard, comme un moment charnière. Sans modifier formellement le mandat de la MINURSO, cette session de l’ONU a ouvert un débat explicite sur son avenir structurel, suggérant une possible reconfiguration de la mission à l’échéance d’octobre 2026.
Le 23 avril 2026, il s’est agi d’une réunion à huis clos du Conseil de sécurité et d’un briefing de Staffan de Mistura (Représentant Personnel du Secrétaire Général de l’ONU) et d’Alexander Ivanko.
L’objet ne faisait pas mystère : état du processus politique ; situation militaire sur le terrain ; blocages logistiques imposés à la MINURSO.
Le 30 avril 2026, il a été question d’un examen stratégique de la MINURSO. C’était la vraie réunion sensible. Fallait-il modifier le mandat ? Trois hypothèses étaient discutées : l’option 1, à savoir un statu quo et un maintien du mandat actuel ; l’option 2, une mission recentrée et la transformation de la MINURSO en mission d’observation militaire, sans référence réelle à un référendum; l’option 3, soit la réduction progressive du mandat en sa réalité de terrain, et un downsizing, voire la sortie à moyen terme du mandat.
Le mandat n’a pas été modifié. Mais politiquement, le Conseil a ouvert la porte à une future reconfiguration en octobre 2026. Autrement dit, juridiquement rien ne change à ce stade pour la MINURSO, mais, stratégiquement, tout est discuté vers une solution définitive en faveur de la thèse marocaine.
Plusieurs lectures diplomatiques de ces réunions « MINURSO » sont à souligner.
– La Mauritanie a adopté une position de neutralité active, ayant un regard politique tourné vers un avenir de proximité avec le Maroc.
– L’Algérie s’est montrée prudente, de plus en plus fortement, et néanmoins a continué officiellement à refuser toute réforme de la MINURSO qui consacrerait implicitement la thèse marocaine.
– Les États-Unis, acteur moteur, ont poussé vers une efficacité, une réduction des missions anciennes vu leur coût (les États-Unis contribuent pour 22 %) , et, un résultat politique rapide.
– La Russie s’est montrée réservée, par prudence du théâtre international et de ses conséquences en rapport avec l’actualité étasunienne.
– Le Maroc a souhaité recentrer la MINURSO sur le cessez-le-feu et en finir avec une illusoire option référendaire. De facto, la MINURSO demeure centrée sur le cessez-le-feu, et plus personne n’évoque vraiment la question d’un référendum, par ailleurs devenu inutile vu les réalités cumulées de la situation du Sahara pris en charge par un Maroc résolu à le hisser vers le haut pour le plus grand bien-être des citoyens.
– Le Polisario a persévéré en son opposition frontale. Il considère toute modification comme étant « un abandon du droit à l’autodétermination ». Se permettra-t-on d’ajouter que cette position n’a plus de sens, et jamais ne tint la route vu l’histoire et le droit ancestral
.Le Polisario ne change donc guère, voire pas du tout, et, semble peu disposé, en sa branche politique, à un dialogue favorable à la thèse du Maroc.
Quant à sa branche militaire, elle agit de manière très perturbante, grave, et, sans aucun sens autre que celui de gêner les discussions qui de toute manière sont du ressort de la communauté internationale, laquelle, à travers le Conseil de Sécurité, dira le droit dans une prochaine Résolution.
Il convient de se souvenir que les milices armées du Polisario avaient déjà tiré des projectiles sur Smara à trois reprises, en octobre et novembre 2023 puis en juin 2025, ainsi que sur El Mahbes en novembre 2024.
A l’instar de ce qui s’est passé pour l’IRA en Irlande voilà des années, rien n’exclut, vu l’attitude du Front Polisario, qu’une réflexion se poursuive en direction d’une partition juridique du Front, entre sa branche dite politique, et sa branche militaire.
En 2005, une loi irlandaise a actualisé la définition du terrorisme et a fait de l’IRA ((Armée républicaine irlandaise), et de tout groupe soutenant des activités terroristes une organisation illégale. Le Royaume-Uni avait quant à lui déjà inscrit l’IRA sur sa propre liste officielle d’organisations terroristes dès 1974.
Un enlisement du processus ne rencontrera aucune tolérance de l’ONU et donc de la communauté internationale, vu la Résolution 2797. « Le numéro deux de la diplomatie américaine, Christopher Landau, l’a clairement exprimé à l’issue de ses entretiens avec le président algérien Abdelmadjid Tebboune. Et dans le cas contraire, Washington pourrait passer à un plan B. » (…). « Ce plan B consisterait à accélérer le processus engagé depuis juin 2025 à la Chambre des représentants et visant à inscrire le Polisario sur la liste américaine des organisations terroristes. La condamnation internationale de l’attaque du 5 mai contre Es-Smara constitue un précédent et un sérieux avertissement adressé à l’Algérie comme au mouvement séparatiste.»
Cela démontre la fermeté nécessaire à l’égard d’un mouvement qui freine au lieu de collaborer de manière constructive pour le peuple du Sahara.
L’ONU est passée du référendum comme horizon normatif (1991–2003) à la logique référendaire à la logique politique. La Résolution 690 (1991) institua la MINURSO avec un mandat explicite, celui d’organiser un référendum d’autodétermination dans l’ancien territoire colonisé jadis par l’Espagne en dépit des choix du peuple et de son histoire ancienne au Sahara du Grand Maroc. Le basculement doctrinal du Conseil de sécurité (2004–2020) a conduit à un déplacement du centre de gravité juridique, celui du droit abstrait à l’autodétermination, qui devra être « redéfinie et actualisée ».
Depuis 2020, la MINURSO apparaît comme instrument de stabilisation. Depuis la rupture du cessez-le-feu de novembre 2020 à Guerguerat, la MINURSO n’est plus perçue prioritairement comme un mécanisme préparatoire à un référendum, mais comme un mécanisme de prévention de conflit, sans cesse alimenté par le Polisario influencé par l’Algérie, un outil de surveillance militaire, et un soutien technique à l’Envoyé personnel du Secrétaire général.
La Résolution 2797 (2025), adoptée le 31 octobre 2025, constitue le point de départ, sans délai, de la dynamique actuelle.
La lecture onusienne d’aujourd’hui est de bon sens et favorise objectivement le plan juridique marocain. Et, en attendant, le mandat légal en droit international de la MINURSO demeure, comme prévu, jusqu’en octobre 2026.



