Livre. Nicholas Carr revient à la charge contre les plateformes numériques. En 2011, son essai au titre provocateur Internet rend-il bête ? (Robert Laffont) explorait les effets des moteurs de recherche sur l’assimilation des connaissances, en particulier l’affaiblissement de nos capacités de concentration. Aussi abondamment critiqué que largement remarqué, l’ouvrage a fait de cet ancien rédacteur en chef de la Harvard Business Review l’un des observateurs du numérique les plus écoutés aux Etats-Unis.
Il récidive aujourd’hui avec Communiquer à tout prix. Une histoire (très) critique des réseaux sociaux (L’Echappée, 320 pages, 22 euros). Nicholas Carr s’y attaque à Facebook, X, Instagram ou encore TikTok, mettant en pièces l’idée que ces outils permettraient de resserrer les liens sociaux. L’auteur défend la thèse inverse : la surabondance de communications en ligne engendre solitude et défiance. Sans renouveler véritablement la critique de telles plateformes, cet essai fait mouche en énonçant un constat qui recoupe des reproches adressés de toutes parts.
En France, une loi pour empêcher l’accès des réseaux sociaux aux moins de 15 ans est en cours d’adoption, et Emmanuel Macron évoque désormais un « poison » en parlant de ces plateformes. Aux Etats-Unis, la justice a reconnu le 25 mars le caractère addictif d’Instagram et de YouTube. L’émergence de l’intelligence artificielle suscite enfin de sérieuses inquiétudes. Dans ce contexte, Communiquer à tout prix, appuyé par une impressionnante documentation critique, vient nommer ce que beaucoup ressentent : le numérique n’est plus qu’un avatar d’un capitalisme prédateur, et empêche la discussion à force d’échanges incessants.
Du courriel à la télévision jusqu’aux applications sur smartphone, le volume et la fréquence des communications personnelles a explosé en quelques décennies. Depuis un siècle, la promesse a toujours été la même : l’accroissement des interactions devait nécessairement mener à l’essor d’une société plus démocratique. Aujourd’hui, Mark Zuckerberg, le patron de Meta, opérateur californien de Facebook, Instagram et WhatsApp, ne dit pas autre chose, alors qu’il poursuit en réalité un objectif tout à fait différent : la conquête de notre attention à des fins marchandes.
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Source:
www.lemonde.fr



