Après une première année de pontificat faite de prudence et de réserve, le pape Léon XIV fait désormais entendre sa voix et interpelle sans les ménager les puissants. Ce rappel à leurs obligations devait initialement s’inscrire dans le cadre d’une longue tournée apostolique sur le continent africain. La leçon de Léon XIV a cependant pris une tournure singulière à la suite des provocations répétées du président des Etats-Unis, Donald Trump, qui n’avait pas supporté d’être égratigné par le successeur de saint Pierre à propos de sa guerre de choix contre l’Iran.
Cette admonestation, conforme au message de paix de l’Eglise catholique, était pourtant aussi prévisible que, sur le plan militaire, la fermeture du détroit d’Ormuz par le régime iranien en représailles aux bombardements américains et israéliens. En critiquant la « faiblesse » supposée du pape et en publiant sur son réseau social une image christique de lui-même, le locataire de la Maison Blanche a surtout donné une nouvelle preuve de la fragilité de son ego.
Lorsque, en 1978, son lointain prédécesseur, Jean Paul II, avait lancé son célèbre « N’ayez pas peur » lors de la messe inaugurale de son pontificat, la lecture qui en avait été privilégiée avait été celle d’un message d’espérance lancé par l’ancien évêque de Cracovie, en Pologne, théâtre des secousses initiatrices du délitement de l’Union soviétique. Quarante-huit ans plus tard, le premier pape américain lui a fait écho en assurant ne pas avoir « peur » du président des Etats-Unis, ni de ses affidés, dont le vice-président, J. D. Vance, un converti d’avant-hier, qui a jugé pertinent de chapitrer Léon XIV en matière de théologie.
Le pape a montré au cours des étapes de son voyage en terre africaine qu’il ne souhaitait pas s’enfermer dans un duel superficiel et vain, compte tenu des dispositions de Donald Trump. Il a usé de sa liberté de parole pour rappeler les convictions de l’Eglise catholique et la force d’un pouvoir spirituel en surplomb du temporel. Le pape a martelé deux thèmes à chacun des arrêts de son périple : l’importance de la jeunesse, cruciale sur un continent dont la vitalité démographie détonne avec le reste de la planète, et la dénonciation des logiques extractivistes et prédatrices qui s’y exercent aux dépens des peuples.
En Algérie, le pape a exhorté, en présence du président Abdelmadjid Tebboune, « ceux qui détiennent l’autorité dans ce pays » à « promouvoir une société civile vivante, dynamique et libre », cinq ans après la répression du mouvement Hirak en faveur de la démocratie. « N’ayez pas peur de la dissidence. N’étouffez pas les visions des jeunes », a-t-il répété plus tard en Angola.
Au Cameroun de l’inoxydable Paul Biya, au pouvoir depuis plus de quatre décennies, Léon XIV a de même déploré un monde « en train d’être ravagé par une poignée de tyrans » et la corruption. Il a également fustigé, comme en Angola, « la face cachée des ravages environnementaux et sociaux causés par la course effrénée aux matières premières et aux terres rares », qui alimente les guerres et les ingérences sur le continent africain. Le pape a aussi mis en garde contre l’utilisation détournée de l’intelligence artificielle pour alimenter « la polarisation, les conflits, les peurs et la violence ».
Aucun de ces messages, qui inscrivent Léon XIV dans la continuité de François, n’est fondamentalement nouveau. Mais le pape entend faire en sorte qu’ils ne soient pas étouffés par les désordres du monde.
Source:
www.lemonde.fr



