Cesser de copier la nature et se libérer des contraintes du réalisme. C’est avec cette ambition qu’un petit groupe de peintres, œuvrant en synchronie durant la dernière décennie du XIXe siècle (1888-1900), a formé sans le savoir un trait d’union entre l’impressionnisme et le symbolisme, préparant le siècle suivant à ses premières formes d’abstraction. Ces artistes, désireux de rendre à la peinture son caractère décoratif, choisirent de se placer sous une bannière qui, pour s’avérer éphémère, n’en fut pas moins déterminante : les nabis, terme dérivé de l’hébreu neviim, qui signifie « prophètes ».
Tout a commencé à l’instigation de Paul Gauguin. Recevant Paul Sérusier en Bretagne, le chef de file de l’école de Pont-Aven encourage ce dernier à réaliser en quelques minutes un paysage de petit bois, une huile sur un panneau de peuplier. Le Talisman, l’Aven au bois d’Amour frappe par les à-plats à dominante jaune des frondaisons, le bleu outremer de leurs ombres et le rouge vermillon des fleurs, le tout en reflet dans la rivière. Il deviendra le manifeste fondateur de ce mouvement d’avant-garde. C’est ce tableau, daté de 1888, conservé au Musée d’Orsay, qui accueille le visiteur à Barcelone, à l’entrée d’une exposition remarquable proposée par La Pedrera.
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