À l’aube de la dernière étape de sa tournée africaine, le Pape Léon XIV est attendu en Guinée équatoriale, un pays où l’Église catholique constitue un véritable pilier de l’identité culturelle, spirituelle et sociale. La visite historique du Pape est placée sous le signe de la cohésion nationale, visant à resserrer les liens entre la région continentale et les îles, tout en insufflant un nouvel élan spirituel à une Église locale en pleine croissance et riche en vocations.
Jean-Paul Kamba, SJ – envoyé spécial à Malabo
C’est une «Église en chemin» qui attend de recevoir le Pape Léon XIV. Avec une population majoritairement catholique, l’Église aux cinq diocèses (Malabo, Bata, Ebebiyín, Mongomo et Evinayong), constitue la colonne vertébrale de l’identité culturelle, spirituelle et social de ce pays du golfe de Guinée. Elle ne se regarde pas comme une structure figée, mais comme un peuple en marche qui considère la visite du Pape comme une halte providentielle, un moment de grâce destiné à redonner du tonus à une communauté chrétienne en pleine expansion, estime le Père Diosdado Lorenzo Muzue, missionnaire claretain engagé dans l’éducation à Malabo, la capitale. Ce sont les missionnaires claretains qui, en 1883 ont ouverts les sillons de la première évangélisation dans le pays.
Unir les îles et le continent
L’un des grands enjeux de cette visite est l’unité nationale. La Guinée équatoriale en effet, est scindée entre sa région continentale et ses îles. Cette configuration géographique crée parfois un sentiment de fragmentation avec comme risque de favoriser l’émergence des identités cloisonnées. C’est là que la visite du Pape se perçoit comme un symbole de cohésion. Pour le père Muzue, cette visite doit permettre de transcender les frontières géographiques pour rappeler que le pays forme «une seule Guinée équatoriale» appelée à travailler main dans la main, unie par une même espérance.
Au-delà de l’unité, le secteur de l’éducation est crucial. Pour le père claretain, une parole forte de l’évêque de Rome est très attendue sur la famille notamment «face au défi des parents absents à cause des contraintes économiques et à l’influence parfois déroutante des réseaux sociaux».
Une croissance tant structurelle que spirituelle
L’Église équato-guinéenne a connu des transformations majeures ces dernières années. Le père Muzue souligne notamment le passage de trois à cinq diocèses et l’augmentation significative des vocations autochtones. «Nous sommes en chemin, nous ne sommes pas encore arrivés là où le Christ veut que nous soyons», confie-t-il en soulignant la nécessité pour les pasteurs de ce pays d’accompagner ce mouvement avec foi qui concerne surtout une jeunesse nombreuse et assoiffée de sens. L’arrivée du Saint-Père, estime-t-il, vient donner du tonus, un rappel que «nous ne sommes pas oubliés, malgré notre petitesse géographique».
L’éducation, pilier du partenariat Église-État
Le directeur de l’école Claret rappelle également le rôle crucial de l’Église dans la promotion humaine. À travers l’Association des écoles catholiques (ACSEGE) et sa présence dans les universités et les hôpitaux, l’Église s’affirme comme un partenaire incontournable de l’État. «Notre premier objectif n’est pas économique. Nous offrons une formation de qualité car nous le faisons comme un apostolat».
Des attentes claires
La venue du Souverain pontife transcende les frontières religieuses pour devenir un véritable événement historique et national. Pour le père Andrés Esteban Benda, curé de la paroisse cathédrale Cœur Immaculé de Marie dans l’archidiocèse de Malabo, cette visite qui s’adresse prioritairement aux catholiques, rayonne également vers toutes les confessions qui voient dans le Pape un témoin de vérité.
Portée par une devise axée sur la paix et l’espérance, cette visite sera l’occasion, avant tout, de fortifier le désir collectif de bâtir un monde meilleur. Le Père Benda estime que la transformation de la société devra intrinsèquement passer par la conversion des cœurs. Car, c’est en façonnant les âmes à la lumière du Christ et de l’Évangile que l’on peut espérer un renouveau social.
La visite apostolique de Léon XIV rencontrera des aspirations qui pourraient se résumer en trois piliers fondamentaux: d’abord le renforcement Spirituel, car il va s’agir de puiser dans les paroles du Pape la force pour vivre l’amour, le pardon et la miséricorde au quotidien. Ensuite, la Paix. Le passage du Pape pourra aider à cultiver une paix personnelle profonde pour mieux la projeter successivement sur la société, le pays et l’ensemble du continent africain. Enfin, l’Engagement. La venue de Léon XIV ne constitue pas une interpellation, mieux, elle rappelle que l’avènement de la paix et le développement à tous égards dépend directement de la volonté des hommes à devenir meilleurs. «Nous attendons de l’arrivée du Pape le renforcement de ce désir d’un monde nouveau, un monde de paix que nous devons d’abord vivre en nous-mêmes pour le transmettre aux autres».
Un dispositif rigoureux à Malabo pour accueillir Léon XIV
Afin de garantir la solennité et la sécurité de la deuxième visite d’un Souverain pontife dans le pays, le ministère de l’Intérieur et de l’Administration locale a instauré un plan d’organisation millimétré. Selon l’arrêté publié ce lundi 20 avril à Malabo, les autorités ont sectorisé les principales artères de la capitale pour assurer un accueil chaleureux et ordonné au cortège du Pape. Ce dispositif stratégique répartit les citoyens par groupes sociaux, institutionnels et religieux le long du parcours. Étudiants, Épouses des militaires, fonctionnaires du secteur public et privé, représentations Territoriales, confessions religieuses catholiques et autres sont appelées à suivre ce déploiement de part et d’autre des axes routiers, s’étendant jusqu’au Palacio del Pueblo, le palais présidentiel et siège du pouvoir exécutif.
Source:
www.vaticannews.va



