Personne ne lui a coupé la frange. Un jour, un pétale de tulipe s’est présenté avec les bords effilés et un horticulteur néerlandais a dû trouver l’accident suffisamment réussi pour qu’il mérite d’être répété. Au début, l’effet de style ne saute pas aux yeux. Matthieu Velé, gérant de la société Ernest Turc, producteur de bulbes et de graines depuis cent dix ans, pourtant capable de différencier l’oignon d’une Party Clown de celui d’une Lambada (deux tulipes jaune-rouge aux pétales frangés), trouve que, de loin, « la tulipe dentelle ressemble plutôt à un cône de glace ».
Une boule compacte et globuleuse posée en équilibre sur un cornet trop étroit par un glacier pris dans un élan de générosité. Mais, à y regarder de plus près, son bouton fermé se complique. En s’ouvrant, celui de la Queensland devient rose puis rouge, multiplie les pétales, superpose les jupons, passe par une étape où l’on pourrait le prendre pour celui d’une pivoine en devenir. « Rien à voir avec une tulipe de supermarché », raille Matthieu Velé. Le détail de la dentelle apparaît après. La ligne se trouble, s’effiloche, mais avec précision. Une couturière semble être passée par là.
La tulipe dentelle est une fleur patiemment construite, issue de croisements successifs, sélectionnée, reprise, corrigée, « très hybridée, traduit le producteur. C’est très complexe ». Là où d’autres, comme la rose, laissent rapidement entrevoir le résultat : « Il faut à peu près quatre ou cinq ans pour qu’une graine de tulipe donne un bulbe et sa première fleur. Dix ans avant qu’il soit commercialisable », affirme l’expert. On comprend qu’on ait persévéré.
Moins franches sur les bords, la Honeymoon, la Fancy Frills ou la Snow Valley tiennent bien en vase comme au jardin et renouvellent le genre. Elles s’accordent aux narcisses blancs et autres bulbes du printemps. Matthieu Velé conseille de les cueillir ou de les choisir encore fermées, car c’est dans l’éclosion que les tulipes dentelles sont le plus convaincantes : « Elles évoluent d’une façon très plaisante à observer. »
Nom savant « Tulipa crispa ».
Zone de prédilection Les sols sableux et les terres légères. En cas de sol argileux, ajouter du terreau.
Floraison Mars et avril.
Entretien Minimal : renouveler les bulbes au bout de quelques années.
Aime Le soleil et un peu de pluie.
N’aime pas Avoir les pieds humides.
Source:
www.lemonde.fr



