« Juste une illusion » d’Eric Toledano et Olivier Nakache, en salle le 15 avril.
Bien plus qu’« une sensation ». Dans Juste une illusion, Éric Toledano et Olivier Nakache recentrent leur caméra sur une famille de la classe moyenne, dans tout ce que son quotidien au milieu des années 80 a de plus banal, et de plus extraordinaire. Louis Garrel, Camille Cottin et Pierre Lottin se donnent la réplique dans cette comédie familiale profondément réconfortante.
Après Nos Jours heureux, Intouchables, Tellement proches ou encore Hors normes, le duo de réalisateurs a fait son retour dans les salles obscures le mercredi 15 avril. On l’avoue, leur dernier film Une année difficile nous avait déçus, c’est donc un peu méfiants que nous avons abordé Juste une illusion. Pourtant, cette fois-ci en un claquement de doigts, la magie a opéré.
Le film est centré sur le jeune Vincent Dayan (Simon Boublil). À 13 ans, il connaît ses premiers émois amoureux, prépare sa bar-mitsvah, essaie de regarder son premier porno avec ses potes, et tente de trouver sa place dans le monde, et cette famille qui vit dans une banlieue populaire. Celle-ci est tout ce qu’il y a de plus « banale ».
Il y a tout d’abord sa mère jouée par Camille Cottin : aimante mais un peu stricte, qui jongle entre les tâches ménagères et un travail dans lequel elle veut évoluer. Son père ensuite, campé par Louis Garrel, est un cadre au chômage, qui manque d’autorité et se passionne pour la valise RTL. Son frère Arnaud (Alexis Rosenthiel), fan de rock et dealer de cassettes, ne manque pas de lui rappeler à coups de coups de pied dans les fesses, sa place d’aîné.
Simon Boublil et Alexis Rosenstiehl sont Vincent et Arnaud dans « Juste une illusion »
Avec ces ingrédients ordinaires, Olivier Nakache et Éric Toledano ont concocté une recette très efficace. Comme ils l’ont confié dans le podcast Les Midi de culture, ce film est l’un des plus autobiographiques de leur production, puisqu’en plaçant l’intrigue en 1985, ils ont choisi de raconter de nombreux morceaux de leur propre adolescence. Loin d’être factice, ou juste tendance « façon Stranger Things », ce voyage dans le temps permet aussi d’évoquer un florilège de sujets de société propres à cette époque, mais qui ne sont pas sans offrir un miroir très actuel de la France d’aujourd’hui. La place de la femme dans le monde du travail (et pas que), le chômage, l’immigration et l’intégration, le racisme etc.
Une comédie réconfortante
Juste une illusion est aussi un film où l’on rit beaucoup. L’alchimie entre Camille Cottin et Louis Garrel est parfaite, qu’ils soient en train de se disputer, de crier sur leurs enfants, ou de se rabibocher. Rarement, d’ailleurs, le comédien n’avait autant démontré son potentiel comique. Mention spéciale évidemment à Pierre Lottin (et à son mulet), qui campe M. Berger, personnage secondaire ô combien savoureux de ce long-métrage, voisin corvéable à merci (mais détestable) de la famille Dayan dont les nombreuses interventions vont ravir les fans des Tuche.
Manuel Moutier
Louis Garrel et Pierre Lottin campent des voisins dans « Juste une illusion »
Préparez-vous aussi à sortir les mouchoirs, car comme ils savent si bien le faire, les réalisateurs parviennent cette fois-ci encore, à nous emmener du rire aux larmes en quelques minutes. Enfin, autre marque de fabrique du duo, la bande originale qui va d’Imagination à Téléphone en passant par les Pointer Sisters et The Cure, est profondément régressive.
Vous l’aurez compris, c’est un très bon cru Toledano-Nakache, qui n’est pas sans rappeler Tellement proches par son aspect album photos de famille en mouvement. Certains pourront aussi penser à Play d’Anthony Marciano sorti en 2019. Bref, Juste une illusion nous offre un break de douceur d’1h45 bienvenu, et nous embarque dans un voyage qui se fera forcément nostalgique, qu’on ait connu les années 80, ou pas. Et ça, ça fait un bien fou.
Source:
www.huffingtonpost.fr



