Capture d’écran Fracebook
Le journaliste et réalisateur David Dufresne était très remonté contre la main-mise de Vincent Bolloré sur la gestion des éditions Grasset.
L’éviction fracassante d’Olivier Nora par Vincent Bolloré a provoqué une séquence forte sur le plateau de C ce soir sur France 5, ce mercredi 15 avril, en pleine vague de départs d’auteurs liés et publiés aux éditions Grasset.
Lors d’un débat « Bolloré-Grasset : la bataille culturelle ? » dans l’émission de Karim Rissouli, à laquelle participait le journaliste et réalisateur David Dufresne, ce dernier a réalisé un geste fort pour acter son divorce professionnel et moral avec la maison d’édition, propriété du milliardaire conservateur Vincent Bolloré. Il a réduit son contrat en miettes.
« Voilà, vous savez quoi ? Je le déchire. Je le déchire devant vous », a lancé David Dufresne, très remonté, comme vous pouvez le voir ci-dessous. « Pourquoi je le déchire ? Parce que c’est furieux ce qu’il se passe. Je ne peux pas accepter qu’un milliardaire d’extrême droite impose sa pensée ».
« Ce n’était pas prévu, je le précise », a tout de suite souligné le présentateur face à l’écrivain dont trois des quatre derniers livres ont été publiés chez Grasset. Et donc sous la direction d’Olivier Nora.
Bien décidé à couper les liens avec la maison d’édition aux emblématiques couvertures jaunes, ce spécialiste de la police et des violences commises par les forces de l’ordre avait déjà exprimé son dégoût après le renvoi soudain d’Olivier Nora, PDG depuis 26 ans de la maison Grasset. « Bolloré piétine l’édition. Ce sera sans moi. Grande tristesse de quitter Grasset, maison que le milliardaire a rachetée et dont il prétend tout démolir », disait-il sur le réseau Bluesky. C’était quelques heures après l’annonce du départ de son éditeur, décidé par le propriétaire du groupe Hachette, Vincent Bolloré.
Dufresne défend Nora « l’éditeur », pas le « patron »
Sur le plateau de France 5, David Dufresne a donc laissé parler sa colère. Tout en soulignant qu’il aurait « fait la même chose » s’il avait s’agit d’un « milliardaire d’extrême gauche ». « Bien que cela n’existe pas », a-t-il tenu à glisser.
« Le danger, c’est le monopole, le monopole des idées. On ne peut pas accepter. Il y avait encore une lueur d’espoir. On parlera tout à l’heure, peut-être, de la naïveté des uns et des autres. Il y avait peut-être une lueur d’espoir… », poursuit-il en référence au refuge éditoriale que représentaient encore les éditions Grasset au sein de l’empire éditorial détenu par Vincent Bolloré depuis son acquisition du groupe Hachette Livre en 2024. « Cette lueur d’espoir a disparu. Aujourd’hui c’est très clair », a tranché le journaliste. Il a d’ailleurs tenu à souligner qu’il ne tenait pas particulièrement à « défendre Olivier Nora en tant que patron ». En revanche, il admet qu’il était « un bon éditeur, un éditeur ».
« Ce que fait Bolloré, c’est mettre en place des maisons d’édition sans éditeur. C’est ce qu’il est en train de faire. C’est-à-dire du commerce et de l’idéologie. Pas du tout de la littérature, pas du tout des essais. Donc oui, vous le voyez, excusez-moi, je suis en colère », a-t-il ajouté pour conclure cette séquence.
« Le rempart et le ciment » des éditions Grasset
L’exemple est d’autant plus parlant que David Dufresne n’est pas le seul à avoir ou vouloir quitter le navire Grasset, orphelin de son éditeur respecté. Après les annonces individuelles de départ d’auteurs et d’autrices tels que Bernard-Henri Lévy ou Caroline Fourest, un regroupement de plus d’une centaine d’artistes édités chez Grasset ont annoncé mercredi soir leur départ. Dans une lettre commune, notamment signée par Virginie Despentes, Sorj Chalandon, Frédéric Beigbeder ou Vanessa Springora, ils dénoncent une « atteinte inacceptable » de la part du puissant patron du groupe Hachette.
« Une fois de plus, Vincent Bolloré dit “Je suis chez moi et je fais ce que je veux” au mépris de celles et ceux qui publient, éditent ou diffusent nos livres, accusent les signataires. Et au mépris de celles et ceux qui nous lisent. »
« Nous ne voulons pas que nos idées, notre travail, soient sa propriété », ajoutent-ils à propos du milliardaire breton. Les auteurs insistent aussi sur leur attachement à Olivier Nora, présenté comme « le rempart et le ciment » d’une maison où pouvaient coexister des voix très différentes. Avec Jean-Christophe Thiery − homme de confiance de Vincent Bolloré − choisi pour remplacer Olivier Nora à la tête de Grasset, autant dire que le rempart s’est effondré. Subitement.
Source:
www.huffingtonpost.fr



