Du krach de 1929 à la journée du 6 février 1934
Le krach de 1929 ouvre une phase de crise économique mondiale qui se poursuit tout au long des années 1930. En France, le mécontentement social est croissant face à des conditions économiques hostiles et à un chômage persistant. Dans les mondes paysans, les ventes-saisies cristallisent les difficultés auxquelles font face les agriculteurs, qui peuvent être expropriés.
Dans le même temps, à l’échelle européenne, et notamment en Italie et en Allemagne, le fascisme gagne du terrain et capitalise sur le mécontentement du peuple pour proposer un nouveau modèle politique. En France aussi, la tentation fasciste se cristallise dans des mouvements comme les Chemises vertes, les Comités de défense paysanne créés par Henri Dorgères en 1929, qui se dotent en 1935 d’un service d’ordre qui ne recule pas devant la violence.
La journée du 6 février 1934 est un point de rupture dans ce mouvement de radicalisation. Des groupes de droite, des associations d’anciens combattants et des ligues d’extrême droite manifestent à Paris pour défendre un projet politique fascisant, antirépublicain et antiparlementaire.
Le pacte d’unité d’action contre le fascisme
Cet événement fait l’effet d’un électrochoc sur la gauche française, qui est alors gravement divisée, et ce depuis le congrès de Tours de 1920, entre Section française de l’Internationale ouvrière (SFIO) et Parti communiste français (PCF). Le PCF est fidèle à la ligne de Moscou et à l’Internationale communiste, et considère les socialistes comme des ennemis, voire des alliés du fascisme.
C’est pourtant la nécessaire lutte contre le fascisme qui va permettre aux entités de gauche de s’unir par-delà leurs différences. Des manifestations de protestation contre le 6 février 1934 sont organisées les 9 et 12 février 1934, et aboutissent à la signature, en juillet 1934, d’un pacte d’unité d’action contre le fascisme. Les différences entre socialistes et communistes ne disparaissent pas pour autant, notamment dans le rapport au pouvoir et à la manière de s’en emparer, plus réformiste pour la SFIO, et plus révolutionnaire pour le PCF.
Un rassemblement populaire
Un Comité de vigilance des intellectuels antifascistes, qui regroupe des membres ou des sympathisants de la SFIO, du PCF et du parti radical, est créé à la suite du 6 février 1934. Il remporte des victoires lors des élections municipales de mai 1935, qui voient de nombreuses villes basculer à gauche.
Dans la foulée, une grande manifestation commune est organisée à Paris le 14 juillet 1935, qui rassemble le PCF, la SFIO, le parti radical, la CGT (Confédération générale du travail), proche des socialistes, la CGTU (Confédération générale du travail unitaire), proche des communistes, mais aussi le Comité de vigilance des intellectuels antifascistes ou encore la Ligue des Droits de l’Homme. Les délégués des organisations présentes prêtent alors le serment du Rassemblement populaire, qui ouvre la voie à une alliance stratégique pour les élections législatives de mai 1936, avec l’objectif de remporter le plus de circonscriptions possibles face à la droite.
La campagne électorale est lancée. Les forces en présence concluent un accord de désistement mutuel au second tour, pour permettre un report de voix qui favorise le candidat de gauche le mieux placé et lui assure la victoire face au candidat de droite. Il s’agit aussi de rédiger un programme commun, ce qui n’est pas une mince affaire au vu des tensions et des divergences politique entre les trois partis de gauche. Pour parvenir à un consensus, le programme électoral du Front populaire reste donc assez modéré.
Sous le slogan “le pain, la paix, la liberté”, les socialistes, les communistes et les radicaux sont victorieux aux législatives de mai 1936 face à la coalition du Front national, et peuvent constituer un gouvernement de gauche, emmené par les socialistes.
Pour en savoir plus
Sylvain Boulouque est historien, enseignant-chercheur à l’Université de Reims.Ses publications :
Communisme et syndicalisme dans la France de l’entre-deux-guerres. Histoire de la Confédération générale du travail unitaire, Éditions du Cerf, 2026.Meurtres à la Grange-aux-Belles. Quand les communistes flinguaient les anarchistes, Éditions du Cerf, 2024.(sous sa codirection) Mélinée et Missak Manouchian, une histoire française, Atlande, 2024.Maurice Tréand. L’inquisiteur rouge, Atlande, 2023.(avec Stéphane Courtois) Petit manuel d’histoire du PCF, Atlande, 2023.Mouvements protestataires et luttes populaires. France, 1831-1968, Atlande, 2023.Le Peuple du drapeau noir : une histoire des anarchistes, Atlande, 2022.Julien Le Pen, un lutteur syndicaliste et libertaire, Atelier de création libertaire, 2020.(avec Franck Liaigre) Les listes noires du PCF, Calmann Lévy, 2008.
François Prigent est agrégé et docteur en histoire contemporaine, chercheur associé au VIPS2 à l’Université Rennes 2.Ses publications :
Les Soldats inconnus du Stade Rennais. 1914-1918, une histoire au ras des balles, Éditions UAR, 2023.C’était 1958 en Bretagne. Pour une histoire locale de la France, Éditions Goater, 2018.(sous sa direction avec Erwan Le Gall) C’était 1936. Le Front populaire vu de Bretagne, Éditions Goater, 2016.(sous sa direction avec Christian Bougeard) La Bretagne en portrait(s) de groupe. Les enjeux de la méthode prosopographique (Bretagne, XVIIIᵉ-XXᵉ siècles), PUR, 2016.Le Maitron, Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier et du mouvement social, 1940-1968, vol. 6 à 12, Éd. de l’Atelier, 2010-2016.(sous sa direction avec Tudi Kernalegenn, Gilles Richard, Jacqueline Sainclivier) Le PSU vu d’en bas : réseaux sociaux, mouvement politique, laboratoire d’idées (années 1950-années 1980), PUR, 2009.
Références sonores de l’émission à venir
Générique : « Gendèr » par Makoto San, 2020.
Source:
www.radiofrance.fr



