1900 jours. C’est le temps qu’il aura fallu à Noor pour tomber amoureuse, vivre cet amour, puis lui dire adieu. Après quoi, la chanteuse plonge dans l’effroi de la rupture et en fait naître onze chansons – la preuve, dit-elle, que son cœur n’aura pas battu pour rien. Bien qu’aucune preuve tangible ne soit nécessaire à cette histoire, 1900 jours s’impose comme un premier album à la charge émotionnelle brute et bouleversante, capable d’encapsuler tout le tumulte de l’émoi amoureux. S’attarder sur cette unité de mesure du temps est aussi, pour Noor, une manière de rendre hommage à l’intensité de ce qu’elle a vécu : 45 600 heures, 2 736 000 minutes et 164 160 000 secondes consacrées à aimer. “C’est un engagement immense, confie-t-elle. J’avais envie de le célébrer.” Difficile de lui donner tort à l’écoute de 1900 jours, disque à la douceur tranchante.
Deux ans après son EP Les histoires tristes me collent au corps, et après avoir assuré les premières parties de Clara Luciani et November Ultra, l’artiste revient ce printemps avec un premier album minimaliste dans sa forme, mais acéré dans son écriture, porté par des textures électroniques. Selon son attachée de presse, ces sonorités prennent d’ailleurs une tout autre ampleur sur scène, où elles deviennent plus organiques encore autour du public – une manière de rassembler, de galvaniser, et de créer un sentiment d’appartenance. Noor le confirme : sa musique n’est jamais un geste solitaire. Ses morceaux sont faits pour être écoutés et partagés jusqu’à l’usure. L’objectif : panser les entailles par la grâce des mots, d’une voix et d’une vérité. C’est donc au lendemain de son concert au Printemps de Bourges que nous la retrouvons, dans une brasserie parisienne, pour revenir sur la genèse de ce projet, ses prolongements – une tournée des festivals cet été et un concert à La Cigale à la rentrée – et ce qu’il a ouvert en elle.
Vogue. Vous avez commencé la musique en écrivant. Selon vous, qu’est-ce que l’écriture a apporté à la jeune fille que vous étiez alors ?
Noor. L’écriture a toujours été à la fois un refuge et une aire de jeu pour moi. Dès l’enfance, même si je n’avais pas encore vécu d’histoires tristes, j’étais déjà attirée par la poésie et la mélancolie. Je voyais ça comme un jeu : chercher des rimes, inventer des textes. Le soir, quand mes parents rentraient du travail, je leur récitais ce que j’avais écrit dans la journée. C’était presque un exercice de fiction. Je ne jouais pas vraiment aux jeux de petites filles comme les Barbie. Ce qui me rendait fière, c’était d’avoir trouvé de belles rimes.
Aujourd’hui, quelle place tient l’écriture dans votre vie ?
Ça fait partie de moi. C’est même une force : dans une vie où il y a parfois beaucoup à questionner ou à réparer, l’écriture est un point d’ancrage. Elle m’aide à garder de l’estime et de l’amour propre. J’écris souvent dans des moments d’émotion forte, souvent teintés de tristesse. Je suis hypersensible, donc ces émotions peuvent devenir envahissantes, parfois difficiles à contrôler. L’écriture me contient, elle m’apaise. Elle agit comme un exutoire. Quand je termine une chanson, je suis à la fois épuisée et soulagée. Il y a quelque chose de presque thérapeutique.
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