« Tous en scène ! » : les trésors du Centre national du costume et de la scène de Moulins exceptionnellement réunis dans une exposition spectaculaire

Jusqu’au 3 janvier 2027, le Centre national du costume et de la scène (CNCS) à Moulins célèbre ses vingt ans avec une exposition qui dévoile les coulisses de ses collections.

Vingt ans après sa création, en 2006, leCNCS consacre une exposition anniversaire à ses collections. Intitulée « Tous en scène ! », elle retrace les missions de cette institution dédiée à la conservation du patrimoine scénique. Au fil d’une centaine de pièces, parmi les plus belles qui y sont conservées, le parcours met en lumière les multiples vies du costume, de l’acquisition à la présentation au public. Aujourd’hui, plus de 10 000 costumes sont conservés au CNCS, provenant de l’Opéra national de Paris, de la Comédie Française, de la Bibliothèque nationale de France ou encore de dons de théâtres et de collections privées.

 

Constituer une collection

Le parcours s’ouvre sur la question des acquisitions par le CNCS, illustrée par des pièces emblématiques. Le costume du Tigre de La Flûte enchantée, conçu par Jean-Marc Stehlé en 2000, accueille le visiteur à l’entrée de la première salle comme une figure tutélaire, devenu l’un des symboles du lieu depuis l’exposition temporaire « Bêtes de scène » (2006), dont il était la tête d’affiche.

Exposition « Tous en scène ! » : 20 ans des collections du CNCS, costume du Tigre, La Flûte enchantée, conçu par Jean-Marc Stehlé, 2000. © Connaissance des Arts / Léana Da Silva

Exposition « Tous en scène ! » : 20 ans des collections du CNCS, costume du Tigre, La Flûte enchantée, conçu par Jean-Marc Stehlé, 2000. © Connaissance des Arts / Léana Da Silva

Préservation, conservation et mannequinage

Les salles suivantes abordent les enjeux de conservation qui sont au cœur du travail du CNCS. Soumis aux contraintes de la scène, les costumes sont des objets fragiles souvent altérés par l’usage. Leur préservation repose sur une attention constante portée aux conditions de stockage (contrôle de la lumière, de la température et de l’humidité). La muséographie rend ces enjeux de conservation accessibles au public grâce à des dispositifs pédagogiques bien conçus, dont une évocation des « compactus », armoires régulièrement utilisées dans les réserves de musées, des films explicatifs ainsi que des tiroirs manipulables.

Le mannequinage est une étape essentielle de la présentation du costume. Il est nécessaire de l’adapter à un support neutre, sans trahir sa forme ni son usage, ce qui suppose une véritable interprétation. L’équilibre entre fidélité historique et lisibilité muséale n’est jamais totalement résolu et constitue l’un des fils rouges de l’exposition.

Montrer le costume : les expositions temporaires du CNCS

Une section consacrée aux expositions passées du CNCS adopte une scénographie volontairement ludique, les costumes « manifestent » en brandissant les affiches des expositions auxquelles ils ont participé. L’accrochage séduit par son énergie et invite le visiteur à recomposer lui-même les correspondances.

« Manifestation » des costumes au CNCS pour l'exposition anniversaire des 20 ans de l'institution. © Connaissance des Arts / Léana Da Silva« Manifestation » des costumes au CNCS pour l'exposition anniversaire des 20 ans de l'institution. © Connaissance des Arts / Léana Da Silva

« Manifestation » des costumes au CNCS pour l’exposition anniversaire des 20 ans de l’institution. © Connaissance des Arts / Léana Da Silva

Deux pièces exceptionnelles : les costumes de Sarah Bernhardt et Maria Callas

La somptueuse robe portée par Sarah Bernhardt (1844-1923) dans le rôle de la reine d’Espagne, personnage de la pièce de théâtre Ruy Blas (1879) écrite par Victor Hugo, compte parmi les pièces les plus marquantes. Alourdie par ses broderies de perles; elle est présentée à plat en raison de sa fragilité, mais bénéficie d’un dispositif de miroirs qui permet d’en appréhender toute la richesse sans la contraindre. Ce choix de présentation, à la fois nécessaire et inventif, souligne les limitations imposées par la conservation.

Costume porté par Sarah Bernhardt (1844-1923), rôle de la reine d’Espagne, Ruy Blas (1879), Victor Hugo. © Connaissance des Arts / Léana Da SilvaCostume porté par Sarah Bernhardt (1844-1923), rôle de la reine d’Espagne, Ruy Blas (1879), Victor Hugo. © Connaissance des Arts / Léana Da Silva

Costume porté par Sarah Bernhardt (1844-1923), dans le rôle de la reine d’Espagne, Ruy Blas , 1879, Victor Hugo.© Connaissance des Arts / Léana Da Silva

Autre moment fort, la présentation du costume de l’une des plus grandes sopranos du XXe siècle, Maria Callas (1923-1977) pour son rôle de Norma dans l’opéra de Vincenzo Bellini. Porté pour une représentation à l’Opéra de Paris en 1964, avant ses adieux à la scène en 1965, ce costume perpétue le souvenir de la diva assoluta.

Costume porté par Maria Callas (1923-1977) en 1964, Norma, opéra de Vincenzo Bellini. © Connaissance des Arts / Léana Da SilvaCostume porté par Maria Callas (1923-1977) en 1964, Norma, opéra de Vincenzo Bellini. © Connaissance des Arts / Léana Da Silva

Costume porté par Maria Callas (1923-1977) en 1964 dans le rôle de Norma, Norma, opéra de Vincenzo Bellini. © Connaissance des Arts / Léana Da Silva

Créer pour la scène : ateliers et savoir-faire

Longtemps subordonnés aux décorateurs, les créateurs de costumes s’émancipent au milieu du XXe siècle pour collaborer directement avec les metteurs en scène. La scénographie met en valeur la diversité des savoir-faire auxquels ils font appel : plumassiers, brodeurs, teinturiers ou tailleurs.

Costume de Michel Dussarrat pour le rôle du Soleil dans Y'a d'la joie !, spectacle de J. Savary, Opéra comique de Paris, 1980. © Connaissance des Arts / Léana Da SilvaCostume de Michel Dussarrat pour le rôle du Soleil dans Y'a d'la joie !, spectacle de J. Savary, Opéra comique de Paris, 1980. © Connaissance des Arts / Léana Da Silva

Costume de Michel Dussarrat pour le rôle du Soleil dans Y’a d’la joie !, spectacle de J. Savary, Opéra comique de Paris, 1980. © Connaissance des Arts / Léana Da Silva

Chaque métier est illustré par une pièce, donnant à voir la complexité de la fabrication. La distinction entre « atelier flou » (pour les costumes féminins) et « atelier tailleur » (pour les costumes masculins) rappelle l’organisation traditionnelle de la couture, transposée ici à l’univers de la scène.

Le costume incarné par l’artiste

Le parcours se prolonge avec les « Vestiaires d’artistes » où les costumes retrouvent leur dimension incarnée. Portés par Alain Delon, Dalida ou Zizi Jeanmaire, ils incarnent la relation indissociable entre vêtement et interprétation. Acquis en 2025 lors d’une vente aux enchères, le costume porté par Alain Delon en 1961 pour la pièce Dommage qu’elle soit une putain , rappelle l’une de ses rares apparitions au théâtre.

Costume porté par Alain Delon en 1961 pour la pièce « Dommage qu’elle soit une putain » de John Ford, publiée en 1633. Romy Schneider incarne le rôle féminin de cette tragédie. © CNCSCostume porté par Alain Delon en 1961 pour la pièce « Dommage qu’elle soit une putain » de John Ford, publiée en 1633. Romy Schneider incarne le rôle féminin de cette tragédie. © CNCS

Costume porté par Alain Delon en 1961 pour la pièce « Dommage qu’elle soit une putain » de John Ford, publiée en 1633. Romy Schneider incarne le rôle féminin de cette tragédie. ©CNCS

Le costume n’est pas seulement un objet, mais la trace d’une présence. Il conserve la mémoire du geste et du corps de l’interprète. L’intégration du vote du public a permis de sélectionner certains costumes exposés et introduit une dimension participative, sans toutefois bouleverser l’équilibre général du parcours de l’exposition. Le CNCS présente également de façon permanente la collection Rudolf Noureev, maître de ballet et célèbre chorégraphe à l’Opéra national de Paris.

La naissance de Rudolf Noureev

Une parade finale

La dernière salle prend la forme d’une parade d’une trentaine de costumes, réunissant des figures emblématiques telles que celles d’Arlequin ou de Cyrano de Bergerac (conçu pour la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques de Paris 2024), dans une mise en scène festive.

Parade des costumes au CNCS pour l'exposition anniversaire des 20 ans de l'institution. © Connaissance des Arts / Léana Da SilvaParade des costumes au CNCS pour l'exposition anniversaire des 20 ans de l'institution. © Connaissance des Arts / Léana Da Silva

Parade des costumes au CNCS pour l’exposition anniversaire des 20 ans de l’institution. © Connaissance des Arts / Léana Da Silva

Une vidéo conçue par l’artiste Pierre Giner à l’aide de l’intelligence artificielle anime ces silhouettes. La densité visuelle de cette ultime salle portée par l’accumulation des costumes crée à lui seul un effet immédiat, que le dispositif vidéo vient simplement prolonger.

« Tous en scène ! » : 20 ans des collections du CNCSCentre national du costume et de la scène (CNCS)Quartier Villars, Route de Montilly, 03000 Moulinsdu 25 avril 2026 au 3 janvier 2027


Source:

www.connaissancedesarts.com

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