Anaïs Pégourié, Carapace céleste , 2020, verre thermoformé, émaillé et sablé, portant et cintre, collection Cerfav. © Photo : Département du Nord.
Pour sa première exposition au Musverre, sa nouvelle directrice, Laetitia Messager, révèle avoir souhaité créer un parcours qui puisse rendre compte de l’émerveillement qui a été le sien lors de sa découverte des collections du musée. Dès lors, quoi de plus adapté que de réunir des œuvres en lien avec l’univers du merveilleux, qui est celui du conte, de la fable, de ces histoires que l’humanité se raconte depuis la nuit des temps. La Carapace céleste qui accueille les visiteurs incarne ce double enchantement : véritable trompe-l’œil, l’œuvre d’Anaïs Pégourié, diplômée du Centre européen de recherches et de formation aux arts verriers (CERFAV), rend compte des capacités mimétiques du verre, ici thermoformé puis sablé et émaillé. La créatrice a souhaité convoquer, à travers la tortue, les mythes fondateurs. Celui du géant Atlas de la mythologique grecque, qui porte le monde sur son dos, ou encore celui de la tortue cosmique doté du même fardeau, qu’on trouve dans la cosmogonie hindoue.
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Le temps s’écoule, goutte à goutte…

Salvador Dalí, Montre molle, pâte de cristal, collection Daum. © Photo : Connaissance des Arts / Hortense Albisson.
Elle brille dans la pénombre : la Montre mollede Dalí a tout naturellement trouvé sa place dans le parcours. Symbole des mondes oniriques peints par le surréaliste, elle est aussi un clin d’œil à la montre du lapin blanc d’Alice aux pays des merveilles, roman autour duquel est construite la deuxième section de l’exposition. Cette sculpture en pâte de cristal moulée est l’une des 21 œuvres issues de la collaboration entre Dalí et la manufacture Daum, commencée dans les années soixante. Matière ductile par excellence, le verre s’avère parfaitement adapté au jeu de métamorphose des objets auquel se livre Dalí, restituant ce glissement du solide au liquide, renforcé par ses effets de transparence.
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Instantané à l’heure du thé

Derya Gelyani, White night, 2023, porcelaine, verre étiré à la flemme, musée du Verre de Charleroi ; Shayna Leib, Entremet la citron vert, 2023, pâte de verre, musée du Verre de Charleroi. © Photo : Connaissance des Arts / Hortense Albisson.
Autre objet qui convoque immédiatement l’imaginaire du récit de Lewis Caroll, le si anglais service à thé, dont on découvre ici une théière et une tasse en pleine agitation. Réalisées par la verrière turque Derya Gelyani, ces deux créations auraient toute leur place au délirant goûter du chapelier fou : associant porcelaine et verre étiré à la flamme, la créatrice rend compte à son tour des incroyables possibilités du verre, qui apparaît aussi liquide et aérien qu’il est solide et figé. Un appétissant entremets au citron vert – et pâte de verre – de l’artiste américaine Shayna Leib complète cet instantané.
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Quand la vaisselle se rebelle

Sacha Delabre et Axelle Mary, en collaboration avec Izzi Lombardo et Bim Burton, Dinner, 2025, verre soufflé, collage UV, brasage, soudure, travail du bois et céramique, courtesy des artistes. © Photo : Connaissance des Arts / Hortense Albisson.
Restons à table avec cette impressionnante installation composée par le duo de verriers français Sacha Delabre et Axelle Mary. Dinner réunit un gigantesque chandelier aux branches gesticulantes et deux verres aux pieds virevoltant, assemblage de plusieurs pièces en verre soufflé par collage UV, brasage et soudure. Des fourchettes filant sur la table participent au désordre de la scène, dont la réalisation a fait intervenir Izzi Lombardo et Bim Burton pour le travail du métal et du bois. Si on peut prêter à ces objets plein de vie de joyeuses facéties dignes d’un dessin animé, ils convoquent également ce sentiment d’inquiétante étrangeté qui peut surgir dans un cadre pourtant familier.
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Un verre de la couleur du Temps, un verre de la couleur du Soleil…

Œuvre collective des élèves du lycée Dorian (Gabriel Chaudron, Nathalie Firmin, Grégory Lallauret, Christian Martinez, Bastien Pardonnat, Jérémy Ribes, Angélique Willoquet) sous la direction de leur professeur Claude Robert, d’après un projet de Jean-Michel Othoniel, Le Petit théâtre de Peau d’Âne, 2006, plaque de verre plat gravée, verre borosilicate, soufflage au chalumeau et perles de rocaille assemblées. © Photo : Département du Nord.
Incursion du côté des contes pour une création qui en cachent plusieurs autres… Tout commence lorsque Jean-Michel Othoniel découvre, en 2002, les marionnettes fabriquées par l’écrivain Pierre Loti au cours de son enfance pour mettre en scène le conte de Peau d’âne au sein d’un théâtre miniature. Fasciné, l’artiste choisit de livrer sa propre version de ce petit théâtre, aidé, pour la réalisation des décors de verre, par les élèves du lycée Dorian à Paris. L’établissement abrite depuis 1931 l’unique formation publique en France dans le domaine du soufflage de verre au chalumeau, dispensée dans le cadre de sa filière « verrerie scientifique ». À leur tour, les élèves ont livré une interprétation de ce petit théâtre sous la forme de somptueuses coupes, où s’entrelacent références au conte, à la créativité de Pierre Loti, et à l’univers d’Othoniel et ses célèbres perles de verre.
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Le gland qui rêvait d’être un arbre

Kim Kototamalune, Le rêve du gland , 2023, verre soufflé et filé au chalumeau, collection MusVerre. © Photo : Connaissance des Arts / Hortense Albisson.
Dans la dernière section de l’exposition, la nature reprend ses droits et devient fantastique ou chimérique entre les mains des créateurs verriers. On y retrouve Kim KototamaLune, qui a effectué une résidence en 2022 au sein de l’atelier du Musverre, pôle de création verrier parmi les plus importants en Europe. Passée maîtresse dans le travail du verre soufflé et filé au chameau, puis soudé réseau par réseau, l’artiste franco-vietnamienne a façonné une scène poétique toute en dentelle de verre, qui illustre le songe d’un gland, rêvant qu’il prend racine et se déploie. Là encore, le verre, maintenu entre deux états, fragile et solide, plein et vide, confirme qu’il est peut-être bien la matière dont sont faits les rêves…
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« Enchanté. La fabrique des Histoires »

Rebecca Stevenson, Lapin au pays des merveilles, 2015, pâte de cristal, collection Daum. © Photo : Département du Nord.
« Enchanté. La fabrique des Histoires », Musverre, 76, rue du Général de Gaulle, 59216 Sars-Poteries, du 11 avril 2026 au 3 janvier 2027.
Source:
www.connaissancedesarts.com



