Depuis le choc de 2016, une interrogation s’est imposée dans le débat intellectuel international : l’élection de Donald Trump et le Brexit ont-ils marqué la fin de l’hégémonie du néolibéralisme ? Ces deux événements, survenus dans deux pays longtemps associés à la mondialisation libérale, ont donné une visibilité nouvelle à une remise en cause déjà ancienne des équilibres économiques, politiques et sociaux construits au cours des quatre décennies précédentes.
La discussion ne porte pas seulement sur une alternance électorale ou sur la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne. Elle concerne une doctrine qui a profondément transformé le libéralisme moderne. Contrairement à une lecture qui la réduirait au retrait pur et simple de la puissance publique, le néolibéralisme a redéfini le rôle de l’État : non plus seulement arbitre extérieur au marché, mais acteur chargé d’organiser les conditions de la concurrence, de garantir certains cadres juridiques et de diffuser des principes économiques dans de nombreux domaines de l’action publique.
Cette place accordée à l’État explique la difficulté à décréter la disparition d’un modèle. Les ruptures politiques de 2016 ont mis en lumière des tensions fortes : contestation de la mondialisation, défiance envers les élites économiques, retour de discours protectionnistes ou souverainistes. Mais elles n’ont pas mécaniquement effacé les institutions, les règles et les pratiques qui structurent encore une part importante de l’économie contemporaine. Le débat porte donc autant sur une crise de légitimité que sur une éventuelle fin de cycle.
Pour les chercheurs et les essayistes qui s’emparent de cette question, l’enjeu est de comprendre les métamorphoses d’une doctrine plutôt que d’en annoncer trop vite l’enterrement. Le néolibéralisme a accompagné des transformations durables des politiques publiques, des échanges internationaux et des rapports entre gouvernants, entreprises et citoyens. Les événements de 2016 constituent à cet égard un repère majeur : ils ont rendu visible la fragilisation d’un consensus, sans clore la réflexion sur ce qui lui succède. La question demeure ouverte, mais elle éclaire désormais une partie centrale des débats politiques contemporains.




