À l’heure du repas, la prévention autour des écrans ne peut pas se limiter aux enfants. C’est l’enjeu soulevé par les doctorants Khuong Nguyen Huy et Thao Duyen Tran, qui défendent l’idée d’étendre les recommandations aux adultes. Leur argument central est simple : les parents ne sont pas seulement des encadrants des usages numériques, ils sont aussi des utilisateurs, parfois au détriment des moments d’échange au sein du foyer.
Les campagnes de prévention s’adressent le plus souvent aux mineurs, en insistant sur le temps d’exposition, le sommeil, l’attention ou les apprentissages. Cette approche laisse toutefois de côté une pratique quotidienne visible dans de nombreux foyers : l’usage du smartphone pendant les repas par les adultes. Plusieurs études mentionnées dans ce débat montrent que ce comportement est répandu et qu’il peut réduire la qualité des interactions familiales, en fragmentant l’attention au moment même où la conversation devrait occuper une place centrale.
La question dépasse donc la seule discipline imposée aux enfants. Lorsqu’un adulte consulte son téléphone à table, il envoie aussi un signal sur la place accordée aux notifications, aux messages et aux sollicitations extérieures dans la vie familiale. Pour les deux doctorants, une recommandation efficace doit tenir compte de cette dimension d’exemplarité. Elle ne consiste pas uniquement à interdire ou à limiter, mais à construire des repères partagés, applicables à tous les membres de la famille.
Ce déplacement du regard est important pour les politiques de santé publique et d’éducation au numérique. En ciblant seulement les enfants, les messages peuvent apparaître incomplets, voire contradictoires, si les adultes adoptent eux-mêmes les pratiques qu’ils demandent de réduire. Intégrer les parents permettrait de rendre les conseils plus cohérents et de reconnaître que la vie numérique du foyer se construit dans les habitudes collectives, pas seulement dans les règles fixées aux plus jeunes.
La tribune de Khuong Nguyen Huy et Thao Duyen Tran, publiée dans Le Monde, s’inscrit dans un débat plus large sur la place des écrans dans les espaces domestiques. Le repas y occupe une place particulière : il reste l’un des rares moments réguliers où la disponibilité réciproque peut être préservée. C’est précisément pour cette raison que les recommandations, lorsqu’elles abordent les écrans à table, gagnent à inclure les adultes autant que les enfants.




