A un an de l’élection présidentielle, les candidats se bousculent. On ne peut pas en dire autant des idées. Aussi, quand un débat de fond se présente, les partis politiques ne devraient pas hésiter à s’en saisir. Celui lancé par le gouverneur de la Banque de France sortant, François Villeroy de Galhau, dans son ultime lettre au président de la République, publiée le 4 mai, touche au cœur du pacte social français : l’orientation de la dépense publique et la façon dont une société prépare son avenir.
« Nos arbitrages collectifs ont été jusqu’à présent en faveur des seniors : dépenses de retraite et de santé, et financement par le déficit », explique-t-il, en prévenant que, « si notre pays poursuit de tels choix gérontocratiques, il ne pourra pas bien préparer l’avenir ». La France, une gérontocratie ? Le propos est suffisamment direct pour susciter des réactions épidermiques, et assez ambigu pour risquer de nourrir une guerre des générations que personne n’a intérêt à mener. Pourtant, l’enjeu n’est pas là. Il ne s’agit ni de dresser les retraités contre les actifs, ni d’assigner des responsabilités morales aux uns ou aux autres, mais de regarder lucidement nos choix budgétaires et d’en tirer les conséquences.
Ce débat ne peut avoir lieu sans que quelques vérités soient énoncées. D’abord, le principe du système par répartition – les cotisations des actifs paient les pensions des retraités – est déjà largement détourné : environ un tiers des pensions est aujourd’hui financé par le contribuable et par la dette. Ensuite, le rendement implicite des cotisations versées s’effondre. Le Conseil d’orientation des retraites (COR) a calculé qu’il est passé de 2,5 % par an pour les générations nées en 1940 à 0,5 % pour celles nées à partir de 1990.
Autrement dit, il est demandé aux actifs d’aujourd’hui de consacrer 28 % de leur salaire brut à une épargne forcée de très long terme, dont le retour sur investissement est incertain. Les jeunes générations accumulent ainsi des « droits » de plus en plus réduits par rapport à leurs aînés, alors même que ces derniers ont globalement cotisé moins.
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