Cet hiver, l’actualité des lunettes de soleil a été largement marquée par la paire aviateur qu’Emmanuel Macron portait lors du Forum économique de Davos, devenue virale sur le Web et déclinée en une multitude de mèmes. L’été approchant, c’est un autre genre de publications qui se multiplie sur la thématique des solaires, avec des listes shopping – « les 10 lunettes incontournables de l’été », ou « les modèles à adopter cette saison » –, marronnier de la presse magazine.
Mais au-delà de ces tendances stylistiques, une autre catégorie de lunettes suscite aujourd’hui de nombreux débats en ligne : les lunettes de soleil connectées intégrant de l’intelligence artificielle, notamment celles développées par Meta.
Ces nouveaux gadgets prennent la forme de lunettes Ray-Ban ou Oakley à l’apparence ordinaire, mais truffées de technologie cachée : Wi-Fi, Bluetooth, minuscules haut-parleurs, microphones ou encore caméra grand angle.
Comme le résume le New York Times Magazine dans un récent article intitulé « J’ai tant de peine pour mes lunettes de soleil dotées d’IA », « c’est, en gros, un dispositif de surveillance complet qui se pose sur votre nez ». Ces accessoires offrent la possibilité de dialoguer avec « une super intelligence désincarnée capable de voir et d’entendre tout ce que vous faites ». « Autrement dit, ces lunettes promettent de réaliser l’un des fantasmes les plus anciens de l’humanité : élargir notre perspective limitée pour atteindre une forme d’illumination totale, quasi divine », analyse le journaliste Sam Anderson.
Une dystopie en direct, d’autant que la technologie reste encore largement défaillante. Le journaliste évoque ainsi les erreurs à répétition de sa propre paire : mauvaise identification de la race de son chien, confusion sur des espèces d’arbres, erreurs d’orientation ou incapacité à reconnaître un oiseau pourtant bien visible.
Problèmes de surchauffe
Ce qui n’empêche pas Meta d’investir massivement pour promouvoir son produit, avec notamment une publicité diffusée lors du Super Bowl, mettant en scène le réalisateur Spike Lee, lunettes de soleil avec verres orange sur le nez. Le groupe affirme que 7 millions d’exemplaires ont été vendus l’an dernier, et l’arrivée de concurrents devrait accélérer l’expansion du marché.
En Chine, il est en plein essor, porté par les subventions publiques et par des géants de la tech et du commerce comme Xiaomi et Alibaba, rapporte le média américain spécialisé dans les technologies numériques Rest of World. Les usages se multiplient : traduction instantanée, écoute de livres audio au moyen de haut-parleurs intégrés, prise de photos souvenirs à la volée…
Une étudiante chinoise, sous couvert d’anonymat, admet même utiliser ses lunettes connectées – il en existe sans verres teintés – pour tricher aux examens. Les utilisateurs font toutefois état de nombreux défauts, précise la revue en ligne : un poids pouvant atteindre 50 grammes, soit deux fois celui de lunettes classiques, une autonomie réduite, ou encore des problèmes de surchauffe. Finalement, à ce stade, rien ne vaut une bonne paire aviateur classique.





Source:
www.lemonde.fr



