Le témoignage poignant de Coline Berry en commission d’enquête sur l’inceste

JEFF PACHOUD / AFP

Coline Berry a porté plainte en janvier 2021 contre son père, dénonçant des faits de viols et agressions sexuelles sur mineur de 15 ans par ascendant et de corruption de mineur dans les années 1984-85.

C’est un témoignage aussi précieux qu’éprouvant qu’a livré Coline Berry ce mercredi 29 avril devant la commission d’enquête sur le traitement judiciaire des violences sexuelles incestueuses parentales. Elle est revenue sur son histoire, les violences dont elle accuse son père, l’acteur Richard Berry, et son espoir de voir un jour « des actes, des lois, des changements dans les procédures » face à l’inceste.

« Venir ici, c’est accepter de rouvrir des souvenirs qui ne sont pas seulement des souvenirs, mais des traumas », a débuté Coline Berry, la gorge nouée. Avant d’ajouter : « C’est profondément douloureux, mais c’est nécessaire (…) pour que vous en preniez la mesure, pour que quelque chose change. »

Celle qui est à son tour devenue actrice avait porté plainte en janvier 2021 contre son père, dénonçant des faits de viols et d’agressions sexuelles sur mineur de 15 ans par ascendant, ainsi que de corruption de mineur dans les années 1984-85. En raison de la prescription des faits, l’affaire a été rapidement classée sans suite. Un geste judiciaire que Coline Berry estime « très douloureux ».

« Je suis née dans la violence. Avant même ma naissance », a raconté devant les parlementaires, revenant sur les violences subies par sa mère, Catherine Hiegel, lorsqu’elle était enceinte. Cette dernière a elle aussi dénoncé ces violences. « Ce n’est pas un contexte accessoire, c’est le point de départ (…) Un homme violent ne peut pas être un bon père », a assuré Coline Berry.

« Ce qui me frappe, c’est à quel point j’ai été seule »

Et de dénoncer « des viols presque chaque week-end » lorsqu’elle n’était qu’une enfant. « Les jeux de l’orchestre n’étaient pas des jeux. C’étaient des viols répétés. » Elle ajoute : « Je garde encore aujourd’hui le souvenir de l’odeur, des sensations, des images, des traces qui restent et qui ne s’effacent pas. »

« Ce qui me frappe c’est à quel point j’ai été seule », déplore-t-elle encore. Aujourd’hui mère de trois enfants, elle a mis en garde les membres de la commission d’enquête sur l’emprise psychologique et ses ravages. « Le silence sur les violences était la règle : on ne nommait pas, on ne dénonçait pas la figure paternelle, explique-t-elle, parler c’est se mettre en danger. »

Elle assure avoir pourtant eu le courage de parler, à sa manière : « Comme tous les enfants, j’ai parlé. À 3 ans, mais je n’avais pas les mots. Alors j’ai parlé avec mon corps, j’ai reproduit sur ma mère les gestes. » Mais lorsque sa mère confronte Richard Berry, c’est par la violence qu’il répond, se souvient-elle. À l’âge de 10 ans, Coline Berry raconte avoir cessé de manger pour qu’il la laisse à sa mère : « C’est ma seule façon de me protéger (…) Tout pourvu que ça s’arrête. »

Lorsqu’elle en parle à un médecin, elle comprend rapidement que c’est sa « parole contre la parole d’un homme connu, puissant ». « On ne parle que quand on se sent protégée ou quand on s’imagine qu’on va l’être. Sinon on se tait. Pas parce qu’on accepte, mais parce que le coût est trop élevé. » Le coût de la séparation, de perdre son « clan », comme elle l’appelle.

« La justice qui m’a dit que c’était trop tard »

Au cours de son audition, Coline Berry a relaté d’autres violences, tout au long de sa vie, « parce que oui, un enfant victime d’inceste a plus de risque de se retrouver à nouveau victime de violences ». « Les conséquences ne disparaissent pas, elles se prolongent elles se déplacent » : dépression, troubles alimentaires, cauchemars, dissociation, angoisses, tentatives de suicide… « Je connais tout ça. »

Devant la commission, elle est également revenue sur son passage devant la brigade des mineurs, une fois qu’elle a trouvé le courage de dénoncer son père. « Lorsque j’ai été entendue, adulte à la brigade des mineurs, on m’a demandé de mimer avec un crayon (…) pour montrer, pour mesurer, pour qualifier, pour décider si ce que j’avais vécu relevait du viol ou de l’agression sexuelle », détaille-t-elle. Elle évoque la sidération qui ne l’a pas quittée depuis ce jour : « Pensez-vous sincèrement que la violence que subit un enfant dans l’inceste se mesure en centimètres ? Tout acte d’inceste est un crime et devrait être traité juridiquement comme tel. »

Sur la suite du traitement judiciaire qui lui a été réservé, elle n’évoque guère de meilleurs souvenirs. « La justice qui m’a dit que c’était trop tard », déplore-t-elle. « La justice qui d’une main m’a dit “C’est grave ce que tu as vécu et ce que tu traverses encore”, et de l’autre main “On ne peut plus rien faire, tant pis pour toi.” Mais trop tard pour qui ? Droit à l’oubli de qui ? » Et d’ajouter : « En portant plainte, j’ai donc été attaquée, dénigrée. »

« J’espère que cette commission ne restera pas lettre morte »

Elle dénonce également les décisions de la justice après qu’ils ont entendu sa plus jeune demi-sœur, alors âgée de 8 ans. « Elle dit qu’elle n’aime pas les fessés qu’il lui donne », avance-t-elle. Elle parle également de « bisous baveux, de bisous d’escargots ». « Dire que cela n’est pas sexuel, c’est le déni le plus éclatant, et pourtant la brigade des mineurs a considéré que ce n’est pas inquiétant. »

« Oui je suis pour l’imprescriptibilité et pour la suppression de la non-rétroactivité des lois pour les victimes d’hier », avance-t-elle. Aujourd’hui en France, le délai de prescription pour crimes sur mineurs est de 30 ans à partir de la majorité de la victime. « Il faut surtout que dès le début d’une enquête, on perquisitionne, que l’on expertise (…) Que la diffamation soit rendue impossible le temps que l’enquête est en cours. » Jeane Manson, l’ex-femme de Richard Berry, a porté plainte pour en effet diffamation contre elle. Coline Berry a été déclarée coupable par le tribunal correctionnel d’Aurillac le 14 avril 2022. Le 5 décembre 2023, la Cour de cassation a annulé cette condamnation.

Coline Berry rappelle qu’il faut également « protéger les mères, les personnes qui protègent les enfants (…) pour que demain un enfant qui parle soit entendu, pour que cesse cette inadmissible impunité ». Et de conclure : « J’espère que cette commission ne restera pas lettre morte comme les 82 recommandations de la Ciivise qui ne sont toujours pas appliquées. »


Source:

www.huffingtonpost.fr

L’Inde déclare officiellement le virus Nipah et l’Asie réactive les contrôles type Covid: un signal d’alarme mondial

L’alerte est désormais officielle. Les autorités sanitaires de Inde...

George Orwell et ‘1984’ – Quand la censure devient totale

Dans son roman emblématique, George Orwell explore les dangers...

Algérie–Qatar : un rapprochement stratégique dans un contexte régional en mutation

La visite officielle à Doha du général d’armée Saïd...

40 choses à faire ce mois-ci

Nous pouvons recevoir une partie des ventes si...
Annonce publicitaire Dynamiques de paix dans le Caucase du Sud

Articles Similaires

Annonce publicitaire Isaac d'ArganIsaac d'Argan