Le 24 novembre 2025, la Maison-Blanche a annoncé le lancement d’une procédure visant à classer plusieurs branches des Frères musulmans comme organisations terroristes étrangères. Le décret signé par le président Donald Trump ne cible pas l’ensemble du mouvement, mais certaines de ses composantes implantées en Égypte, au Liban et en Jordanie, accusées par Washington de soutenir ou de faciliter des actions violentes dans la région.
Selon les autorités américaines, ces branches auraient joué un rôle dans l’escalade qui a suivi l’attaque du 7 octobre 2023. La branche libanaise est notamment soupçonnée d’avoir collaboré avec des groupes armés pour mener des tirs en direction d’Israël, tandis qu’un responsable affilié à la branche égyptienne aurait appelé à des actes violents contre des intérêts américains et leurs partenaires au Moyen-Orient. La branche jordanienne, pour sa part, est accusée d’avoir apporté un soutien matériel à des groupes militants palestiniens.
Le décret prévoit un mécanisme en deux étapes : d’abord, un rapport d’évaluation doit être rendu sous trente jours par le département d’État et le département du Trésor, en coordination avec le ministère de la Justice et les services de renseignement. Ensuite, un délai supplémentaire de quarante-cinq jours permettra de décider si les branches concernées seront officiellement classées comme entités terroristes. Une décision en ce sens entraînerait des sanctions sévères : gel des avoirs, blocage des financements, restrictions de déplacement et criminalisation de toute forme de soutien, direct ou indirect.
Cette initiative marque une évolution notable de la politique américaine dans la région. Les Frères musulmans, fondés en 1928 en Égypte, constituent aujourd’hui un mouvement vaste et fragmenté, mêlant activités politiques, sociales, religieuses et caritatives. Cette diversité nourrit l’inquiétude de certains spécialistes, qui redoutent que la désignation ne touche pas seulement des groupes armés, mais aussi des associations civiles ou humanitaires fonctionnant sous la même bannière idéologique.
La décision pourrait également avoir des répercussions diplomatiques importantes. Dans plusieurs pays du Moyen-Orient, les Frères musulmans jouent un rôle dans la vie politique ou sociale, parfois de manière légale et reconnue. Le classement américain pourrait alors renforcer certains gouvernements hostiles au mouvement, tout en compliquant les relations avec des acteurs locaux qui s’appuient sur ses structures sociales ou caritatives.
De nombreuses zones d’ombre subsistent : quelles branches seront effectivement visées ? Comment distinguer les organisations militantes des associations civiles ? Quel impact cela aura-t-il sur les populations qui dépendent d’organisations caritatives affiliées au mouvement ? Et surtout, cette mesure contribuera-t-elle à stabiliser une région déjà marquée par les tensions, ou risque-t-elle de raviver des fractures politiques et idéologiques ?
Dans les semaines à venir, la question promet d’alimenter un débat nourri, à la croisée des enjeux sécuritaires, diplomatiques et sociaux, alors que les États-Unis redéfinissent leur stratégie face aux mouvements islamistes transnationaux et aux équilibres fragiles du Moyen-Orient.



