« Le Labyrinthe », de Maurice Sandoz, préface de Jean-Michel Pittier, Florides helvètes, « Poche suisse », 128 p., 8 €.
« La douleur porte un costume de plumes » (Grief Is the Thing with Feathers), de Max Porter, préface de Nina Léger, traduit de l’anglais par Charles Recoursé, Sous-sol, « Souterrains », 136 p., 13 €.
« Les Morts bizarres », de Jean Richepin, préface de François Rivière, L’Arbre vengeur, « L’arbuste véhément », 216 p., 11 €.
Tant vaut un labyrinthe, tant vaut son Minotaure ! Comme la perle en son huître : sa découverte crée la surprise, en assure la valeur. A ce jeu, la créature tapie dans les replis du dédale végétal de Craven Castle, séculaire manoir écossais et cadre unique du Labyrinthe (1941), de l’écrivain bâlois Maurice Sandoz (1892-1958), dote ce roman d’un exceptionnel intérêt, d’une horreur pionnière. Maître du fantastique helvétique (Trois histoires bizarres, 1939 ; La Maison sans fenêtres, 1943), compagnon de route des surréalistes (de Dali, notamment, qui l’illustra), héritier considérable et collectionneur de raretés horlogères, Maurice Sandoz se révèle un expert dans l’art de lentement garrotter son lecteur, le menant peu à peu de la curiosité à l’anxiété, puis de l’angoisse à l’effarement.
Pour cela, il suffit d’un narrateur curieux, d’un hôtel de montagne et d’une fort digne demoiselle anglaise, parfum lavande, à la mémoire aussi impeccable que les plis de sa robe. Avec moult précautions, on tend alors l’oreille à une bien singulière histoire : celle d’une famille d’aristocrates écossais dont le chef de lignée est condamné au célibat et à la résidence au sein d’un manoir à l’architecture singulière, voire aberrante. Le mode de vie et les horaires se révélant, par ailleurs, aussi insolites que la forme des escaliers ou l’aveuglement des fenêtres. A quoi bon ces singulières distorsions des pierres et ce rythme bizarre des journées ? De quoi certains ramdams nocturnes sont-ils le nom ? Réponses par la voix mesurée de la narratrice. Le génie de Sandoz découle de son art de jouer des perceptions, qu’elles soient acoustiques (« L’oreille, organe de la peur », écrivait Nietzsche) ou visuelles (les ombres de la nuit), et des signes physiques échangés entre les protagonistes. Quinze ans avant la découverte de Lovecraft en France, un classique méconnu de l’horreur francophone.
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Source:
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