
La mort d’Omar, jeune universitaire marocain titulaire d’un master en droit, survenue après une chute du quatrième étage du siège de la Brigade nationale de la police judiciaire (BNPJ) à Casablanca, a provoqué une onde de choc nationale. Entré dans les locaux pour être entendu dans le cadre d’une procédure judiciaire, il en est ressorti quelques heures plus tard grièvement blessé, avant de succomber à ses blessures à l’hôpital. Depuis, une question domine le débat public : s’agit-il d’un suicide comme l’affirme la version officielle, ou d’une défaillance grave dans la chaîne de surveillance engageant la responsabilité des autorités ?
Selon le communiqué du procureur général près la Cour d’appel de Casablanca, les faits se sont produits le mercredi 18 février 2026. Omar faisait l’objet d’un interrogatoire dans le cadre d’une enquête. Au moment où l’officier de police judiciaire s’apprêtait à exécuter les instructions du parquet pour formaliser son placement en garde à vue, le jeune homme se serait levé brusquement et dirigé vers une fenêtre latérale située au quatrième étage du bâtiment avant de se jeter dans le vide. Le communiqué mentionne l’arrachement partiel d’un dispositif au niveau du cadre de la fenêtre, un impact contre une rambarde métallique au rez-de-chaussée, puis une chute vers le sous-sol. Transporté en urgence à l’hôpital, il est décédé aux premières heures du jeudi des suites de multiples fractures et d’une hémorragie cérébrale, selon les conclusions d’une autopsie réalisée par une commission médicale. Une enquête judiciaire a été ouverte afin d’établir les circonstances exactes.
Mais la famille rejette catégoriquement l’hypothèse du suicide. Le père décrit un étudiant sérieux, sans antécédents judiciaires, profondément attaché à ses droits et à son avenir académique. Selon ses déclarations publiques, Omar avait auparavant déposé plainte contre une officière de police et aurait subi des pressions pour y renoncer, ce qu’il aurait refusé. La famille affirme ne pas comprendre les raisons exactes de la “mise en recherche” évoquée par les autorités et s’interroge sur un éventuel lien entre cette plainte et sa convocation à la BNPJ. Pour les proches, le profil du jeune homme et les circonstances de sa présence sur place rendent la thèse d’un geste volontaire difficilement crédible.
Au-delà des versions opposées, le cœur du problème est désormais procédural. Lorsqu’une personne est entendue par les services de police et, a fortiori, lorsqu’elle est sur le point d’être placée en garde à vue, elle se trouve sous la responsabilité directe de l’État. Cette responsabilité implique une obligation de protection et de surveillance effective. Les pratiques professionnelles imposent en principe une présence constante d’agents afin de prévenir toute tentative de fuite, tout incident ou tout geste désespéré. Dès lors, plusieurs interrogations majeures se posent : combien d’agents se trouvaient dans le bureau au moment des faits ? La fenêtre était-elle sécurisée ou équipée d’un dispositif limitant son ouverture ? Existe-t-il des enregistrements de vidéosurveillance permettant de reconstituer la séquence minute par minute ? À quel moment précis la garde à vue a-t-elle été notifiée et consignée dans le registre officiel ?
L’autopsie établit que les blessures sont compatibles avec une chute depuis une grande hauteur. Elle ne répond toutefois pas aux questions liées aux conditions exactes de surveillance. Même dans l’hypothèse d’un geste volontaire, demeure une interrogation institutionnelle fondamentale : comment une personne sous contrôle policier peut-elle accéder à une fenêtre au quatrième étage et se jeter dans le vide sans qu’aucune intervention ne puisse l’en empêcher ?
L’affaire Omar s’inscrit dans un contexte où chaque décès survenu lors d’une privation de liberté ravive les débats sur la transparence et la confiance envers les institutions. Dans ce type de dossier, la vérité ne se limite pas à une conclusion médico-légale ; elle repose sur la capacité des autorités à documenter précisément chaque minute, chaque présence, chaque décision administrative. La publication éventuelle des enregistrements, des procès-verbaux de constat et de la chronologie exacte des faits pourrait seule dissiper les doutes qui traversent aujourd’hui l’opinion publique.
Au fond, ce drame dépasse le cas individuel. Il pose une question de principe : lorsqu’un citoyen est placé sous la responsabilité des services de l’État, celui-ci doit garantir sa sécurité physique jusqu’à la fin de la procédure. Si la version du suicide est confirmée, il faudra expliquer comment un tel geste a été matériellement possible dans un bâtiment hautement sécurisé. Si des défaillances sont établies, elles devront être reconnues et assumées. Car dans un État de droit, la confiance ne se décrète pas par communiqué : elle se construit par la transparence et par la preuve.



