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Akhannouch–Chouki Le coup de passe-passe politique ou comment confisquer la démocratie sans bruit


Aziz Akhannouch annonce qu’il quitte la présidence du RNI. Le mot “quitter” est pourtant impropre. Il suggère une rupture, un retrait, une mise à distance. Or ce qui se joue sous nos yeux ressemble davantage à une manœuvre de repositionnement qu’à une sortie réelle. Akhannouch ne s’en va pas. Il se met en retrait pour mieux rester. Il change de rôle sans jamais lâcher la scène.

Après deux mandats marqués par une crise sociale profonde, une inflation écrasante, une paupérisation accélérée et une colère populaire devenue chronique, le chef du gouvernement sortant laisse un pays exsangue. Le Maroc qu’il lègue n’est pas celui de la prospérité promise, mais celui d’une société épuisée, désabusée, convaincue que l’effort n’est jamais récompensé et que le pouvoir ne répond qu’à lui-même.

Dans le même temps, l’image d’Akhannouch s’est figée dans un symbole politiquement toxique. Celui d’un dirigeant dont la richesse personnelle s’est envolée pendant que le pays s’enfonçait. Peu importe, au fond, le classement exact ou le chiffre précis. Ce qui compte, c’est la perception. Et cette perception est ravageuse. Elle dit à des millions de Marocains que le sacrifice est collectif, mais que les bénéfices sont privés.

Le mépris social comme méthode de gouvernement

Akhannouch n’a pas seulement échoué à répondre aux attentes sociales. Il a incarné, souvent malgré lui mais parfois par son silence, une forme de mépris politique. Lorsque la population a crié sa colère à travers le boycott massif de produits liés à son univers économique, le pouvoir n’a pas entendu un signal d’alarme. Il y a vu une irritation passagère, une nuisance à contenir, non une revendication légitime à traiter.

Ce boycott n’était pas un caprice de consommateurs. C’était une insurrection sociale pacifique, une manière de dire que les urnes ne suffisent plus lorsque les règles du jeu sont faussées. Une société qui boycotte est une société qui n’y croit plus. Et ce désaveu-là n’a jamais été réparé. Il s’est transformé en défiance durable, en rupture silencieuse entre le peuple et la politique.

Le RNI, ou la transformation d’un parti en propriété privée

Sous Akhannouch, le RNI n’est plus un parti au sens politique du terme. Il est devenu un instrument. Un outil de gestion du pouvoir, une machine à produire des majorités dociles, un espace où l’ascension dépend moins des idées que de l’allégeance. Le débat interne y a été étouffé, la contradiction neutralisée, la pluralité rendue inutile.

La succession actuelle en est la preuve la plus brutale. Une candidature unique. Un congrès convoqué pour entériner. Aucun débat. Aucun courant. Aucune surprise possible. Nous ne sommes pas face à une élection, mais face à une désignation. Pas face à un choix, mais face à une validation.

Mohamed Chouki le visage neuf du même système

Mohamed Chouki n’est pas un accident. Il est le produit logique de ce système. Il n’arrive pas avec un projet de rupture, ni avec une lecture critique du bilan Akhannouch, ni avec une promesse de transformation interne. Il arrive comme on transmet un dossier. Comme on confie les clés à quelqu’un de sûr, de loyal, de parfaitement aligné.

Son rôle n’est pas de changer le RNI. Son rôle est de le conserver. De maintenir les équilibres, de rassurer les réseaux, de garantir que rien d’essentiel ne bougera. Chouki n’est pas un successeur politique. Il est un prolongement organisationnel. Une continuité incarnée.

Quitter le parti pour mieux contrôler l’État

Le scénario est désormais lisible. Akhannouch quitte la présidence du parti pour réduire l’exposition politique, mais conserve l’essentiel : l’influence, les leviers, les réseaux, la capacité de décision. Il n’est pas exclu, bien au contraire, qu’il se repositionne dans un futur gouvernement. Ce serait l’aboutissement logique de cette stratégie : sortir par la porte du parti pour revenir par la fenêtre de l’État.

Dans ce schéma, la démocratie devient un théâtre. Les rôles changent, le décor évolue, mais le metteur en scène reste le même. Le citoyen assiste à la pièce sans jamais pouvoir monter sur scène.

Une démocratie vidée de sa substance

Ce que révèle cette séquence est d’une gravité extrême. La démocratie marocaine n’est pas attaquée frontalement. Elle est vidée de l’intérieur. On conserve les formes, les dates, les congrès, les communiqués. Mais on supprime l’essentiel : le choix. Or sans choix réel, il n’y a pas de démocratie. Il n’y a qu’une administration du pouvoir.

Quand un homme peut gouverner, échouer socialement, concentrer richesse et influence, puis organiser sa propre succession sans opposition, alors le problème n’est plus individuel. Il est systémique.

Le danger d’un pays qui n’y croit plus

Akhannouch n’est pas seulement un homme politique controversé. Il est devenu le symbole d’un verrouillage généralisé. Et Mohamed Chouki, loin de rompre avec ce symbole, en devient l’héritier direct. Le danger pour le Maroc n’est pas seulement la continuité d’une ligne politique inefficace. Le danger, c’est la normalisation de l’idée que le peuple n’a plus réellement son mot à dire.

Un pays peut supporter des crises économiques. Il peut traverser des périodes difficiles. Mais un pays qui perd foi dans la politique entre dans une zone beaucoup plus dangereuse. Celle du retrait, de l’abstention, du cynisme, puis de la rupture.

Akhannouch part peut-être en apparence. Mais tant que son système reste en place, tant que ses hommes prennent le relais, tant que la démocratie se réduit à un décor, il ne sera jamais vraiment parti. Et le Maroc, lui, continuera de payer le prix de cette illusion de changement.

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