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Irak : 47 victimes de Daech enterrées à Mossoul, dix ans après leur exécution — l’État islamique reste une menace mondiale

Le 20 octobre 2026, l’Irak a organisé à Mossoul les funérailles de 47 personnes exécutées par Daech dix ans auparavant, dont les dépouilles ont été retrouvées dans des fosses communes au sud de la ville. Cette cérémonie rappelle l’ampleur des crimes commis par l’organisation terroriste, mais soulève également une question qui dépasse les frontières irakiennes : que reste-t-il aujourd’hui de l’État islamique ? Si Daech a perdu son califat territorial et subi un affaiblissement considérable en Irak, ses réseaux demeurent actifs au Moyen-Orient et plusieurs de ses branches conservent une puissance militaire inquiétante, particulièrement en Afrique. Des milliers de combattants, des attaques meurtrières et une implantation dans des régions fragilisées par les conflits témoignent de la persistance d’une menace internationale que les victoires militaires n’ont pas suffi à éliminer.

À Mossoul, les cercueils des victimes de Daech rappellent l’horreur des massacres de 2016

Mossoul, mardi 20 octobre 2026. Sous un ciel dégagé, des hommes en uniforme portent des cercueils recouverts du drapeau irakien. Un tapis rouge a été déroulé pour la cérémonie officielle. Autour du cortège, des familles endeuillées, des représentants des autorités, des journalistes et des habitants assistent à une scène dont la gravité contraste avec le retour progressif de la vie dans cette grande ville du nord de l’Irak. Derrière les cercueils, les portraits en noir et blanc des victimes rappellent les visages de ceux que l’organisation terroriste État islamique, connue sous le nom de Daech, avait arrachés à leurs familles dix ans auparavant. Ce jour-là, 47 dépouilles sont officiellement restituées à leurs proches après avoir été retrouvées dans deux fosses communes à Hammam al-Alil, une localité située à une trentaine de kilomètres au sud de Mossoul. Ces victimes, dont plusieurs appartenaient aux forces de sécurité irakiennes, avaient été exécutées par les djihadistes en 2016, alors que Daech contrôlait encore une grande partie de la province de Ninive. Selon les informations recueillies par l’Agence France-Presse auprès de Dhurgham Kamel, directeur général adjoint du département irakien chargé des fosses communes et des personnes disparues, les restes humains ont pu être identifiés grâce à des examens médico-légaux, notamment des analyses ADN. La cérémonie ne marque donc pas un nouveau massacre, mais l’aboutissement d’une longue procédure d’identification qui permet enfin aux familles d’enterrer leurs proches.

Les informations publiées par Rudaw apportent des précisions sur l’identité des victimes. Parmi les 47 personnes identifiées, 44 appartiendraient à la tribu arabe des Joubour, implantée notamment dans les villages du sud de Mossoul. Les dépouilles proviennent de la région de Hammam al-Alil, où l’organisation terroriste avait procédé à des arrestations massives et à des exécutions collectives. Certaines victimes étaient membres des forces de sécurité, tandis que d’autres étaient des civils ou des personnalités religieuses. Leurs familles ont attendu près de dix ans avant de pouvoir récupérer leurs restes. Cette attente donne à la cérémonie une dimension particulièrement douloureuse : pendant une décennie, les proches ont vécu entre l’espoir d’obtenir des informations et la crainte de découvrir la réalité des massacres. Ibrahim al-Jubouri, un universitaire de 46 ans qui a reçu la dépouille de son cousin, a confié à l’AFP que le chagrin demeurait intact, tout en dénonçant la lenteur des procédures d’identification. Cette souffrance n’est pas isolée. Elle est partagée par des milliers de familles irakiennes dont les proches ont disparu pendant les années d’occupation de l’État islamique.

Plus de 200 charniers : l’héritage sanglant de l’occupation de Daech en Irak

Les 47 victimes de Mossoul ne représentent qu’une infime partie du bilan humain laissé par l’État islamique en Irak. Selon les Nations unies, plus de 200 charniers ont été recensés dans les territoires anciennement occupés par l’organisation, susceptibles de contenir jusqu’à 12 000 corps. Ces chiffres témoignent de l’ampleur des crimes commis entre 2014 et 2017, période durant laquelle Daech avait transformé de vastes régions irakiennes en territoires soumis à un régime de terreur. Exécutions publiques, enlèvements, tortures, disparitions forcées, persécutions religieuses et massacres de communautés entières constituaient les instruments de domination de l’organisation. Les policiers, les militaires, les fonctionnaires et les habitants soupçonnés de s’opposer à son autorité figuraient parmi les premières cibles. Les populations yézidies de la région de Sinjar ont subi, dès août 2014, une campagne d’extermination et de persécution que les enquêteurs des Nations unies ont qualifiée de génocide. Des milliers de femmes et d’enfants ont été enlevés, tandis que de nombreux hommes ont été exécutés. Les conséquences de ces crimes continuent de peser sur la société irakienne, bien après la disparition du contrôle territorial de Daech.

À Hammam al-Alil, les fosses communes découvertes après le recul de l’organisation avaient révélé l’ampleur des exécutions perpétrées dans cette région stratégique au sud de Mossoul. En novembre 2016, les forces irakiennes avaient notamment découvert un charnier soupçonné de contenir les restes de centaines de victimes, parmi lesquelles figuraient d’anciens policiers. Les opérations d’exhumation et d’identification sont particulièrement complexes : elles nécessitent la préservation des preuves, la comparaison des profils génétiques avec ceux des familles et un travail judiciaire permettant, lorsque cela est possible, de reconstituer les circonstances des décès. Les autorités irakiennes doivent également traiter les dossiers de milliers de personnes toujours portées disparues. Cette réalité explique pourquoi, près de neuf ans après l’annonce de la victoire militaire contre l’État islamique, des familles continuent de découvrir le sort de leurs proches. Le cas des 47 victimes restituées à Mossoul rappelle ainsi que la défaite d’une organisation terroriste ne signifie pas la fin de ses conséquences humaines. Les combats peuvent cesser, les territoires peuvent être reconquis, mais la recherche des disparus et la reconstruction des sociétés meurtries exigent souvent plusieurs décennies.

De la prise de Mossoul à la chute du califat : comment Daech a construit sa puissance

Pour mesurer la gravité de ce qui s’est produit à Mossoul, il faut revenir au mois de juin 2014. L’État islamique, issu de la mouvance djihadiste irakienne et renforcé par la guerre civile syrienne, lance une offensive spectaculaire contre les forces gouvernementales. En quelques jours, ses combattants s’emparent de Mossoul, deuxième ville d’Irak, provoquant l’effondrement de plusieurs unités militaires. L’organisation proclame ensuite un califat sur de vastes territoires situés de part et d’autre de la frontière irako-syrienne. À son apogée, elle exerce son autorité sur plusieurs millions d’habitants et contrôle des ressources économiques importantes, notamment des infrastructures pétrolières, des routes commerciales et des zones agricoles. Daech ne se présente plus seulement comme un mouvement clandestin capable de commettre des attentats : il prétend administrer un territoire, imposer ses lois, collecter des taxes et constituer une véritable puissance politique et militaire. Sa propagande internationale attire des milliers de recrues étrangères, tandis que ses campagnes de violence provoquent des déplacements massifs de populations.

La reconquête de Mossoul par les forces irakiennes, en juillet 2017, constitue l’un des principaux tournants de la guerre contre l’organisation. En décembre de la même année, Bagdad annonce la fin du contrôle territorial de Daech en Irak. En Syrie, la chute de Baghouz en mars 2019 marque la disparition de son dernier bastion territorial majeur. Ces victoires, obtenues au terme de combats particulièrement destructeurs, mettent fin au projet de califat que l’organisation avait présenté comme le fondement de son pouvoir. Mais elles ne provoquent pas l’élimination de tous ses combattants, de ses réseaux financiers ou de ses relais idéologiques. Une partie de ses membres se disperse dans des régions rurales et désertiques, d’autres rejoignent des cellules clandestines, tandis que des branches affiliées poursuivent leurs activités dans plusieurs pays. La transformation est profonde : Daech perd sa capacité à gouverner de grandes villes, mais conserve des structures capables de survivre dans la clandestinité et de profiter de nouvelles crises.

Daech est-il toujours présent en Irak en 2026 ?

Près de dix ans après la reconquête de Mossoul, l’État islamique demeure présent en Irak, même si ses capacités militaires se sont considérablement réduites. L’organisation conserve des cellules clandestines dans certaines régions des provinces de Ninive, d’al-Anbar et de Salah ad-Din, ainsi que dans les montagnes de Hamrin, dans le secteur de Kirkouk. Ces zones, caractérisées par des reliefs difficiles et des espaces ruraux étendus, peuvent offrir des possibilités de dissimulation et de déplacement. Les combattants encore actifs privilégient des opérations de faible intensité, notamment des embuscades, des attaques ponctuelles contre les forces de sécurité et l’utilisation d’engins explosifs improvisés. L’organisation n’est cependant plus en mesure d’exercer un contrôle territorial comparable à celui de 2014.

Les statistiques publiées par ACLED, organisme international spécialisé dans l’analyse des conflits, montrent l’ampleur de cet affaiblissement. En Irak, les événements violents impliquant l’État islamique sont passés d’environ 1 457 en 2021 à seulement 88 en 2025, soit une baisse de près de 94 %. Selon BBC Monitoring, Daech n’a revendiqué que deux attaques dans le pays durant les six premiers mois de 2026, contre plus d’un millier de revendications en 2021. Cette diminution s’explique par les opérations antiterroristes conduites par les autorités irakiennes, l’amélioration des capacités de renseignement, la coopération avec les forces kurdes et le soutien de partenaires internationaux. Les communautés locales, profondément marquées par les crimes de l’organisation, offrent également un environnement beaucoup moins favorable à son recrutement.

Ces chiffres ne permettent donc pas d’affirmer que Daech serait aujourd’hui aussi puissant en Irak qu’à l’époque de son califat. Ils démontrent au contraire qu’il a subi une défaite stratégique majeure. Mais ils ne signifient pas que le danger a disparu. Les Nations unies soulignent que les réseaux résiduels continuent de représenter une menace, notamment en raison des tensions régionales, des difficultés de surveillance de certaines zones et de la situation des détenus liés à l’organisation. En 2026, plusieurs milliers de prisonniers soupçonnés d’appartenir à Daech ont été transférés de Syrie vers l’Irak, faisant peser de nouvelles responsabilités sur le système pénitentiaire et judiciaire irakien. La persistance de cellules clandestines, combinée aux risques d’évasion, de recrutement et de reconstitution de réseaux, oblige ainsi Bagdad à maintenir une vigilance permanente. L’Irak a remporté la bataille territoriale contre Daech, mais il doit encore empêcher sa résurgence.

En Syrie, plusieurs milliers de combattants de Daech demeurent actifs

La situation syrienne illustre plus directement la capacité de survie de l’organisation. Selon les estimations publiées par ACLED en 2026, entre 2 500 et 3 000 combattants de l’État islamique seraient encore présents en Syrie, répartis en petites cellules opérant dans différentes régions. Ces effectifs sont très inférieurs à ceux mobilisés pendant l’expansion du califat, mais ils représentent toujours une force susceptible de conduire des attaques et de déstabiliser les autorités. L’organisation exploite les fragilités politiques et sécuritaires d’un pays profondément transformé depuis la chute du régime de Bachar al-Assad en décembre 2024. La recomposition des forces militaires, les tensions communautaires et les difficultés liées au contrôle de certaines zones constituent autant de facteurs que les réseaux djihadistes cherchent à exploiter.

Les données d’ACLED indiquent que l’activité de Daech en Syrie a diminué en 2026, passant d’une moyenne d’environ 29 événements violents par mois en 2025 à 14 au cours des sept premiers mois de l’année. Cette baisse ne signifie toutefois pas que l’organisation ait renoncé à ses ambitions. Elle cherche désormais davantage à affaiblir les institutions, à frapper des cibles symboliques et à exploiter les rivalités locales. Les Nations unies continuent de considérer la Syrie comme l’un des principaux foyers de la menace liée à l’État islamique au Moyen-Orient. Le danger est d’autant plus sérieux que les frontières avec l’Irak demeurent un enjeu stratégique pour la surveillance des déplacements de combattants et des réseaux clandestins. L’expérience des années 2013 et 2014 a montré combien l’instabilité simultanée de ces deux pays pouvait favoriser une expansion rapide du mouvement.

L’Afrique est devenue le principal foyer d’activité de l’État islamique

Si Daech a été fortement affaibli en Irak, certaines de ses branches connaissent une situation très différente sur le continent africain. C’est aujourd’hui en Afrique que se concentre la plus grande partie des attaques revendiquées par l’organisation. Selon une analyse de BBC Monitoring publiée en août 2026, près de 90 % des attaques revendiquées par Daech durant le premier semestre de l’année ont eu lieu sur le continent africain. Cette proportion illustre une transformation majeure de la géographie du terrorisme international. L’État islamique n’est plus principalement associé à ses anciens bastions irakiens et syriens : ses branches locales sont désormais particulièrement actives dans le Sahel, le bassin du lac Tchad, le nord-est du Nigeria, certaines régions de Somalie, l’est de la République démocratique du Congo et le nord du Mozambique.

Cette évolution s’explique en grande partie par la fragilité des institutions et la multiplication des conflits locaux. Dans plusieurs régions africaines, les organisations djihadistes profitent de frontières difficiles à contrôler, de l’absence de services publics, de tensions communautaires et de crises économiques prolongées. Elles peuvent recruter parmi des populations marginalisées, imposer des prélèvements financiers, contrôler certains axes de circulation et mener des attaques contre les forces armées ou les civils. Plusieurs branches disposent de leurs propres structures de commandement, de réseaux de financement et de capacités opérationnelles. Leur affiliation à l’État islamique leur permet de bénéficier d’une identité idéologique internationale, sans que toutes leurs actions soient nécessairement décidées depuis un centre unique.

La gravité de la situation africaine apparaît dans les chiffres publiés par le Centre d’études stratégiques de l’Afrique. Selon son bilan de 2026, les violences impliquant des groupes islamistes militants ont été associées à près de 24 000 décès sur le continent en 2025, soit une hausse d’environ 24 % par rapport à l’année précédente. L’organisme a également recensé plus de 8 000 événements violents liés à ces groupes. Ces statistiques concernent l’ensemble des organisations islamistes armées, y compris celles affiliées à Al-Qaïda, et ne doivent donc pas être attribuées intégralement à Daech. Elles montrent néanmoins l’ampleur de la déstabilisation provoquée par les insurrections djihadistes africaines et le poids croissant de cette région dans la sécurité internationale.

Au Sahel et au Nigeria, des branches de Daech conservent une véritable puissance militaire

Le Sahel constitue l’un des principaux espaces d’expansion des organisations djihadistes. Au Mali, au Niger et au Burkina Faso, les groupes armés multiplient les attaques contre les forces de sécurité, les villages et les infrastructures, dans un contexte de crises politiques et de fragilité institutionnelle. Deux mouvances doivent cependant être distinguées : celle de l’État islamique, notamment représentée par sa branche sahélienne, et celle d’Al-Qaïda, dont le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans, ou JNIM, constitue l’un des principaux acteurs. Les deux organisations peuvent poursuivre des objectifs similaires tout en se livrant une concurrence armée. Cette distinction est essentielle pour comprendre la répartition réelle des violences et la nature des menaces.

Selon les estimations présentées aux Nations unies, la branche sahélienne de Daech compterait environ 2 000 membres et aurait renforcé ses capacités opérationnelles. Au Niger, elle a notamment revendiqué une attaque contre l’aéroport international de Niamey en janvier 2026, démontrant sa capacité à viser des infrastructures sensibles. Elle cherche également à développer ses activités vers le nord-ouest du Nigeria, en s’appuyant sur des réseaux armés locaux. Dans le bassin du lac Tchad, la Province de l’État islamique en Afrique de l’Ouest, connue sous l’acronyme ISWAP, demeure l’une des branches les plus actives du mouvement. Elle mène régulièrement des opérations contre les forces nigérianes et les populations civiles, tout en cherchant à maintenir son implantation dans des zones difficiles d’accès.

L’importance de ces organisations ne se mesure pas uniquement au nombre de combattants. Leur capacité à survivre aux offensives militaires, à recruter, à imposer une présence dans certaines zones rurales et à perturber durablement l’activité économique représente une menace majeure pour les États concernés. Les violences provoquent des déplacements de populations, entravent l’agriculture, perturbent les échanges commerciaux et aggravent des crises humanitaires déjà profondes. Les organisations djihadistes cherchent également à tirer profit de l’affaiblissement de la confiance envers les institutions publiques. Dans certains territoires, la présence de l’État est intermittente, tandis que les habitants subissent simultanément les violences des groupes armés et les conséquences d’opérations militaires parfois accompagnées d’abus. Ces situations créent des conditions particulièrement difficiles pour le rétablissement durable de la sécurité.

Du Congo au Mozambique, l’État islamique entretient d’autres foyers de violence

La menace ne se limite pas au Sahel et au Nigeria. En République démocratique du Congo, les Forces démocratiques alliées, connues sous l’acronyme ADF et affiliées à l’État islamique, continuent de commettre des attaques meurtrières dans l’est du pays. Les populations civiles, notamment dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri, sont particulièrement exposées aux massacres, aux enlèvements et aux déplacements forcés. Ces violences s’inscrivent dans un environnement régional déjà profondément marqué par la présence de nombreux groupes armés et par des conflits prolongés. L’affiliation des ADF à Daech confère une dimension internationale à une insurrection dont les racines sont également locales et historiques.

Au Mozambique, la province septentrionale de Cabo Delgado demeure confrontée à une insurrection affiliée à l’État islamique. Depuis plusieurs années, les attaques ont provoqué d’importants déplacements de populations et perturbé les activités économiques dans une région riche en ressources naturelles, notamment gazières. En Somalie, une autre branche de Daech reste implantée dans les montagnes du Puntland, malgré les opérations antiterroristes conduites contre ses positions. Elle est moins puissante qu’Al-Shabaab, organisation distincte affiliée à Al-Qaïda, mais conserve des réseaux et des capacités qui préoccupent les services de sécurité. La présence simultanée de plusieurs organisations djihadistes dans ces différentes régions démontre que la menace ne repose plus sur un seul territoire ou une seule structure militaire. Elle s’appuie sur des foyers géographiquement dispersés, capables de poursuivre leurs activités même lorsque d’autres branches subissent des défaites.

En Afghanistan, Daech conserve une capacité de nuisance internationale

L’Afghanistan représente un autre enjeu majeur. La branche de l’État islamique au Khorassan, généralement désignée par l’acronyme EI-K, a été affaiblie par les opérations menées contre ses réseaux, mais demeure considérée par les Nations unies comme une menace sérieuse. L’organisation cherche notamment à maintenir des capacités de recrutement et à préparer des attaques au-delà de ses zones d’implantation habituelles. Sa stratégie repose sur des attentats visant des civils, des minorités religieuses, des institutions et des cibles susceptibles de produire un retentissement international. Les autorités talibanes, elles-mêmes adversaires de l’EI-K, ont mené plusieurs campagnes contre ses cellules, réduisant son activité observable sans éliminer l’ensemble de ses réseaux.

Les Nations unies ont souligné en 2026 que cette branche conservait l’intention de mener des opérations extérieures. Cette dimension distingue l’EI-K de certaines organisations principalement engagées dans des insurrections locales. Le risque ne tient pas seulement à son implantation territoriale, mais également à ses capacités de propagande, à ses réseaux transfrontaliers et à son ambition de frapper à l’étranger. Même lorsqu’une organisation connaît un recul militaire, elle peut conserver des individus radicalisés, des relais logistiques et des moyens de communication susceptibles de soutenir des projets d’attentats. La lutte contre cette menace exige donc une coopération internationale qui dépasse les seules opérations militaires menées sur le territoire afghan.

Pourquoi Daech continue-t-il d’exister malgré les défaites militaires ?

La persistance de l’État islamique repose sur plusieurs facteurs. Le premier est sa capacité d’adaptation. Après la disparition de son califat territorial, l’organisation a progressivement évolué vers une structure plus décentralisée, dans laquelle les branches régionales disposent d’une autonomie importante. Cette transformation lui permet de survivre à la perte de dirigeants, à la destruction de bases et aux opérations antiterroristes. Les réseaux locaux peuvent poursuivre leurs activités en exploitant des conflits préexistants, sans dépendre entièrement d’une direction centrale. La défaite d’une branche ne signifie donc pas nécessairement l’affaiblissement simultané de toutes les autres.

Le deuxième facteur tient aux environnements dans lesquels ces organisations évoluent. Les guerres civiles, les rivalités communautaires, la faiblesse des administrations et les difficultés économiques peuvent faciliter l’implantation de mouvements extrémistes. Dans certaines régions, les groupes armés cherchent à se substituer à des institutions absentes ou discréditées, tout en imposant leur autorité par la violence. Ils exploitent les frustrations locales, les conflits fonciers, les tensions entre communautés et les abus commis par différents acteurs armés. Ces conditions ne rendent pas le terrorisme inévitable, mais elles contribuent à expliquer pourquoi certaines organisations parviennent à recruter et à survivre malgré les pertes infligées par les forces de sécurité.

Le troisième facteur concerne les ressources financières et technologiques. Les Nations unies ont observé que plusieurs branches de Daech utilisent des circuits de financement clandestins, des systèmes informels de transfert d’argent et, dans certains cas, des actifs numériques. L’organisation adapte également ses méthodes de communication et de propagande aux nouvelles technologies. Le recours à des drones, à des outils numériques et à certaines applications de l’intelligence artificielle figure désormais parmi les préoccupations des services antiterroristes. Ces capacités ne sont pas identiques dans toutes les branches, mais elles témoignent d’une volonté de modernisation et d’adaptation à la pression sécuritaire.

Enfin, l’idéologie de l’État islamique continue de circuler au-delà de ses territoires d’origine. La disparition du califat n’a pas entraîné l’effacement de ses discours de radicalisation. Les réseaux de propagande cherchent à entretenir une identité commune entre des organisations implantées dans des régions très éloignées les unes des autres. Cette dimension idéologique contribue à expliquer pourquoi Daech demeure une référence pour certaines mouvances extrémistes, même lorsque son organisation centrale a perdu une grande partie de sa puissance.

Une menace qui oblige la communauté internationale à repenser la lutte antiterroriste

Les évolutions observées en Irak, en Syrie et en Afrique montrent que la lutte contre Daech ne peut être réduite à une succession d’opérations militaires. L’expérience irakienne démontre qu’une stratégie sécuritaire prolongée, fondée sur le renseignement et la coopération entre institutions, peut réduire considérablement l’activité d’une organisation terroriste. Mais les situations sahélienne, nigériane ou congolaise montrent également que la violence peut se maintenir lorsque les conflits locaux, les fragilités politiques et les crises sociales demeurent sans solution durable. La sécurité dépend non seulement de la capacité des États à neutraliser les groupes armés, mais aussi de leur aptitude à protéger les populations, à garantir l’accès à la justice et à rétablir des institutions crédibles.

Pour la communauté internationale, le défi consiste à empêcher que les différentes branches de Daech puissent consolider leurs réseaux, renforcer leurs financements et exploiter de nouvelles crises. La coopération entre services de renseignement, le contrôle des circuits financiers clandestins, la prévention de la radicalisation et la protection des civils constituent des instruments essentiels. Mais les politiques antiterroristes doivent également prendre en compte les conséquences humaines des conflits, les déplacements forcés et la reconstruction des régions dévastées. Les Nations unies ont rappelé à plusieurs reprises que l’État islamique et ses organisations affiliées continuaient de représenter une menace pour la paix et la sécurité internationales, malgré la pression exercée contre elles.

Mossoul, dix ans après : la défaite du califat ne signifie pas la fin de Daech

Les images des 47 cercueils portés à Mossoul le 20 octobre 2026 résument à elles seules une part essentielle de l’histoire récente de l’Irak. Elles rappellent la violence extrême d’une organisation qui avait réussi, en 2014, à s’emparer de grandes villes et à soumettre des millions d’habitants à son autorité. Elles témoignent aussi de la lenteur du travail nécessaire pour identifier les victimes, restituer les dépouilles et établir les responsabilités. Dix ans après leur exécution, les familles de ces 47 personnes peuvent enfin organiser des funérailles. Mais d’autres familles attendent encore des réponses, tandis que les autorités poursuivent leurs recherches dans les fosses communes laissées par l’État islamique.

Cette cérémonie intervient alors que Daech demeure une menace internationale, même si sa puissance varie considérablement d’un pays à l’autre. En Irak, l’organisation a perdu l’essentiel de ses capacités militaires et ne représente plus la force territoriale qu’elle était au moment de la prise de Mossoul. En Syrie, plusieurs milliers de combattants continuent de constituer une menace sécuritaire. En Afrique, certaines branches disposent d’une puissance opérationnelle beaucoup plus importante et participent à des insurrections qui déstabilisent des régions entières. En Afghanistan, l’État islamique au Khorassan conserve une ambition terroriste internationale. Ces situations montrent que la disparition du califat n’a pas entraîné la disparition de l’organisation, mais sa transformation en un réseau de mouvements armés aux capacités très inégales.

L’avertissement est d’autant plus important que l’histoire de Mossoul a démontré la rapidité avec laquelle une organisation extrémiste pouvait profiter de l’effondrement des institutions pour imposer sa domination. Rien ne permet d’affirmer que Daech serait aujourd’hui en mesure de reproduire immédiatement une conquête comparable en Irak. Mais les violences persistantes en Afrique et les fragilités du Moyen-Orient rappellent que les conditions favorables à l’expansion de groupes terroristes n’ont pas disparu partout.

Pour les familles réunies à Mossoul, la question n’est pas seulement géopolitique. Elle est d’abord humaine. Derrière chaque cercueil se trouve une vie interrompue, une famille privée de réponses pendant une décennie et une société confrontée aux traces d’une violence extrême. La défaite militaire de Daech a permis à l’Irak de reprendre son territoire. Elle n’a pas effacé ses crimes. Et tant que ses branches continueront de recruter, de tuer et de déstabiliser d’autres pays, la menace représentée par l’État islamique restera une réalité internationale.

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