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Depuis quelques jours, des publications virales semblent montrer l’Iran sous la neige … alors que le pays est très touché par les sécheresses. De quoi alimenter la rumeur : selon des internautes, ce serait le résultat d’opérations de « guerre climatique » en provenance des Etats-Unis ! En réalité, il est impossible pour un pays de manipuler à distance le climat de qui que ce soit, même en détournant la véritable technique d’ensemencement des nuages.
Téhéran sous la neige en avril, après plusieurs épisodes de grave sécheresse ? Pour de nombreux internautes, ce retour soudain de l’eau dans le pays n’a rien de naturel : il serait le résultat d’une contre-offensive iranienne dans une supposée « guerre climatique » menée par Washington et ses alliés.
La sécheresse en Iran, provoquée par Washington ?
Plusieurs publications affirment que Téhéran aurait repris le contrôle de son climat en détruisant des installations américaines d’ensemencement des nuages, basées aux Emirats arabes unis. L’anéantissement d’un « centre secret » de manipulation du climat aurait déclenché une chute immédiate des températures, et déclenché de fortes chutes de pluie et de neige y compris dans la capitale.
Le tweet fait probablement référence au « Programme de recherche pour l’amélioration des précipitations » (UAEREP) des Emirats arabes unis, une institution scientifique qui n’a rien de secrète. Sa mission consiste à étudier les façons d’assurer la sécurité hydrique dans le monde, et non comment manipuler le climat de qui que ce soit. De plus, il n’existe aucune preuve d’attaque sur ce site, et le centre continue de communiquer normalement sur ses réseaux sociaux.
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De la neige à Téhéran en avril ?
Cette désinformation climatique repose notamment sur une vidéo montrant un monument sous la neige, et présentée comme étant filmée à Téhéran en plein mois d’avril. Mais si l’image est authentique, elle montre en réalité le sanctuaire de l’imam Reza, situé à Mashhad. Une ville nichée à 1 000 mètres d’altitude, qui connaît régulièrement des épisodes neigeux printaniers.
Pas de neige à Téhéran fin avril donc ! Un épisode de fortes pluies et orages a bien eu lieu dans une partie du pays à cette période, mais il a été prévu par les autorités météorologiques. Ces événements météorologiques extrêmes s’inscrivent dans la continuité du réchauffement climatique d’origine humaine. En décembre 2025, de graves crues avait déjà frappé l’Iran et fait plusieurs morts.
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L’ensemencement des nuages, entre science et fantasmes
Alors peut-on réellement arrêter la pluie d’un pays voisin avec de l’ensemencement des nuages ? Pas du tout. Cette technologie, qui existe depuis les années 40, consiste à injecter des particules pour favoriser le déclenchement de précipitations à partir de nuages existants. Mais ses effets sont loin d’être miraculeux. Impossible de créer de la pluie à partir de rien, confirment le confirment des experts à nos collègues de la Deutsche Welle.
Dans le meilleur des cas, cette technique augmente les précipitations de 5 à 20 % sur une zone très localisée. Il est physiquement impossible, en l’état actuel des connaissances, de manipuler le climat à l’échelle d’un pays ou d’empêcher les nuages de traverser une frontière.
Des nuages déjà « volés » par Israël en 2018 ?
Ce n’est pas la première fois que Téhéran pointe du doigt des « sabotages climatiques ». En 2018 déjà, un général iranien accusait Israël de « voler les nuages » en pleine sécheresse, avant d’être contredit par les services météorologiques de son propre pays.
Ironie de l’histoire : alors que la rumeur accuse les pays voisins d’utiliser cette technologie contre elle, la République islamique a elle-même eu recours à l’ensemencement des nuages en novembre 2025 pour tenter de pallier sa sécheresse chronique. Selon l’IRIS, le pays glisse en effet vers une pénurie structurelle d’eau qui pourrait être plus dangereuse que toute bombe atomique ou balistique.
Source:
www.france24.com



