Ce fut un putsch piteux, survenu le 18 avril 2021 et officialisé par un communiqué lapidaire, un dimanche à minuit, comme si ses auteurs craignaient plus l’opprobre que l’échec. Ils eurent les deux, ces 12 clubs européens prestigieux qui, menés par le Real Madrid, le FC Barcelone et la Juventus Turin, annonçaient faire sécession en créant une « Super Ligue » fermée et privée.
Ils subirent un désaveu massif de la part des pouvoirs publics et sportifs, des supporteurs – y compris des leurs –, mais aussi des médias. Tous dénoncèrent, en des termes cinglants, cette dérive oligarchique émanant d’une caste cynique, cupide et hostile au mérite sportif. Quarante-huit heures plus tard, le projet était suspendu.
Ses promoteurs avaient de quoi être surpris : ce schisme n’était-il pas jugé inéluctable depuis des années par la plupart des observateurs, qui s’y opposaient fort peu ? La Ligue des champions (C1) n’évoluait-elle pas de longue date vers une compétition semi-fermée pour les quelques clubs qu’elle avait fortement enrichis ? Sans doute la transgression était-elle trop grande, tant elle sortait du modèle ouvert du sport européen. Mais la dynamique était puissante et rien, par la suite, ne l’a ralentie.
Mécanismes inégalitaires
Depuis une première tentative, en 1998, la Super Ligue a été un serpent de mer, un feuilleton aux épisodes identiques : l’annonce ou la révélation d’un nouveau projet puis, du fait de menaces, de nouvelles concessions faites par l’Union des associations européennes de football (UEFA). A savoir des aménagements de sa Ligue des champions à l’avantage des clubs dominants en matière de modalités de qualification, de formule de compétition et de système de répartition des revenus.
En cumulant ces mécanismes inégalitaires et en réduisant les risques sportifs pour les « gros », la compétition reine a directement contribué à creuser le gouffre entre une petite élite de clubs et les autres. Entre 1985 et 1996, 24 championnats hors du « Big Four » – Angleterre, Espagne, Italie, Allemagne – ont compté des représentants en demi-finales. Entre 2007 et 2016, il n’y en avait plus qu’un. Le FC Porto a été le dernier outsider à remporter le trophée, en 2004.
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Source:
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