Dans l’Europe numérique, les chantiers de centres de données apparaissent désormais comme un nouveau front social. Une enquête menée pendant cinq mois par Investigate Europe, avec des médias partenaires dans neuf pays, dont Le Monde, met en lumière des pratiques dangereuses et des situations d’exploitation de travailleurs sur plusieurs sites de construction européens. Le tableau décrit concerne un secteur en pleine expansion, indispensable au cloud, à l’intelligence artificielle et aux services numériques du quotidien.
L’enquête évoque un climat qualifié de « terreur » sur certains chantiers, où la pression exercée sur les ouvriers s’ajoute à des risques liés à la sécurité. Les éléments publiés ne portent pas sur un seul pays ni sur un acteur isolé, mais sur une réalité observée dans plusieurs États européens. Cette dimension transnationale donne à l’affaire une portée particulière : les conditions de travail dans la construction de ces infrastructures ne peuvent plus être traitées comme des incidents locaux lorsqu’elles concernent une chaîne de projets répartis à l’échelle du continent.
Les centres de données occupent une place stratégique dans l’économie numérique. Leur construction mobilise des investissements importants, des délais serrés et de nombreux sous-traitants spécialisés. Dans ce contexte, la protection des travailleurs devient un indicateur essentiel de la responsabilité des donneurs d’ordre, des entreprises de construction et des autorités chargées du contrôle. Le développement rapide de ces infrastructures en Europe renforce la nécessité d’un suivi rigoureux, notamment lorsque les chantiers emploient une main-d’œuvre mobile ou précaire.
La publication de cette enquête intervient alors que les besoins en capacité informatique continuent d’augmenter, portés par la demande en stockage, en calcul et en services numériques. Elle rappelle que la transition technologique ne se mesure pas seulement en mégawatts, en serveurs ou en investissements, mais aussi à l’aune des droits fondamentaux sur les lieux de travail. Pour les pouvoirs publics comme pour les entreprises du secteur, l’enjeu consiste désormais à garantir que l’essor des infrastructures numériques ne s’accompagne pas d’un affaiblissement des protections sociales et de la sécurité sur les chantiers.




