Après l’attentat de Trappes, le débat sur la circulation des discours racistes revient au premier plan. Le sociologue Abdellali Hajjat, auteur de Sociologie des racismes, analyse cette évolution à partir des travaux en sciences sociales. Son ouvrage est présenté comme le premier manuel en français réunissant de manière synthétique les recherches consacrées aux racismes et aux antiracismes, un champ longtemps dispersé entre plusieurs disciplines et approches.
Au cœur de son analyse figure une idée centrale : les médias ne se contentent pas de relayer des représentations déjà présentes dans la société. Ils participent aussi à leur mise en forme, à leur hiérarchisation et à leur banalisation. Abdellali Hajjat évoque à ce titre une responsabilité importante dans la production d’un « régime de vérité racial », expression qui désigne la manière dont certaines catégories, certains soupçons ou certaines associations d’idées finissent par apparaître comme allant de soi dans l’espace public.
Cette réflexion intervient dans un contexte où les mots employés pour parler de violence, de sécurité, de religion ou d’appartenance nationale sont régulièrement discutés. Pour le chercheur, l’enjeu n’est pas seulement d’identifier des propos explicitement racistes, mais aussi de comprendre comment des cadres de lecture peuvent s’installer durablement. L’étude des racismes porte alors sur des mécanismes sociaux, politiques et médiatiques qui dépassent les seules intentions individuelles et s’observent dans les institutions, les discours et les pratiques ordinaires.
La parution de Sociologie des racismes met également en lumière la structuration d’un domaine de recherche consacré aux formes contemporaines du racisme et aux réponses antiracistes. En réunissant ces connaissances dans un manuel, Abdellali Hajjat contribue à rendre accessibles des outils d’analyse utiles au débat public, à l’enseignement et à la compréhension des controverses actuelles en France. L’ouvrage rappelle que l’antiracisme ne relève pas seulement de la morale ou de l’indignation, mais aussi d’un travail d’enquête sur les conditions de production des inégalités et des représentations.




