Les services des douanes spécialisés dans la lutte contre le trafic de pièces archéologiques ont procédé en 2025 à 67 « constatations », soit presque un doublement par rapport à 2022. Une constatation peut porter sur plusieurs milliers d’objets, notamment quand il s’agit de monnaie. Cette croissance traduit sans doute une plus grande volonté de l’Etat de lutter contre le pillage archéologique, mais aussi le développement d’un marché clandestin alimenté par toutes sortes d’« amateurs », des réseaux les plus organisés aux simples « détectoristes » du dimanche. Le premier impact des fouilles sauvages est la destruction du contexte archéologique d’un artefact et donc des éléments susceptibles de donner un sens historique à un objet, quelle que soit sa valeur marchande. Une « disparition » irréversible du passé. Récupérer ces objets permet néanmoins de leur donner une nouvelle vie auprès des chercheurs ou de les exposer au public dans les musées.
Voici un florilège de cinq histoires emblématiques de cette traque.
La malédiction du prêtre Haou-Nefer s’abat sur un galeriste parisien
Le 12 juin 2023, lors d’une cérémonie à l’ambassade d’Egypte à Paris, la France a officiellement rendu deux grands blocs de pierre gravés provenant du tombeau du prêtre Haou-Nefer et de sa femme, Khouti, à Tabbet El-Guech, sur le site de Saqqara. L’épilogue d’une affaire commencée en 2000. Cette année-là, l’archéologue Vassil Dobrev dirige, pour le compte de l’Institut français d’archéologie orientale, une campagne de fouille. Il met au jour une nécropole constituée de plusieurs chapelles abritant les tombes de prêtres de la VIe dynastie (2 374-2 140 av. J.-C.). En novembre 2001, il doit suspendre les fouilles. Le site est donc réensablé.
A la reprise du chantier, en octobre 2002, il découvre qu’une douzaine de pierres du linteau de la chapelle ont été arrachées. Pillage récent ? Damnatio memoriae, cette peine d’invisibilisation, courante dans l’Antiquité, pour faire disparaître la mémoire d’un rival ? Vassil Dobrev a la réponse en 2013, lorsque le musée de Budapest lui demande d’expertiser trois blocs qu’il vient d’acheter à la foire de Maastricht. L’archéologue en découvre deux autres, acquises par un collectionneur aux enchères par la maison de vente Pierre Bergé. Toutes proviennent du tombeau d’Haou-Nefer. L’Office central de lutte contre le trafic de biens culturels est saisi.
Il vous reste 77.53% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.
Source:
www.lemonde.fr



