Si la venue à Paris du Cirque d’Alexander Calder constitue en soi un événement exceptionnel, la rétrospective de la Fondation Louis Vuitton ménage plein d’autres surprises. En particulier, les très nombreux mobiles aériens, qui envahissent les quatre étages du bâtiment de Frank Gehry, et les bijoux et autres parures de mode, que l’artiste américain a imaginés dans les années 1930-1940.
L’exposition « Calder. Rêver en Équilibre », présenté à la Fondation jusqu’au 16 août, célèbre le centenaire de l’arrivée d’Alexander Calder (1898-1976) en France et les cinquante ans de sa disparition. En 300 œuvres (beaucoup provenant de la Calder Foundation), elle donne une image variée de sa production et insiste sur le rôle de l’espace dans la perception des œuvres, mais également sur l’importance de la lumière, des matériaux de récupération, du son et de la performance. Des œuvres de ses contemporains, de Paul Klee à Barbara Hepworth, viennent souligner la simultanéité de certaines recherches et montrer son originalité formelle. Deux focus de cette exposition méritent particulièrement l’attention : les tableaux cinétiques en trois dimensions et la série des Constellations, installées dans la petite salle du deuxième étage. De la poésie à l’état pur.
Tous en piste !
Le premier niveau de l’exposition révèle des surprises pour ceux qui ne sont pas familiers des débuts de la carrière d’Alexander Calder. D’abord, ses premiers tableaux figuratifs, parmi lesquels cette scène de cirque détaillant de manière réaliste tous les participants à la fête foraine. On retrouve dans cette composition tous les éléments que Calder va reprendre pour son Cirque miniature, exceptionnellement prêté par le Whitney Museum avec le film qui l’accompagne. On s’enthousiasme à voir l’artiste faire fonctionner tous les personnages et animaux faits de fil de fer, de bois et d’un peu de peinture.
Alexander Calder, Circus Scene, détail, 1926, présenté dans l’exposition « Calder. Rêver en équilibre », Fondation Louis Vuitton, Paris, 2026. ©Connaissance des Arts/Guy Boyer.
Poids et légèreté
Fils d’une peintre et d’un sculpteur, Alexander Calder se forme à la peinture à l’Art Students League de New York, puis débarque à Paris en 1926. Il réalise les portraits de ses amis de Montparnasse en tordant des fils de fer qui évoquent les traits de Joséphine Baker ou de Kiki de Montparnasse, de Fernand Léger. Ici, il se lance dans un sujet plus ambitieux en créant une pyramide humaine de sept acrobates. Les personnages en équilibre rappellent ceux de la Fontaine de l’énergie, que son père avait réalisée pour l’Exposition internationale de Panama-Pacific en 1915. Les lignes des corps, doublées par leurs ombres portées, suggèrent les tensions entre poids et légèreté de ces circassiens projetés dans l’espace.

Alexander Calder, The Brass Family, 1928, présenté dans l’exposition « Calder. Rêver en équilibre », Fondation Louis Vuitton, Paris, 2026. ©Connaissance des Arts/Guy Boyer.
Tableaux cinétiques
Dans les années 1930, Calder produit une série de tableaux cinétiques en trois dimensions. Il s’agit de panneaux ou de cadres dans lesquels bougent des formes abstraites mues par la seule force du courant d’air. Composées d’éléments de bois et de métal, ces œuvres sont à la croisée de la stabilité et du mouvement, de la ligne et de la couleur. À propos de cette série, Calder parle de « ballets-objets », soulignant ainsi l’importance de la transformation lente et subtile de ces sculptures grâce à un phénomène extérieur. Comme une danse, comme une abstraction entrant dans la quatrième dimension.

À droite : Alexander Calder, Black Frame, 1934, présenté dans l’exposition « Calder. Rêver en équilibre », Fondation Louis Vuitton, Paris, 2026. ©Connaissance des Arts/Guy Boyer.
Calder à la Fondation Vuitton
Exposition « Calder. Rêver en équilibre » | Teaser
Sculptures musicales
Après l’évocation de la Fontaine de mercure de l’Exposition universelle de 1937 à Paris (ne pas manquer la belle maquette prêtée par la Calder Foundation), après l’impressionnante série de mobiles de métal noir des années 1940, après la jolie installation des poissons scintillants d’éclats de verre coloré, le parcours s’attarde sur la série des Gongs and Towers de 1952, année où Calder gagne le prix de sculpture de la Biennale de Venise. Les Towers, accrochées en haut des murs, abritent de petits mobiles. Les Gongs, portant des disques de laiton et de petits maillets, produisent du son : « Le bruit est une autre dimension à part entière », suggère l’artiste toujours innovant.

Au centre : Alexander Calder, La Botte, 1959, présenté dans l’exposition « Calder. Rêver en équilibre », Fondation Louis Vuitton, Paris, 2026. ©Connaissance des Arts/Guy Boyer.
De la sculpture aux arts décoratifs
Dans la section dédiée aux arts décoratifs, on retrouve les formes développées en sculpture par Calder, mais appliquées au fil de laiton, d’argent ou d’acier pour des bijoux-parures. Diadèmes, broches, colliers, boucles d’oreilles ou bracelets complètent les ceintures et autres cottes de mailles métalliques. Certains bijoux prennent des formes fantastiques, tels que ce collier rappelant une pagode japonaise ou cet autre fait de cônes de fils de laiton, très africain dans l’âme. Une salle réunissant de nombreux portraits de Calder par Man Ray, Pierre Boulat et Ugo Mulas conduit à l’impressionnante chapelle des Constellations.

À droite : Alexander Calder, Harps and Heart, vers 1937, présenté dans l’exposition « Calder. Rêver en équilibre », Fondation Louis Vuitton, Paris, 2026. ©Connaissance des Arts/Guy Boyer.
Mobile plus que Stabile
C’est dans le parc, côté Jardin d’acclimatation, que l’on voit mieux le lien des Stabiles de Calder avec l’environnement. Dans la nature, les sculptures monumentales et abstraites gagnent en force et en présence. Leurs silhouettes varient en fonction de la place du spectateur et révèlent peu à peu des détails nouveaux lorsque celui-ci se déplace. Noires ou colorées, elles sont composées de plaques d’acier assemblées dans des fonderies industrielles de Tours ou de Roxbury (États-Unis). Haute sur pieds, la première veut ressembler à un drapeau noir au bout de sa hampe. La seconde, bien ancrée au sol et toute en courbes, lance la pointe de ses croissants rouges vers le ciel.

Alexander Calder, Black Flag, 1974, et Five Swords, 1976, présentés dans l’exposition « Calder. Rêver en équilibre », Fondation Louis Vuitton, Paris, 2026. ©Connaissance des Arts/Guy Boyer.
« Calder. Rêver en Équilibre »Fondation Louis Vuitton, 8, avenue du Mahatma-Gandhi, 75116 ParisDu 15 avril au 16 août
Source:
www.connaissancedesarts.com



