JULIEN DE ROSA / AFP
Bolloré donne sa version du limogeage de l’ex-patron de Grasset, Olivier Nora, et tacle sa rémunération au passage. (photo d’illustration)
Il se dit étonné par le « bruit médiatique ». Vincent Bolloré a tenté de justifier ce dimanche 19 avril le départ d’Olivier Nora, ex-patron très respecté de la prestigieuse maison d’édition Grasset. Cette dernière appartient au groupe Hachette, sous contrôle du milliardaire conservateur, qui s’est vu reprocher le limogeage de l’éditeur. Le Breton s’en est expliqué dans une tribune parue ce dimanche 19 avril dans le Journal du Dimanche, lui aussi sous son contrôle.
Dans son texte, Vincent Bolloré donne une version du départ d’Olivier Nora très différente de celle avancée par de nombreux médias, spécialistes et intellectuels. Beaucoup l’ont décrite comme autoritaire et d’idéologique, deux ans après la mise au pas de Fayard, devenu depuis l’éditeur de référence pour l’extrême droite française de Jordan Bardella à Éric Ciotti.
Mais ces polémiques n’ont pas fait reculer Vincent Bolloré, visiblement pas inquiet de la fronde de quelque 170 auteurs – de Virginie Despentes à Bernard-Henri Lévy – qui ont annoncé claquer la porte de Grasset, dénonçant dans une lettre ouverte « une atteinte inacceptable à l’indépendance éditoriale ». Dans sa tribune, le milliardaire affirme que la maison d’édition « continuera » et que « ceux qui partent vont permettre à de nouveaux auteurs d’être publiés ».
Vincent Bolloré, lui, met plutôt en avant le contexte de « performances économiques de la Maison Grasset très décevantes » et une hausse de la rémunération annuelle d’Olivier Nora. Elle « est passée de 830 000 euros à 1 017 millions d’euros », étrille le milliardaire breton, réfutant au passage les « attaques concernant [son] “idéologie” ». « Je le rappelle une fois de plus : je suis chrétien démocrate et les dirigeants de Hachette continueront à publier tous les auteurs qui le souhaitent », assure-t-il dans une phrase qui n’est pas sans rappeler celles qu’il avait pu dire devant la commission d’enquête parlementaire sur l’audiovisuel public.
Un « différend » sur la publication du livre de Boualem Sansal
Vincent Bolloré, qui rappelle n’avoir « aucune fonction chez Hachette », déclare également dans sa tribune au JDD que la décision du limogeage d’Olivier Nora s’explique par un « différend » sur la date de publication du prochain livre de l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal, arrivé en mars chez Grasset. « Le 6 juin prochain, la maison Grasset aura la joie et l’honneur de sortir le nouveau livre de Boualem Sansal », écrit le milliardaire, expliquant que « le dirigeant de Grasset voulait le sortir à la fin de l’année ».
Problème, selon le Breton : cette idée était « contraire à la volonté de la direction Hachette, qui est le réel propriétaire de Grasset ». Cette histoire de date de sortie figurait bien dans l’article de Libération, qui indiquait qu’Olivier Nora voulait publier le livre – « au départ confus, impubliable » – pour l’anniversaire de la libération de Boualem Sansal, « à l’automne ». L’article rapportait aussi de violents propos de Vincent Bolloré qui aurait lancé : « J’en peux plus de ce con, virez-le-moi. »
Des sources dans l’entourage du milliardaire ont précisé à Libération qu’il avait « scalpé Nora juste avant le Salon du livre » pour « dire à tout ce milieu, et aux récalcitrants dans ses maisons d’édition : je fais ce que je veux, je vous conchie, je m’assieds sur vos principes, et votre bien-pensance ». Si Vincent Bolloré ne se permet pas de telles vulgarités dans sa tribune au JDD, il s’y autorise un gros tacle à la « petite caste qui se croit au-dessus de tout et de tous et qui se coopte et se soutient » à force de « fracas médiatique ».
« Cela n’empêchera pas, heureusement, les dirigeants de Hachette de prendre les mesures de gestion normales et de bon sens ! », ajoute-t-il, alors que d’autres maisons d’édition du groupe sont sur le qui-vive après le limogeage d’Olivier Nora. Plus de cent écrivains publiés chez Stock, elle aussi dans l’escarcelle de Vincent Bolloré, ont publié samedi une tribune dans Le Monde où ils se disent prêts à la quitter si elle subissait la même « destruction » que Grasset.
Source:
www.huffingtonpost.fr



