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« La primaire n’est pas une bonne solution : elle ne peut qu’exacerber la compétition au sein de la gauche »

Pour les historiens que nous sommes, l’ostracisme passionnel d’une partie de la gauche – on allait écrire de la gauche « non communiste » – à l’égard de La France insoumise [LFI] rappelle la situation du Parti communiste français [PCF] dans les années 1950, quand il faisait figure d’ennemi intérieur (par son anticolonialisme autant que par son alignement sur le bloc soviétique), tout à fait en dehors de ce qu’on n’appelait pas encore « l’arc républicain ».

Le PCF s’en accommodait, LFI aussi. Le PCF se voulait révolutionnaire et se construisait sur les luttes sociales et l’organisation d’un monde communiste (des colonies de vacances aux correspondants de L’Humanité). LFI se contente d’espérer gagner des élections. Curieuse situation que celle d’un parti au ton très radical, mais au programme pas très loin de la social-démocratie, et tellement centré sur l’élection présidentielle, alors même qu’il critique, à raison, le présidentialisme.

Cette bunkérisation tendancielle est grandement aidée par les stratégies de la frange du Parti socialiste qui fait actuellement réapparaître la figure décriée de François Hollande. Tandis que Jean-Luc Mélenchon se plaît à ne voir que des adversaires au sein du Parti socialiste [PS] – en ignorant les efforts persistants de la direction actuelle du parti pour perpétuer l’espoir d’une alliance large à gauche dans le sillage du Nouveau Front populaire [formé en 2024] – François Hollande, Raphaël Glucksmann et quelques autres prennent une part active à la diabolisation de LFI, qui a entre autres effets néfastes la banalisation complète du RN.

Mais qu’est-ce qui peut donc sortir d’une telle alliance de fait entre LFI et la droite du PS, fondée sur un rejet mutuel clairement revendiqué ?

Les calculs de cette droite du PS la poussent inéluctablement à consommer l’union avec les partisans d’Emmanuel Macron. Le pari est risqué : un rassemblement entre le PS droitisé et la droite « modérée » pour le second tour ne fera pas le plein des voix à gauche, ni à droite d’ailleurs. S’il est gagné, la politique qui sera menée est connue, ce sera, au mieux, la politique néolibérale et autoritaire (comme celle qui a inspiré la loi travail de 2016 ou le projet de déchéance de nationalité après les attentats de 2015) qui a commencé à se dessiner pendant le quinquennat de François Hollande, et plus vraisemblablement la variante radicale, et perméable à l’influence de l’extrême droite, qu’on en connaît avec Emmanuel Macron. Ce renoncement silencieux à une politique progressiste, écologiste, et même républicaine, est révoltant.

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Source:

www.lemonde.fr

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