La leçon de démocratie du roi Charles III au président Donald Trump

Dénués de pouvoir réel, les monarques britanniques servent souvent de relais diplomatique et d’agent d’influence au service du gouvernement de Londres. En 1957, la reine Elizabeth II avait été dépêchée à Washington auprès du président Eisenhower pour faire oublier le camouflet infligé l’année précédente par les Etats-Unis, avec leur condamnation de l’opération franco-britannique destinée à reprendre le contrôle du canal de Suez. En 1976, lors de la célébration du bicentenaire de l’indépendance des Etats-Unis vis-à-vis de Londres, Elizabeth II avait bousculé le protocole en dansant avec le président Gerald Ford à la Maison Blanche.

Mais jamais la tâche n’aura été aussi difficile que celle assignée au roi Charles III au cours de la visite d’Etat de quatre jours qu’il a commencé, avec son épouse Camilla, aux Etats-Unis de Donald Trump, lundi 27 avril, à l’occasion du 250e anniversaire de l’indépendance américaine. Il s’agit de sauver ce qui peut l’être de la « relation particulière » avec Washington dont se targuent les Britanniques depuis la seconde guerre mondiale, mais qui a laissé la place à des désaccords marqués.

La liste des humiliations infligées par le président américain aux « cousins » britanniques n’a cessé de s’allonger depuis que le premier ministre Keir Starmer a critiqué les visées de M. Trump sur le Groenland, a fortiori depuis qu’il a douté publiquement de la légalité de la guerre en Iran. Moqueries sur M. Starmer qui « n’est pas Churchill », ironie sur la Royal Navy et même menace de remettre en cause la reconnaissance américaine de la souveraineté britannique sur les îles Malouines, revendiquées par l’Argentine.

Certes, on peut gloser sur la fascination du président américain – lui-même critiqué pour son comportement de monarque – envers les fastes de la Couronne. Ou souligner l’incongruité des louanges de Donald Trump à l’égard de ce « type super » qu’est, selon lui, Charles III, par ailleurs roi d’un pays – le Canada – qu’il convoite.

Destinée notamment à flatter le président américain, la visite du souverain britannique aux Etats-Unis, et en particulier le discours prononcé par ce dernier, mardi 28 avril, à la tribune du Congrès, devant de hauts responsables civils et militaires, n’en revêt pas moins une importance symbolique, non seulement pour les Britanniques mais pour tous les Européens attachés à la démocratie et au maintien de liens équilibrés avec les Etats-Unis.

Lire aussi | Article réservé à nos abonnés Le roi Charles III appelle les Etats-Unis à ne pas céder au repli sur soi lors d’un discours au Congrès à Washington

Etonnant dans la bouche d’un roi, l’éloge de l’équilibre des pouvoirs et des « débats approfondis » au Parlement sonne comme une critique de la concentration des pouvoirs par le président. L’appel de Charles III à faire preuve d’une « détermination inflexible » pour défendre l’Ukraine et à préserver le « partenariat atlantique » constitue une charge bienvenue contre le désengagement de M. Trump et sa complaisance à l’égard de Moscou. Son plaidoyer en faveur de l’Etat de droit et de l’écologie arrive à point nommé.

Il n’est pas sûr qu’il faille prendre au mot le président américain lorsqu’il se dit convaincu que « les Américains n’ont pas d’amis plus proches que les Britanniques ». Mais que sa fascination pour la monarchie le conduise à accueillir en grande pompe le roi Charles III, chef de l’Etat britannique en titre, et à lui offrir solennellement, au nom des liens historiques, une tribune pour une utile leçon de démocratie, de coopération internationale et d’environnement, peut apparaître comme l’une des rares séquences quelque peu réjouissantes qu’offre l’actualité.

Le Monde


Source:

www.lemonde.fr

L’Inde déclare officiellement le virus Nipah et l’Asie réactive les contrôles type Covid: un signal d’alarme mondial

L’alerte est désormais officielle. Les autorités sanitaires de Inde...

George Orwell et ‘1984’ – Quand la censure devient totale

Dans son roman emblématique, George Orwell explore les dangers...

Algérie–Qatar : un rapprochement stratégique dans un contexte régional en mutation

La visite officielle à Doha du général d’armée Saïd...

40 choses à faire ce mois-ci

Nous pouvons recevoir une partie des ventes si...
Annonce publicitaire Dynamiques de paix dans le Caucase du Sud

Articles Similaires

Annonce publicitaire Isaac d'ArganIsaac d'Argan