Audiovisuel public : une commission aux méthodes d’extrême droite

Lundi 27 avril, le piège s’est refermé sur l’Assemblée nationale. Après six mois de débats houleux, les députés de la commission d’enquête sur « la neutralité, le fonctionnement et le financement de l’audiovisuel public » ont fini par approuver la publication du rapport final à 12 voix contre 10, pour 8 abstentions. Son auteur, le député de l’Union des droites pour la République Charles Alloncle (Hérault), allié au Rassemblement national (RN), va donc pouvoir se servir de ce blanc-seing pour diffuser ses propositions radicales, comme une cure d’austérité de 1 milliard d’euros et la disparition de chaînes entières, et ses critiques contre de nombreuses personnalités que des députés estimaient diffamantes. Si la commission s’était opposée à cette publication, l’extrême droite aurait crié à la censure. Aucune issue ne permettait de futurs échanges sereins sur cette question pourtant importante à l’orée de l’élection présidentielle.

Nul média, nulle émission d’information ou de divertissement ne peut être à l’abri des critiques de ses lecteurs, de ses auditeurs, de ses téléspectateurs ou même de ses concurrents. Par ailleurs, le financement de l’audiovisuel public est un sujet parfaitement légitime pour une commission d’enquête parlementaire. Cependant, la salle de la commission, qui a vu défiler 238 figures de l’audiovisuel, s’est très vite transformée en tribunal et les auditions ont été perverties par les méthodes d’une extrême droite de plus en plus puissante au sein des institutions, notamment à l’Assemblée nationale.

M. Alloncle s’est ainsi souvent servi du travail sérieux de la Cour des comptes sur France Télévisions pour propager des fausses informations. Il a beaucoup parlé du million d’euros de « frais de cocktails et de réception » dépensé par le groupe public en 2020, sans jamais expliquer qu’il s’agissait en réalité de frais de repas destinés aux salariés qui travaillaient alors que les cantines et les restaurants étaient fermés durant la crise liée au Covid-19. Il a aussi décrit un audiovisuel public en « quasi-faillite », des mots que la Cour des comptes n’avait jamais écrits. Il a offert une tribune à des personnes qui ont pu s’épancher, sans filtre, ou lancer des accusations calomnieuses, sans apporter de preuves. Un spectacle affligeant et dangereux dans une époque où le désarroi et la défiance des électeurs sont instrumentalisés par des forces politiques.

Dès le début de son travail, cette commission d’enquête s’est en fait révélée être un nouveau front ouvert par l’extrême droite, obnubilée par sa bataille culturelle avant l’échéance politique de 2027. Relayé par une communauté d’internautes bien organisés, le rapporteur a mené ses offensives autant sur les réseaux sociaux qu’au Palais-Bourbon. Les médias du milliardaire Vincent Bolloré ont abondamment soutenu ses idées et celles des députés du RN, qui souhaitent une privatisation de France Télévisions et de Radio France.

Certains députés de la commission ont été alimentés par des questions directement préparées par la direction des affaires institutionnelles du groupe Lagardère, contrôlé par M. Bolloré. Au fur et à mesure des auditions, la commission n’a cessé de s’égarer, ignorant les questions qui devraient être posées aux administrateurs de l’audiovisuel public, pour se transformer en un cheval de Troie des obsessions de l’extrême droite et de ses soutiens. C’est un avertissement sur l’état du débat public en France et un avant-goût des risques de la campagne présidentielle de 2027.

Le Monde


Source:

www.lemonde.fr

L’Inde déclare officiellement le virus Nipah et l’Asie réactive les contrôles type Covid: un signal d’alarme mondial

L’alerte est désormais officielle. Les autorités sanitaires de Inde...

George Orwell et ‘1984’ – Quand la censure devient totale

Dans son roman emblématique, George Orwell explore les dangers...

Algérie–Qatar : un rapprochement stratégique dans un contexte régional en mutation

La visite officielle à Doha du général d’armée Saïd...

40 choses à faire ce mois-ci

Nous pouvons recevoir une partie des ventes si...
Annonce publicitaire Dynamiques de paix dans le Caucase du Sud

Articles Similaires

Annonce publicitaire Isaac d'ArganIsaac d'Argan