On pourrait croire que l’œil est l’organe de la vision et qu’il suffit d’ouvrir les yeux pour voir. Mais on sait aujourd’hui que l’œil, déconnecté du cerveau, est incapable de voir. Le véritable organe de la vision est le cerveau, qui construit la perception visuelle à partir des rayons lumineux que les yeux ont perçus. La plupart du temps, notre cerveau élabore une image fidèle aux informations captées. Néanmoins, parfois, il construit une image différente de celle projetée sur la rétine et cela donne lieu à une illusion d’optique.
Les illusions nous rappellent que notre vision n’est pas une photographie exacte du monde extérieur, mais bien une construction de notre cerveau. Parmi ces illusions, un phénomène bien particulier retient depuis quelques années l’attention des chercheurs. Il s’agit de ce que l’on appelle la « paréidolie », qui consiste à donner du sens à des formes qui n’en ont pas, comme percevoir un visage dans une forme totalement abstraite.
En combinant plusieurs techniques de neuro-imagerie, Susan Wardle, du National Institute of Mental Health de Bethesda (Maryland), et ses collègues montrent que, lorsque l’on perçoit un visage illusoire dans une forme, on retrouve une véritable activation de la région du cortex occipito-temporal spécialisée dans la reconnaissance des visages. L’analyse de la dynamique temporelle de ces activations révèle que, très rapidement, dans un délai inférieur à 200 millisecondes (ms), les visages paréidoliques sont traités comme de vrais visages, puis, après 250 ms, l’activation observée est similaire à celle d’objets ordinaires.
Biais de genre
Dans une série d’études incluant au total 3 815 adultes, la même équipe a constaté que les visages illusoires présents dans des objets inanimés sont généralement perçus comme ayant une expression émotionnelle, un âge et un genre spécifiques. Il existe par ailleurs un fort biais à percevoir ces visages illusoires comme masculins plutôt que féminins. Pourtant, ce biais de genre ne peut être expliqué par des caractéristiques visuelles présentes dans les images. Il semble renvoyer à un biais purement cognitif : dès qu’une forme évoquerait un visage, celui-ci serait, de fait, masculin.
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Source:
www.lemonde.fr



