Vingt-cinq ans après les attaques contre le World Trade Center, le paysage visuel lié à cet événement est remarquablement resserré : un petit nombre de photographies a dominé l’attention publique. Dans un entretien avec Le Monde, le conservateur et historien de la photographie Clément Chéroux a mis en lumière les mécanismes qui ont contribué à cette concentration iconographique, rappelant le rôle central des rédactions et des agences dans la diffusion des images originaires des Etats-Unis et au-delà.
Clément Chéroux souligne que la circulation des images au lendemain des attaques a été soumise à des logiques éditoriales et techniques : choix des agences photo, habitudes de rotation des pages d’accueil et des éditions imprimées, ainsi que la prégnance des images capables d’exprimer immédiatement l’événement. Ce contexte a favorisé la reproduction répétée d’un petit nombre d’images au détriment d’une représentation visuelle plus diversifiée, selon ses observations rapportées par Le Monde.
Le mouvement de concentration a des conséquences sur la manière dont la société se souvient de l’événement. La prévalence d’images-icônes contribue à fixer une mémoire visuelle partagée, mais elle efface aussi des angles, des témoignages et des récits photographiques moins diffusés. Pour les professionnels de la photographie, les institutions patrimoniales et les chercheurs, cette uniformisation pose des questions sur l’archive, la pluralité des représentations et la responsabilité des diffuseurs dans le façonnage de la mémoire collective.
Enfin, l’analyse de Clément Chéroux invite à considérer l’évolution des circuits de diffusion depuis 2001 : la multiplication des plateformes numériques et des modes de publication a modifié les rapports de force entre producteurs et diffuseurs d’images, sans pour autant abolir les mécanismes de sélection visuelle qui déterminent quelles photographies s’imposent dans l’espace public. Comprendre ces processus reste essentiel pour restituer, à travers l’image, la complexité d’événements historiques majeurs.



