Van Gogh était-il le premier « influenceur » ? À Auvers-sur-Oise, une exposition met l’idée à l’épreuve

À Auvers-sur-Oise, où Vincent Van Gogh passa les soixante-dix derniers jours de sa vie, une exposition retrace les multiples filiations qui traversent son œuvre. Intitulée « Van Gogh influenceur », elle propose un parcours chrono-thématique qui, des maîtres ayant nourri son regard aux artistes contemporains qui prolongent son héritage, éclaire la diffusion d’un langage pictural devenu universel. Une réflexion sensible sur la notion même d’influence, à l’heure où ce terme a pris une résonance nouvelle.

 

Auvers-sur-Oise : un paysage déjà habité par la peinture

Le parcours s’ouvre avec les ateliers auversois qui ont probablement façonné le regard de Van Gogh, dont l’œuvre de Léonie Bourges qui n’est pas sans rappeler le célèbre tableau représentant L’Église d’Auvers-sur-Oise (1890) conservé au musée d’Orsay. Peint sous le même angle, il est impossible de déterminer si Van Gogh avait connaissance de ce tableau ou s’il s’agit d’un curieux hasard.

Léonie Bourges (1833-1909), L'église d'Auvers-sur-Oise, non datée, don de Catherine et Wouter van der Veen au Conseil Départemental du Val-d'Oise. © Connaissance des Arts / Léana Da Silva

Léonie Bourges (1833-1909), L’église d’Auvers-sur-Oise, non datée, don de Catherine et Wouter van der Veen au Conseil Départemental du Val-d’Oise. © Connaissance des Arts / Léana Da Silva

Des œuvres de maîtres tels que Charles-François Daubigny ou Paul Cezanne nous rappellent que dès les années 1870, bien avant l’arrivée de Van Gogh, Auvers-sur-Oise était déjà un véritable atelier en plein air.

Paul Cezanne, Vue de Bonnières, 1866, Aix-les-Bains, prêt du musée Faure, collection Faure. © Connaissance des Arts / Léana Da SilvaPaul Cezanne, Vue de Bonnières, 1866, Aix-les-Bains, prêt du musée Faure, collection Faure. © Connaissance des Arts / Léana Da Silva

Paul Cezanne (1839-1906), Vue de Bonnières, 1866, Aix-les-Bains, prêt du musée Faure, collection Faure. © Connaissance des Arts / Léana Da Silva

Dans la seconde salle, des estampes japonaises d’Hokusaï dialoguent avec des dessins de Maximilien Luce et des photographies d’époque, restituant l’environnement visuel dans lequel l’artiste évolue lors de son séjour parisien avec son frère Théo. Entre 1886 et 1888, Van Gogh découvre la scène artistique parisienne en pleine effervescence, il y fréquente les ateliers, se nourrit de l’impressionnisme et découvre Monticelli et ses empattements. Cette immersion ponctuée de citations tirées de la correspondance des deux frères rend tangible la présence de Van Gogh au sein du parcours de l’exposition alors même qu’aucune œuvre originale n’y est exposée.

Adolphe Monticelli (1810-1865), Promenade, vers 1864, prêt du musée Faure, collection Faure. © Connaissance des Arts / Léana Da SilvaAdolphe Monticelli (1810-1865), Promenade, vers 1864, prêt du musée Faure, collection Faure. © Connaissance des Arts / Léana Da Silva

Adolphe Monticelli (1810-1865), Promenade, vers 1864, prêt du musée Faure, collection Faure. © Connaissance des Arts / Léana Da Silva

Paris et les avant-gardes

À l’étage, l’exposition met en lumière les échanges féconds entre Van Gogh et les artistes de son temps. Claude Monet (avec le prêt du musée de Pontoise du tableau La Gare d’Argenteuil), Paul Signac ou encore Émile Bernard incarnent cette avant-garde parisienne qui, loin d’être un simple modèle, engage un dialogue artistique intense. Ces correspondances révèlent combien l’œuvre de Van Gogh s’inscrit dans un réseau d’influences réciproques.

Paul Signac (1863-1935), La Seine à Herblay, 1889. © Collection Musée MHAP, PontoisePaul Signac (1863-1935), La Seine à Herblay, 1889. © Collection Musée MHAP, Pontoise

Paul Signac (1863-1935), La Seine à Herblay, 1889. © Collection Musée MHAP, Pontoise

Face à Van Gogh : héritiers et résonances

Salle la plus convaincante du parcours, c’est là que se déploie la thématique annoncée. Dans une scénographie presque labyrinthique, les reproductions des œuvres de Van Gogh sont mises en regard avec celles d’artistes qui s’en inspirent, consciemment ou non. Le visiteur circule librement entre les œuvres, pris dans un jeu de correspondances visuelles.

Vue de l'exposition « Van Gogh influenceur » à Auvers-sur-Oise. © Connaissance des Arts / Léana Da SilvaVue de l'exposition « Van Gogh influenceur » à Auvers-sur-Oise. © Connaissance des Arts / Léana Da Silva

Vue de l’exposition « Van Gogh influenceur » à Auvers-sur-Oise. Portraits de Philip Akkerman, 2021. © Connaissance des Arts / Léana Da Silva

De Maurice de Vlaminck à Claire Tabouret, en passant par Philip Akkerman, les correspondances formelles et thématiques se multiplient, brouillant les repères chronologiques pour mieux souligner la persistance d’un langage dans trois genres explorés par Van Gogh : la nature morte, le portrait et des paysages.

Jean-Pierre Plundr, Double Table, 1998, acrylique sur toile, mis en dialogue avec les Tournesols de Van Gogh (originial conservé au Philadelphia Museum of Art). © Connaissance des Arts / Léana Da SilvaJean-Pierre Plundr, Double Table, 1998, acrylique sur toile, mis en dialogue avec les Tournesols de Van Gogh (originial conservé au Philadelphia Museum of Art). © Connaissance des Arts / Léana Da Silva

Jean-Pierre Plundr, Double Table, 1998, acrylique sur toile, mis en dialogue avec les Tournesols de Van Gogh (originial conservé au Philadelphia Museum of Art). © Connaissance des Arts / Léana Da Silva

Le Chemin dans les champs (1891) de Léo Gausson, ami de Théo Van Gogh, apparaît comme l’une des premières réponses picturales au travail de Vincent. Plus d’un siècle plus tard, David Hockey prolonge cette attention portée au paysage et à la couleur.

Léo Gausson (1860-1944), Chemin dans les champs, vers 1891, prêt de la Galerie de la Vallée de l'Oise. © Connaissance des Arts / Léana Da SilvaLéo Gausson (1860-1944), Chemin dans les champs, vers 1891, prêt de la Galerie de la Vallée de l'Oise. © Connaissance des Arts / Léana Da Silva

Léo Gausson (1860-1944), Chemin dans les champs, vers 1891, prêt de la Galerie de la Vallée de l’Oise. © Connaissance des Arts / Léana Da Silva

La section suivante introduit une dimension plus intime de la création, Van Gogh s’y révèle dans toute l’intensité de son rapport à la peinture. « Je ne veux point supprimer la souffrance car souvent c’est elle qui fait s’exprimer le plus énergiquement les artistes », écrit-il.

Les Racines (1890), ultime motif

La confrontation autour des Racines, ultime œuvre peinte par Van Gogh le 27 juillet 1890, jour de son suicide, constitue un moment fort du parcours. Cette toile souvent lue comme un adieu devient un point de départ pour plusieurs artistes contemporains. Lydie Arickx, Sabina Timmermans, Caroline Gaudriault ou Emmy Bergsma en proposent des interprétations variées.

Sabina Timmermans, Roots, 2024, fusain sur papier (collection de l'artiste). © Connaissance des Arts / Léana Da SilvaSabina Timmermans, Roots, 2024, fusain sur papier (collection de l'artiste). © Connaissance des Arts / Léana Da Silva

Détail de Sabina Timmermans, Roots, 2024, fusain sur papier (collection de l’artiste). © Connaissance des Arts / Léana Da Silva

« Ma vie aussi est attaquée à la racine même, mon pas aussi est chancelant », écrivait Van Gogh. L’exposition ne surligne pas cette dimension tragique, mais laisse apparaître dans ces prolongements contemporains la force persistante du motif.

« L’effet Van Gogh », une influence sans frontières

La dernière section élargit le propos en montrant combien l’influence de Van Gogh déborde le champ strict de la peinture. Mode, photographie, design : son imaginaire irrigue des domaines variés, parfois inattendus. Un sac Louis Vuitton conçu avec Jeff Koons, ou encore les créations de Viktor & Rolf témoignent de cette diffusion.

Des œuvres du docteur Paul Ferdinand Gachet (1828-1909) et de son fils voisinent avec des propositions de Peter Knapp, de Léo Lelée, d’Yves Saint-Laurent, d’Ossip Zadkine et de Jean-Christian Bourcart… L’accrochage, volontairement foisonnant, assume une forme de désordre qui peut dérouter au premier regard. Il cherche à démontrer que l’influence de Van Gogh ne relève pas d’un style identifiable, mais d’un imaginaire visuel devenu commun, parfois même inconscient.

Ossip Zadkine (1888-1967), Deux frères, Vincent et Théo Van Gogh, 1963. © Connaissance des Arts / Léana Da SilvaOssip Zadkine (1888-1967), Deux frères, Vincent et Théo Van Gogh, 1963. © Connaissance des Arts / Léana Da Silva

Ossip Zadkine (1888-1967), Deux frères, Vincent et Théo Van Gogh, 1963. © Connaissance des Arts / Léana Da Silva

L’influence ne consiste pas à occuper un moment, mais à traverser le temps.

Une présence persistante : l’accrochage Yellow Words de Peter Knapp

Un long couloir d’une trentaine de mètres est occupé par un accrochage signé Peter Knapp. Sur des fonds aux différentes tonalités de jaunes, quatorze citations issues des correspondances de Vincent Van Gogh accompagnent le visiteur, comme un écho persistant de ses pensées.

Vue de l'accrochage de Peter Knapp, Yellow Words. © Connaissance des Arts / Léana Da SilvaVue de l'accrochage de Peter Knapp, Yellow Words. © Connaissance des Arts / Léana Da Silva

Vue de l’accrochage de Peter Knapp, Yellow Words. © Connaissance des Arts / Léana Da Silva

Le parcours s’achève par une projection à 180° « Van Gogh. L’ultime voyage » (2023) consacrée à Johanna van Gogh-Bonger, dont le rôle fut déterminant dans la reconnaissance posthume de l’œuvre de l’artiste.

Vue de la projection Van Gogh : l'Ultime Voyage (2023), proposée à la fin du parcours de l'exposition. © Connaissance des Arts / Léana Da SilvaVue de la projection Van Gogh : l'Ultime Voyage (2023), proposée à la fin du parcours de l'exposition. © Connaissance des Arts / Léana Da Silva

Vue de la projection Van Gogh : l’Ultime Voyage (2023), proposée à la fin du parcours de l’exposition. © Connaissance des Arts / Léana Da Silva

Dans ce château surplombant le village d’Auvers-sur-Oise, où l’artiste réalisa ses 74 derniers tableaux en 70 jours, l’exposition interroge avec justesse ce que signifie « influencer ». Le terme d’« influenceur », s’il permet d’actualiser le propos, reste néanmoins imparfait : il suggère une stratégie là où l’œuvre de Van Gogh s’est imposée sans jamais chercher à séduire. Conçue par Wouter van der Veen, président de la Van Gogh Academy et fin connaisseur de l’artiste, elle évite l’hommage convenu. Car si Van Gogh n’a jamais cherché à plaire, son œuvre, elle, n’a jamais cessé d’agir. Aujourd’hui, il est devenu impossible de peindre des tournesols, un ciel étoilé ou un champ de blé sans dialoguer, d’une manière ou d’une autre, avec le peintre néerlandais !

« Van Gogh influenceur. Héritages en mouvement »Château d’AuversRue François Mitterrand, 95430 Auvers-sur-OiseJusqu’au 3 janvier 2027


Source:

www.connaissancedesarts.com

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