Philippe Katerine au Festival du dessin d’Arles : « Je fais des détours pour aller me signer devant le Bouquet de tulipes de Jeff Koons »

Tandis que son Monsieur Rose, ambassadeur du mignonisme, s’installe à New York, Philippe Katerine expose ses dessins au Festival du Dessin d’Arles. Entretien avec un artiste inattendu et poétique.

Le Festival du dessin d’Arles (jusqu’au 17 mai) accueille cette année Philippe Katerine, figure insaisissable dont le travail circule librement entre dessin, musique et performance. Entre douceur apparente et lucidité acérée, ses figures – de Monsieur Rose aux motifs les plus triviaux – esquissent une poétique du fragile, où le mignon est une manière singulière de regarder le monde en face. Un univers à découvrir entre autres ce printemps à Arles, le temps d’une exposition de dessins et d’un événement mêlant conférence et musique, entre philosophie et humour.

Quand avez vous commencé à dessiner ?

Enfant et j’ai simplement continué. J’aime dessiner les gens qui sont autour de moi. Le dessin est un moyen d’expression très fort. Au lycée, je faisais des mini-BD, sans narration.

Philippe Katerine, Tango, 2026, © Philippe Katerine.

Philippe Katerine, Tango, 2026 © Philippe Katerine.

Sans narration parce que vous n’y arrivez pas ?

Je n’y arrivais pas, tout simplement. Ce n’est pas faute d’avoir essayé.

Pourtant il y avait des dessins plus narratifs dans votre exposition « Comme un ananas » aux Galeries Lafayette en 2012. Votre idée de mignonisme était-elle déjà présente à ce moment-là ?

« Comme un ananas » était plutôt centrée sur la présence-absence. Comme des hommes politiques qui sont là et qui, au dessin suivant, ne sont plus là. Ça soulage. En y repensant, il y avait quand même un peu de mignonisme, notamment avec mes aquarelles de poubelles, de sacs à sapin abandonnés…

Vue du vernissage de l’exposition à la galerie Taglialatella à New York, Photographs : Kai McQueenVue du vernissage de l’exposition à la galerie Taglialatella à New York, Photographs : Kai McQueen

Vue du vernissage de l’exposition à la galerie Taglialatella à New York, Photographs : Kai McQueen

D’ailleurs, qu’est ce que le mignonisme ?

C’est un courant artistique, dont je suis le seul membre, qui aborde des sujets profonds, sombres, complexes ou violents d’une manière mignoniste. Par exemple, dans le mignonisme, il n’y a pas d’angles droits : ce ne sont que des rondeurs. Chacun a sa part de mignonisme, souvent ignorée de lui-même. Le mignonisme existe depuis Lascaux. Les hommes ont commencé à dessiner des animaux sur les murs des grottes, et c’est déjà quelque chose d’adorable, même si c’est de la chasse, de la violence.

Quels sont pour vous les autres mignonistes ?

Jeff Koons, Paola Pivi ou Niki de Saint Phalle sont, à mon sens, des mignonistes parce qu’ils parlent de choses violentes de façon claire, mignonne et presque enfantine.

Vue du vernissage de l’exposition à la galerie Taglialatella à New York, Photographs : Kai McQueenVue du vernissage de l’exposition à la galerie Taglialatella à New York, Photographs : Kai McQueen

Vue du vernissage de l’exposition à la galerie Taglialatella à New York, Photographs : Kai McQueen

Vous aimez beaucoup le Bouquet de tulipes de Jeff Koons à Paris. Vous en avez donné un commentaire très juste : « Dans le Bouquet de tulipes de Jeff Koons, il y a quelque chose d’instable et de grotesque qui stimule immédiatement. Seulement, pour que l’instable et le grotesque tiennent, il faut des lignes impeccables et intemporelles. »

Je pense toujours la même chose. C’est mon monument préféré à Paris. Il y a une forme de folie dans cette sculpture. Elle a un caractère à la fois mortuaire et joyeux. Même si elle est encore méprisée – il faut bien le dire –, moi, je fais des détours pour aller me signer devant elle.

Vous aussi vous adoucissez nos grandes ou petites tragédies. Votre Monsieur Rose est plein de bonhomie, mais il porte une cicatrice au cœur. Vous venez d’en présenter une dizaine dans les rues de New York.

Ils sont dans différentes positions. L’un enlace un arbre, d’autres sont posés sur des façades ou assis sur des corniches, comme s’ils allaient chuter.

À New York,  avant le 11 septembre 2001, Maurizio Cattelan a voulu installer un homme hyperréaliste debout sur le bord d’une fenêtre, laissant croire aux passants qu’il allait se jeter dans le vide. Le projet ne s’est jamais réalisé.

J’aime tout ce que fait Maurizio Cattelan. J’adore le pape écrasé par une météorite, Hitler à genoux ou sa banane scotchée.

Philippe Katerine, Ce que la vie nous ordonne, 2021, crayon et encre noire, 30 x 21 cm. galerie Taglialatella © Philippe Katerine.Philippe Katerine, Ce que la vie nous ordonne, 2021, crayon et encre noire, 30 x 21 cm. galerie Taglialatella © Philippe Katerine.

Philippe Katerine, Ce que la vie nous ordonne, 2021, crayon et encre noire, 30 x 21 cm. galerie Taglialatella © Philippe Katerine.

Votre Monsieur Rose a une cicatrice au cœur, qui ne se voit pas de loin.

Oui, et c’est très bien ainsi. Ce n’est qu’en s’approchant qu’on la découvre. C’est un peu comme avec les êtres humains : quand on s’approche de quelqu’un, on aperçoit ses blessures et fragilités.

Et Monsieur Bleu ?

Monsieur Bleu, lui, se cache derrière ses fleurs. Dans mon exposition à la galerie Taglialatella à New York, je présente une série de dessins où Monsieur Rose et Monsieur Bleu dansent ensemble.

La première fois que vous avez modelé Monsieur Rose, il avait déjà une cicatrice ?

Oui. Et je me suis vite aperçu qu’en le rendant plus personnel, je le rendais en réalité plus universel.

Monsieur Rose à New York. Photo : Kai McQueenMonsieur Rose à New York. Photo : Kai McQueen

Monsieur Rose à New York. Photo : Kai McQueen

Vous dessinez souvent des anus, des excréments, des toilettes. Avez-vous toujours eu cet humour “pipi-caca” ?

Ce n’est pas de l’humour. C’est l’essentiel de la vie : nous sommes tous un tuyau au bout duquel il y a une bouche et un anus.

Que présentez-vous à Arles pour le Festival du dessin ?

Une trentaine de dessins – 33, exactement, comme l’âge d’un célèbre défunt. Nous allons aussi faire un concert illustré avec mon ami Philippe Eveno, qui jouera de la guitare. Je chanterai quelques chansons et présenterai deux livres : Ce que je sais de l’amour et Ce que je sais de la mort.

Vous peignez, chantez, faites de la photographie, des collages, de la sculpture… Pourtant, vous dites que faire tout cela relève « d’un aveu d’impuissance », car vous aimeriez être comme les artistes obsessionnels que vous admirez. Vous confiez : « J’ai des obsessions : la mort, les trous… Je les décline de multiples façons, et je ne suis jamais satisfait, d’où cet aveu d’impuissance. » Qui sont ces artistes obsessionnels que vous aimez ?

Je pense à David Hockney, Simon Hanselmann ou Robert Crumb, qui dessinent inlassablement les mêmes types de figures. Je me sens très éloigné de leur style, mais leurs obsessions me fascinent. Il y a chez eux quelque chose que je ne pourrai jamais faire – et que, précisément, j’admire.

Philippe Katerine, Block 2, 2026, crayon et encre noire, 42 x 29,7 cm © Philippe Katerine.Philippe Katerine, Block 2, 2026, crayon et encre noire, 42 x 29,7 cm © Philippe Katerine.

Philippe Katerine, Block 2, 2026, crayon et encre noire, 42 x 29,7 cm © Philippe Katerine.

Philipe KaterineFestival du Dessin, ArlesDu 18 avril au 17 mai


Source:

www.connaissancedesarts.com

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