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Pedro Sánchez joue son avenir aux urnes : le dernier pari avant la fin de son pouvoir ?

En annonçant ce 5 octobre des élections législatives anticipées pour le 29 novembre 2026, Pedro Sánchez tente de reprendre le contrôle d’une situation politique devenue difficile. Le revers parlementaire sur le logement, les affaires judiciaires touchant son entourage et la crise de Ceuta fragilisent son gouvernement. Le retour aux urnes lui offre une possibilité de renouveler sa légitimité, mais l’expose aussi à une défaite qui pourrait clore son passage à la Moncloa. La question est désormais celle de sa capacité à transformer l’usure du pouvoir en nouvelle mobilisation électorale.

Une convocation électorale qui révèle les limites de sa majorité

Le rejet de deux décrets sur le logement constitue le déclencheur immédiat de cette décision. Dans un pays où l’accès au logement nourrit une forte inquiétude sociale, ce revers démontre la difficulté du gouvernement à convertir ses propositions en décisions parlementaires. Sánchez explique vouloir obtenir une majorité plus large pour poursuivre les réformes. Cette ambition reconnaît les limites de la configuration actuelle : les alliances qui lui ont permis de rester au pouvoir ne garantissent plus une capacité suffisante à gouverner. En provoquant les élections, il déplace la confrontation du Parlement vers les citoyens. Ce choix peut être compris comme une tentative de maîtriser le calendrier avant de subir davantage de blocages. Il lui permet de défendre son bilan, de choisir ses thèmes de campagne et de demander aux électeurs de départager les projets. Mais il engage aussi sa responsabilité : une défaite transformerait cette reprise d’initiative en décision ayant précipité son départ.

Un rapport de force électoral qui rend le pari dangereux

Les intentions de vote dessinent un terrain difficile pour le chef du gouvernement. Le baromètre de 40dB publié ce 5 octobre pour la Cadena SER et El País, réalisé entre le 25 et le 28 septembre, place le Parti populaire à 31,6 %, le PSOE à 27,4 % et Vox à 18,4 %. PP et Vox réunissent ainsi la moitié des intentions de vote dans cette enquête. Ces résultats ne constituent pas une prévision certaine du scrutin : les instituts présentent des estimations différentes, et la campagne peut modifier la participation comme les préférences. Ils révèlent néanmoins la difficulté centrale de Sánchez. Le PSOE conserve un socle important, mais son maintien au pouvoir dépend d’un ensemble de partenaires dont la force électorale et la disponibilité politique restent déterminantes. La campagne devra donc produire davantage qu’une mobilisation de ses fidèles. Elle devra convaincre des électeurs hésitants qu’un nouveau mandat déboucherait sur une action plus stable et plus efficace. Sans cette démonstration, le retour aux urnes risque de confirmer l’épuisement du bloc gouvernemental.

Les affaires judiciaires imposent un débat sur la confiance

Les procédures touchant l’entourage du président du gouvernement pèsent sur son autorité politique. Le 21 septembre, le juge Juan Carlos Peinado a ordonné l’ouverture d’un procès contre Begoña Gómez, épouse de Sánchez, pour des faits présumés de trafic d’influence et de détournement de fonds. La défense conteste les accusations, tandis que la Fiscalía et les défenses ont demandé l’acquittement. Cette procédure n’établit ni une condamnation de Gómez ni une responsabilité pénale de Sánchez. Son effet politique est toutefois considérable : elle mobilise l’attention médiatique, nourrit les attaques de l’opposition et complique le discours gouvernemental sur l’exemplarité. Les affaires concernant des responsables socialistes accentuent ce climat. Le défi de Sánchez consiste à défendre son action sans donner le sentiment que toutes les critiques seraient seulement partisanes. La confiance exige des réponses institutionnelles crédibles, indépendamment des stratégies de campagne. Un succès électoral pourrait renouveler sa légitimité ; il ne réglerait pas les procédures judiciaires, qui suivent leur propre logique.

Ceuta expose les faiblesses d’une coopération présentée comme stratégique

La crise de Ceuta a ouvert un front particulièrement sensible. Les arrivées massives des 30 et 31 juillet 2026 ont suscité des controverses sur l’anticipation, la coordination des autorités et les conditions d’accueil. La pression politique a notamment précédé la démission, fin septembre, du délégué du gouvernement dans la ville. Pour Sánchez, cette crise interroge les résultats du rapprochement avec le Maroc. Une coopération renforcée devait contribuer à une gestion plus stable de la frontière ; elle n’a pas empêché cet épisode majeur. En septembre, le chef du gouvernement a reconnu une défaillance du contrôle frontalier marocain et demandé des réponses, tout en affirmant ne pas disposer de preuves établissant que Rabat avait conçu ou exécuté la crise. La question politique demeure celle de la préparation de l’État espagnol et de l’efficacité du partenariat. Sánchez doit expliquer les défaillances tout en préservant une coopération indispensable. Cette double exigence limite sa liberté de ton et offre à ses adversaires un angle d’attaque sur sa capacité à défendre les intérêts nationaux.

Le Maroc reste un partenaire essentiel, mais la confiance demeure fragile

Depuis le soutien espagnol au plan d’autonomie marocain pour le Sahara occidental en 2022, Sánchez représente un interlocuteur important pour Rabat. Ce changement avait contribué à apaiser les tensions bilatérales. Il n’a cependant pas effacé les désaccords sur Ceuta, Melilla ou la migration. Sánchez a confirmé que l’ambassadrice marocaine avait été convoquée après des déclarations de ministres marocains sur les deux villes, jugées inacceptables par Madrid. La relation apparaît donc comme un partenariat nécessaire dont la stabilité dépend d’une gestion constante des tensions. Une crise frontalière peut rapidement devenir une crise de confiance, puis un enjeu électoral. Pour Sánchez, l’équilibre consiste à préserver les bénéfices de la coopération sans paraître renoncer à la fermeté. Pour le Maroc, une éventuelle alternance introduirait une incertitude sur les priorités espagnoles, sans annoncer automatiquement un changement de position sur le Sahara. Les intérêts bilatéraux dépassent les dirigeants, mais la confiance entre gouvernements reste déterminante dans leur mise en œuvre.

La nationalité des Sahraouis ajoute une dimension historique au désaccord

L’initiative sur la nationalité espagnole des Sahraouis montre que le rapprochement diplomatique n’a pas supprimé les débats liés au passé colonial de l’Espagne. Le 10 septembre, le Congrès a adopté une proposition portée par Sumar et soutenue par le PSOE, concernant les personnes nées sous administration espagnole. Début octobre, le texte poursuivait son examen au Sénat. Les promoteurs de cette démarche la présentent comme une restitution de droits. Sa portée politique peut néanmoins susciter des inquiétudes au Maroc, où le Sahara constitue une priorité nationale. Ce dossier révèle la coexistence de plusieurs orientations à Madrid : soutenir une solution fondée sur l’autonomie marocaine, répondre à une revendication historique de nationalité et préserver les équilibres de la coalition. Ces objectifs ne produisent pas nécessairement une rupture, mais ils rendent la relation moins prévisible. Sánchez doit gérer ces sensibilités sans que chaque initiative parlementaire devienne un nouvel épisode de confrontation avec Rabat.

Israël et la Palestine : une politique extérieure qui peut mobiliser autant que diviser

La politique de Sánchez envers Israël et la Palestine participe à son identité internationale. Son gouvernement a renforcé en 2025 les restrictions sur les échanges d’armements avec Israël et sur les produits provenant des implantations israéliennes en Cisjordanie. Ces décisions peuvent susciter des tensions diplomatiques, mais aussi renforcer son soutien auprès des électeurs qui les approuvent. Leur effet politique ne se réduit donc pas à un coût pour le gouvernement. Pendant la campagne, Sánchez pourra défendre la cohérence de ses choix, tandis que l’opposition pourra discuter leurs conséquences et leurs modalités. L’analyse doit distinguer ces positions internationales de la crise parlementaire qui a immédiatement précédé les élections. Aucune preuve présentée ici ne permet de faire des relations avec Israël ou du dossier palestinien la cause déterminante de sa décision. Ils constituent des éléments de son bilan et du débat électoral, dont le poids dépendra des priorités des citoyens.

Pegasus et Jabaroot posent une question de sécurité de l’État

L’affaire Pegasus rappelle la vulnérabilité des communications au sommet du pouvoir. Les autorités espagnoles ont confirmé en 2022 l’infection du téléphone de Sánchez et de ceux de plusieurs ministres. Plus récemment, la presse a rapporté des déclarations du groupe Jabaroot évoquant des données liées à Pegasus et au président du gouvernement. L’enjeu politique majeur est celui de la protection des informations sensibles et de la capacité des institutions à établir les faits. La possession revendiquée de données doit être distinguée de leur authentification, puis de leur éventuelle portée. Les éléments disponibles ne permettent pas d’établir qu’un chantage aurait déterminé l’annonce électorale. Ils justifient en revanche une interrogation sur la résilience de l’État face aux intrusions et aux opérations de divulgation. Dans une période électorale, une information authentique, une fuite partielle ou une manipulation peuvent produire des effets importants. La réponse institutionnelle doit donc privilégier l’enquête, l’expertise et une communication précise, afin que le soupçon ne remplace pas durablement les faits.

Un dirigeant expérimenté face au risque d’une fin de cycle

Sánchez possède encore des arguments pour défendre son gouvernement, notamment la croissance économique et les réformes sociales relevées par la presse, malgré les controverses et les blocages. Mais un bilan favorable sur certains indicateurs ne protège pas indéfiniment de l’usure. Le logement, la confiance institutionnelle et le sentiment d’efficacité du pouvoir peuvent peser autant que les résultats macroéconomiques. Mon analyse est que Sánchez tente de renouveler sa légitimité avant que ses marges de manœuvre ne se réduisent davantage. Le risque d’une fin de cycle est sérieux : les fragilités parlementaires, les affaires judiciaires et les tensions autour de Ceuta composent une situation que la seule habileté politique ne suffit plus à maîtriser. Le 29 novembre dira si cette décision lui permet une nouvelle relance ou si elle ouvre la voie à son départ. Pour rester à la Moncloa, il devra convaincre qu’un nouveau mandat apporterait davantage de stabilité et de confiance. Son expérience lui permet de mener ce combat ; elle ne lui en garantit plus l’issue.

(*) Isaac Hammouch est journaliste et écrivain belgo-marocain. Auteur de plusieurs ouvrages et de nombreuses tribunes, il analyse les enjeux de société, les questions de gouvernance et les mutations du monde contemporain.


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