Un rendez-vous diplomatique reporté mais maintenu
Le Maroc s’apprête à accueillir, du 8 au 19 juin 2026, la Rapporteuse spéciale des Nations Unies sur la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants, la Dre Alice Jill Edwards. Cette visite, initialement programmée du 23 mars au 2 avril 2026, avait été reportée à la demande des autorités marocaines en raison de la déclaration de l’Aïd al-Fitr comme jour férié pour toutes les administrations publiques, ce qui avait compliqué la tenue des réunions prévues.
L’experte onusienne s’est alors déclarée prête à continuer à travailler avec le gouvernement pour identifier des dates alternatives. Cet engagement est désormais concrétisé par ce nouveau calendrier fixé au mois de juin 2026.
Contexte : une mission après plus d’une décennie d’absence
Cette mission revêt une importance symbolique majeure : il s’agit de la première visite d’une Rapporteuse spéciale sur la torture au Maroc depuis plus de dix ans. Elle s’inscrit dans le cadre des procédures spéciales du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies, mécanisme indépendant chargé d’évaluer la situation des droits humains dans les États membres.
Appel à contributions : une démarche participative
En préparation de cette mission, le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme a lancé un appel à contributions ouvert à tous les acteurs concernés. Organisations de la société civile, institutions nationales, victimes et leurs familles sont invités à participer à cette démarche.
La date limite de soumission est fixée au 29 mai 2026 à 18h00, heure de Genève. Les contributions peuvent être rédigées en français ou en anglais, dans un format limité à 2 000 mots. Toutes les contributions seront traitées de manière confidentielle et utilisées exclusivement pour la préparation de la mission et la rédaction du rapport final.
Les cinq axes stratégiques de l’évaluation
La mission de la Dre Edwards portera sur cinq thématiques structurantes définies par le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme.
Justice pénale et cadre légal
Ce premier axe concerne la criminalisation de la torture, les mécanismes de plaintes, les enquêtes et la documentation des crimes. Il intègre également l’examen des dernières modifications apportées au code pénal marocain.
Garanties procédurales durant la détention
Ce deuxième volet porte sur la notification des droits aux détenus, les registres de détention, l’accès à un avocat, les examens médicaux, les techniques d’interrogatoire non coercitives, ainsi que les modalités de collecte de preuves.
Conditions de détention et surpopulation carcérale
Le troisième axe examine les conditions dans les prisons, les commissariats et les établissements pour mineurs. Il couvre également la situation des migrants et des demandeurs d’asile en détention, la surpopulation carcérale, et les alternatives possibles à l’incarcération.
Moyens de contrainte et usage de la force
Ce quatrième thème concerne les équipements, les armes et les méthodes utilisés par les forces de l’ordre. L’évaluation portera particulièrement sur leur emploi lors des opérations de contrôle des foules et des manifestations pacifiques.
Santé mentale et prise en charge psychiatrique
Le cinquième et dernier axe s’intéresse à la prise en charge psychiatrique, y compris en milieu carcéral, et à l’accès aux soins de santé mentale pour les personnes détenues.
Un programme de visites incluant le Sahara
La mission débutera à Rabat avant de s’étendre à d’autres villes du Royaume. Conformément à la méthodologie des missions onusiennes, certaines inspections de lieux de détention seront effectuées sans préavis.
Dans un contexte géopolitique sensible, la Rapporteuse spéciale prévoit également de se rendre à Laâyoune, confirmant ainsi la couverture territoriale intégrale de la mission.
Rencontres et conférence de presse
Au cours de son séjour, la Dre Edwards rencontrera des représentants du gouvernement et des institutions nationales. Elle s’entretiendra également avec des organisations internationales et des entités onusiennes présentes sur le terrain.
Des échanges sont prévus avec les acteurs de la société civile et les organisations non gouvernementales. La Rapporteuse spéciale recevra également des victimes de torture et leurs familles.
À l’issue de la mission, elle présentera ses conclusions préliminaires aux autorités marocaines et tiendra une conférence de presse pour partager ses premières observations avec le public.
Rapport final attendu en 2027
Le rapport définitif sera présenté au Conseil des droits de l’homme des Nations Unies en 2027. Ce document constituera une analyse approfondie de la situation au Maroc et formulera des recommandations concrètes adressées aux autorités.
Un mécanisme d’évaluation indépendant
Les Rapporteurs spéciaux des Nations Unies agissent à titre indépendant. Ils ne représentent aucun État et ne sont pas des fonctionnaires de l’ONU. Leur mandat consiste à examiner, surveiller et conseiller sur des thématiques spécifiques liées aux droits humains.
La visite de la Dre Alice Jill Edwards au Maroc constitue ainsi une étape décisive dans le dialogue entre Rabat et les mécanismes internationaux de protection des droits fondamentaux. Malgré un premier contretemps diplomatique, ce dialogue demeure engagé et structurant pour les deux parties.
Source officielle : Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme — Appel à contribution : Visite de pays au Maroc de la Rapporteuse spéciale sur la torture



