Le mouvement « Maroc de Demain » traverse depuis plusieurs mois une profonde crise interne, marquée par des divergences, des accusations réciproques et des prises de position publiques. Afin de permettre à nos lecteurs de mieux comprendre les différents récits qui entourent cette situation, Opinion Mondiale donne la parole à Mohamed Abdellatif El Handouz, qui se présente comme ancien porte-parole officiel du mouvement.
Dans cet entretien, il expose sa propre analyse des événements et formule un certain nombre d’allégations concernant plusieurs personnes impliquées dans cette affaire. Les déclarations reproduites ci-dessous sont celles de l’interviewé et sont clairement attribuées à leur auteur. Elles ne constituent pas, en elles-mêmes, des faits établis par une décision de justice et n’engagent pas la responsabilité éditoriale de la rédaction quant à leur exactitude.
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Monsieur El Handouz, quand vous avez rejoint “Maroc de Demain”, qu’est-ce qui vous a motivé, et qu’espériez-vous construire ?
Quand je suis arrivé, le mouvement n’avait pas vraiment d’existence concrète. Il y avait des noms qui circulaient, des figures qui gravitaient autour du projet, mais rien de solide. Le problème, c’est que l’association du nom du mouvement à des personnalités comme Hicham Jerando ou Mustapha Aziz constituait un véritable frein. J’ai donc décidé de prendre les choses en main. Mon objectif était simple : faire de ce mouvement une entité politique ancrée dans des idées, pas dans des personnes. Je voulais qu’on parle de programme, de vision, pas de visages. J’ai commencé à structurer un discours cohérent, à l’introduire sur les réseaux sociaux, et ça a fonctionné. Le mouvement a commencé à exister vraiment.
Vous mentionnez Hicham Jerando dès le départ. Pour nos lecteurs qui ne le connaissent pas, qui est-il exactement ?
Hicham Jerando est un youtubeur d’origine marocaine installé au Canada, à Montréal. Il s’est construit une audience en diffusant des théories du complot sur la monarchie marocaine, en attaquant des personnalités publiques, en semant la polémique à travers des vidéos incendiaires. Il a fini par être condamné par contumace par la cour d’appel de Rabat à quinze ans de prison ferme pour incitation à des actes contre la sécurité de l’État. Il a également été condamné au Canada, par la Cour supérieure du Québec, à trente jours de prison ferme et à des amendes pour diffamation, à la suite de plaintes déposées notamment par un juge marocain. C’est quelqu’un qui utilise sa plateforme comme une arme, et qui reçoit des informations de sources très proches des cercles du pouvoir pour frapper des personnes qu’il cible. Et c’est là que le lien avec notre mouvement devient problématique.
À quel moment précis avez-vous commencé à sentir que quelque chose ne tournait pas rond au sein du mouvement ?
Il y a eu un moment précis. J’avais proposé d’intenter une action judiciaire au nom du mouvement contre le Parti National Rifain. C’était une démarche politique légitime, cohérente avec notre ligne de défense de l’intégrité territoriale. Mustapha Aziz a accepté, il m’a dit qu’il avait mandaté deux avocats de renom : Maître Najwa El Hiti et Maître Gilles-William Goldnadel, l’avocat franco-israélien très médiatique, figure incontournable des grands plateaux de télévision français, connu pour ses prises de position tranchées sur les questions géopolitiques et identitaires. J’ai pris ça pour argent comptant. Sauf qu’avec le temps, j’ai découvert qu’il n’avait jamais contacté ces avocats. Jamais. Il avait simplement utilisé leurs noms pour me donner l’impression que les choses avançaient. C’est là que j’ai compris que j’avais affaire à quelqu’un qui construisait ses relations sur du vent.
Vous êtes pourtant resté malgré tout. Pourquoi ?
Parce que j’avais investi en énergie, en temps, en crédibilité personnelle. Et parce que je croyais encore que le projet pouvait être sauvé malgré les hommes qui le portaient. J’ai continué à organiser des activités, notamment la réception du gouvernement kabyle, en coordination avec Aksel Bellabbaci, l’un des responsables du MAK — le Mouvement pour l’Autodétermination de la Kabylie. C’est un mouvement fondé et présidé par Ferhat Mehenni, qui dirige également le Gouvernement Provisoire Kabyle en exil. Il revendique l’indépendance de la Kabylie vis-à-vis de l’Algérie et entretient des liens affichés avec Israël, dont il espère la reconnaissance officielle. C’était un événement ambitieux, et nous l’avons réussi. Mais j’ai réalisé que tout ce travail servait en réalité à satisfaire des ego et à entretenir des illusions.
Cette collaboration avec le MAK a-t-elle créé des tensions au sein du mouvement lui-même ?
Oui, et c’est là que la fracture avec Aziz Saret a commencé à se creuser. Permettez-moi de vous expliquer qui est Aziz Saret, parce que son rôle est central dans tout ce qui s’est passé. C’est le secrétaire général du mouvement, et si l’on devait résumer la situation d’une formule, je dirais ceci : si Mustapha Aziz est le cerveau du serpent, alors tout le venin se concentre dans sa dent — et cette dent, c’est Aziz Saret. Il se présentait comme un intermédiaire privilégié auprès des cercles du pouvoir marocain, prétendant parler au nom d’Abdellah Saaf, l’ancien ministre de l’Éducation nationale, et promettait à Mustapha Aziz qu’il intercéderait auprès du Prince Héritier Moulay El Hassan pour obtenir la libération de ses biens saisis au Maroc. Des promesses qui n’ont jamais abouti, mais qui ont suffi à le maintenir dans une position d’influence au sein du mouvement.
Et sur la question du MAK et d’Israël, quelle était sa position ?
Aziz Saret a une sensibilité politique très marquée sur la question palestinienne. Il refuse catégoriquement toute coopération avec des cercles liés à Israël, que ce soit directement ou indirectement. Or le MAK, par ses positions ouvertement pro-israéliennes et ses appels répétés à la reconnaissance par Tel Aviv, représentait précisément ce type de coopération qu’il rejetait. Pour lui, s’associer à cette dynamique, c’était trahir une certaine vision du monde arabe. Cette divergence, au départ silencieuse, est devenue une ligne de fracture de plus en plus visible entre nous. Mais ce qui est encore plus grave, et je le dis en mon âme et conscience, c’est qu’Aziz Saret transmettait des informations sur des citoyens marocains — des personnes vivant en Europe comme au Maroc — directement à Hicham Jerando, au Canada. Des informations personnelles, des éléments privés sur des gens ordinaires qui n’avaient rien demandé, et que Jerando utilisait ensuite pour les attaquer publiquement sur sa chaîne, les détruire médiatiquement, parfois ruiner leur réputation du jour au lendemain. C’est une trahison profonde envers des compatriotes. Et c’est aussi pour ça que Jerando lui-même l’a accusé publiquement d’avoir utilisé sa plateforme pour cibler des personnalités marocaines en Belgique. Quand les accusateurs et les accusés finissent par se retourner les uns contre les autres, c’est que le système s’est effondré de l’intérieur.
Revenons sur Hicham Jerando. Vous l’avez présenté comme un problème dès le départ. Mais est-ce que vous croyez vraiment que Jerando a pris seul l’initiative de devenir cet opposant radical au Maroc, cet ennemi déclaré de la monarchie ?
Non. Et c’est là quelque chose que je tiens à dire clairement, parce que c’est une vérité que peu de gens connaissent. Hicham Jerando, au départ, n’était pas ce qu’il est devenu. C’est Mustapha Aziz qui a créé le phénomène Jerando. C’est lui qui l’a introduit, qui l’a instrumentalisé, qui l’a nourri d’informations et de récits pour en faire ce qu’il est aujourd’hui. Mais pourquoi ? Parce que Mustapha Aziz, avec Mehdi Hijaoui, avait un objectif précis : créer une guerre entre les deux grands services de renseignement marocains — d’un côté la DGST d’Abdelatif El Hammouchi, de l’autre la DGED de Yassine Mansouri. Ils voulaient semer la discorde entre ces deux appareils, les monter l’un contre l’autre, provoquer une fracture au cœur du dispositif sécuritaire du Royaume. Et Jerando était l’outil parfait pour ça : une voix forte, une audience large, une capacité à diffuser des accusations sans filtre. Dans ce sens, Jerando est, d’une certaine façon, une victime de ce système. Il a été utilisé, manipulé, orienté. Le problème, c’est qu’aujourd’hui, il est allé tellement loin qu’il est devenu un véritable ennemi du Maroc — condamné à quinze ans de prison ferme par la justice marocaine, poursuivi au Canada. Il a dépassé le rôle qu’on lui avait assigné, et il ne peut plus faire marche arrière.
Vous venez de mentionner Fouad Ali El Himma, le puissant conseiller de Sa Majesté le Roi Mohammed VI. Que s’est-il passé exactement autour de ce nom ?
C’est là que l’histoire devient vraiment surréaliste. Il y avait quelqu’un qui se faisait passer pour Fouad Ali El Himma. Un imposteur. Et Mustapha Aziz utilisait cet imposteur pour impressionner son entourage. La méthode était toujours la même : il mettait le haut-parleur lors des appels téléphoniques, pour que les personnes présentes entendent la voix de ce soi-disant El Himma. Dès que l’appel se terminait, il brodait des histoires fantastiques. Il racontait que Fouad était détenu, qu’il avait été dépouillé de toutes ses prérogatives par Abdelatif El Hammouchi. C’était du théâtre pur.
Qui est Abdelatif El Hammouchi, pour ceux qui ne connaissent pas ?
Abdelatif El Hammouchi est le patron de la Direction Générale de la Surveillance du Territoire — la DGST. C’est lui qui chapeaute la police nationale et les services de renseignement intérieur du Maroc. C’est l’un des hommes les plus puissants de l’appareil sécuritaire marocain, un personnage redouté, qui a la confiance totale du Roi. Dans le discours de Mustapha Aziz, El Hammouchi était présenté comme le grand ennemi, celui qui séquestrait El Himma, celui qui persécutait les opposants. C’était exactement le narratif que les médias algériens diffusent en boucle. Mot pour mot.
Et Yassine Mansouri, qui était également cité ?
Yassine Mansouri est le directeur général de la Documentation — la DGED —, le patron des renseignements extérieurs du Maroc. Un homme de l’ombre, qui opère sur la scène internationale. Lui aussi était présenté comme un ennemi dans le discours de Mustapha Aziz. On les accusait tous les deux d’avoir écarté El Himma, d’avoir mis El Hijaoui en danger. C’était la même mécanique : désigner des ennemis puissants pour se donner l’illusion d’être soi-même important.
Justement, parlons de Mehdi Hijaoui. Vous l’avez mentionné à plusieurs reprises. Qui est-il vraiment ?
Mehdi Hijaoui, c’est un personnage hors du commun, et pas dans le bon sens du terme. Il a été présenté — et il s’est lui-même présenté — comme l’ancien numéro deux des renseignements extérieurs marocains, la DGED. Le journal Le Monde l’a d’ailleurs décrit ainsi. Mais la réalité est plus complexe. Il a fui le Maroc après avoir accumulé des dossiers judiciaires, des affaires d’escroquerie, des victimes en Europe et en Amérique du Nord. Rabat a émis des mandats d’arrêt contre lui, et il a même fui l’Espagne après une demande d’extradition officielle. Il est aujourd’hui en cavale, quelque part en Europe. Ce qui est troublant, c’est qu’il a réussi à se construire une image de “lanceur d’alerte”, de “victime du régime”, alors qu’il est avant tout un escroc multirécidiviste qui a abusé de la confiance de dizaines de personnes. Et c’est cet homme-là que Mustapha Aziz présentait comme le plus grand agent de renseignement qu’il ait jamais connu.
Et Mehdi Hijaoui avait des liens avec Hicham Jerando ?
Oui, et c’est là que le tableau devient vraiment inquiétant. Hijaoui alimentait Jerando en informations — des informations sur des personnes, sur des dossiers, sur des personnalités publiques. Et Jerando les diffusait sur sa chaîne, sans filtre, sans vérification, causant des dégâts considérables à des gens qui n’avaient parfois rien à voir avec quoi que ce soit. C’est un circuit de désinformation organisé, avec Hijaoui comme source et Jerando comme vecteur. Et Mustapha Aziz était au cœur de ce réseau, conscient de tout, participant à tout.
Le nom d’Ignacio Cembrero est apparu dans cette affaire. Qui est-il, et quel rôle a-t-il joué ?
Ignacio Cembrero est un journaliste espagnol qui a consacré une grande partie de sa carrière à couvrir le Maroc et le Maghreb, d’abord pour le grand quotidien El País, puis pour d’autres médias. Sur le papier, c’est un journaliste. Dans les faits, c’est quelqu’un dont les écrits ont systématiquement ciblé la monarchie marocaine, les services de renseignement, les institutions du Royaume. Rabat l’a d’ailleurs poursuivi en justice pour diffamation. Il a été l’un des premiers à relayer l’affaire Mehdi Hijaoui dans la presse espagnole et internationale, le présentant comme une victime du régime, un « espion contraint à l’exil ». Ce faisant, il a contribué à donner une crédibilité médiatique à un homme qui est avant tout un escroc multirécidiviste sous mandat d’arrêt international. C’est ça qui est dangereux : quand des plumes sérieuses se mettent au service, consciemment ou non, d’un récit fabriqué de toutes pièces par des gens comme Mustapha Aziz et Hijaoui. Cembrero n’est pas un ennemi du Maroc au sens militaire du terme, mais ses écrits ont objectivement servi les intérêts de ceux qui veulent déstabiliser le Royaume.
Quand le fils de Mustapha Aziz a été incarcéré, comment cette mécanique de manipulation s’est-elle retournée contre lui ?
C’est le moment le plus révélateur de toute cette histoire. Quand son fils a été arrêté, Aziz a activé tous ses réseaux, réels ou imaginaires. Il appelait El Hijaoui et Sombrero tous les jours. Il a monté une sortie médiatique contre Yassine Mansouri, le patron des renseignements extérieurs, pensant que la pression publique ferait sortir son fils. L’idée venait d’El Hijaoui. J’avais essayé de l’en dissuader, de lui expliquer que cette vidéo ne ferait qu’aggraver les choses, mais il n’a pas voulu m’écouter. Après la publication, il a appelé El Hijaoui pour savoir si ça lui plaisait. El Mahdi a approuvé, lui a dit qu’El Himma avait écouté et était admiratif. Puis, face à la polémique, il a demandé le retrait de la vidéo. Et Aziz a obtempéré sans sourciller.
Vous étiez présent lors de ces échanges ?
Oui. Il mettait le haut-parleur, comme toujours. J’ai entendu la conversation où il suppliait le faux El Himma d’intervenir pour faire libérer son fils. Et au milieu de cette conversation, Aziz lui disait que les Français étaient satisfaits de leur projet commun, qu’ils allaient se voir le lendemain pour se concerter. Il mélangeait les affaires personnelles et les affaires politiques dans le même souffle, sans aucune pudeur.
Vous avez évoqué les familles des détenus politiques. Que s’est-il passé exactement avec elles ?
C’est ce qui m’a le plus affecté dans toute cette histoire. Il contactait les familles de détenus politiques marocains, notamment les familles de Radi et de Raissouni, leur promettant que Fouad Ali El Himma allait intervenir personnellement pour les faire libérer. Ces gens espéraient, attendaient, s’accrochaient à cette promesse. Et lui mentait sans la moindre hésitation. Quand son propre fils a été arrêté, j’ai voulu qu’il ressente, ne serait-ce qu’un instant, l’amertume de ce qu’il infligeait aux autres depuis des années. Mais même là, il n’a eu aucune prise de conscience.
Comment avez-vous vécu personnellement cette période ?
C’était épuisant, et surtout profondément décevant. J’avais cru en quelque chose. J’avais consacré du temps, de l’énergie, ma réputation à ce projet. Et je me retrouvais à observer un système de manipulation rodé, où les noms des uns et des autres étaient utilisés comme des monnaies d’échange, où les promesses n’avaient aucune valeur, où la politique n’était qu’un décor pour des intérêts personnels. Ce qui me choquait le plus, c’est que Mustapha Aziz utilisait des noms de conseillers de Macron, de Valls, d’autres personnalités de poids, en les impliquant dans des dossiers sans leur consentement, en activant le haut-parleur lors d’appels téléphoniques pour créer l’illusion d’un réseau puissant. Et en parallèle, il tenait des propos insultants envers la famille royale dans des cercles privés, tout en publiant des communiqués de loyauté absolue envers le Trône. C’est une double vie politique, et c’est extrêmement dangereux.
À quel moment avez-vous décidé que c’en était définitivement trop ?
La rupture est venue progressivement. J’étais resté loyal même quand tout le monde l’avait abandonné. J’exerçais mes fonctions de porte-parole avec sérieux et professionnalisme. Mais dès que j’ai commencé à m’exprimer publiquement sur certains faits, dès que j’ai évoqué devant une journaliste ce que je savais de l’affaire de son fils, Aziz Saret a commencé à m’écarter. Il organisait des activités sans m’en informer, prenait des décisions sans me consulter. Et quand j’ai, à mon tour, organisé des activités en tant que porte-parole officiel, ils ont publié des communiqués m’accusant d’usurper mon propre titre. C’est absurde, mais c’est révélateur de l’état d’esprit qui règne désormais dans ce mouvement.
Un dernier mot, Monsieur El Handouz. Si vous deviez résumer ce que “Maroc de Demain” est devenu aujourd’hui, que diriez-vous ?
Je dirais que c’est un projet qui portait en lui une idée juste, mais qui a été confisqué par des hommes dont les ambitions personnelles ont pris le dessus sur l’intérêt collectif. Le mouvement aurait pu être une voix sérieuse de la diaspora marocaine, un pont entre les Marocains du monde et leur pays, une plateforme crédible pour défendre les grandes causes nationales. Au lieu de ça, il est devenu le théâtre de manipulations, de faux réseaux, de promesses creuses et de règlements de comptes publics. Ce qui se passe aujourd’hui sur les réseaux sociaux n’est que la surface visible d’un naufrage qui a commencé bien plus tôt, dans l’ombre, loin des caméras. Et c’est ça, la vraie tragédie.
Note de la rédaction : Les propos reproduits dans cet entretien sont ceux de l’interviewé et lui sont clairement attribués. Ils sont publiés dans le cadre d’un entretien journalistique portant sur un sujet d’intérêt public. Les personnes citées qui souhaitent apporter des précisions, exercer un droit de réponse ou faire publier leurs observations peuvent contacter la rédaction d’Opinion Mondiale, qui examinera toute demande conformément aux règles applicables.