Alors que le New York Times soulignait, en janvier, que la politique du no shoes gagne du terrain dans certaines start-up – où les employés sont invités à laisser leurs chaussures à l’entrée –, les podiums et les tapis rouges racontent une tout autre histoire. Les escarpins bijoux, ornés de perles, de strass ou de broderies, s’imposent comme des pièces centrales conçues pour être vues et, en 2026, instagramées.
Le quotidien numérique américain Women’s Wear Daily évoque ainsi des « accessoires hyperluxueux » pour décrire les souliers du dernier défilé Prada automne-hiver 2026-2027, présenté en février à Milan : « Des escarpins richement ornés, dans des teintes frappantes de rouge rubis ou de jaune canari, agrémentés de perles et de pierres qui confèrent aux chaussures une allure délicate, proche de celle de bijoux, voire de lustres. »
Des lustres ? L’image peut surprendre, mais elle souligne la dimension spectaculaire de ces créations. En février, le Harper’s Bazaar américain confirmait : « Les chaussures ornées peuvent être tout aussi marquantes que des bijoux imposants. » Tout un vocabulaire décoratif revient au premier plan.
Codes aristocratiques
Cette esthétique opulente dépasse d’ailleurs les accessoires. Elle traverse également les silhouettes : retour des jupes à crinoline et des corsets, accumulation de textures, profusion de broderies et de détails. Une réactivation de codes aristocratiques, du rococo au victorien, qui convoque un imaginaire historique tout en répondant à une logique contemporaine de visibilité, où le luxe doit être suffisamment démonstratif pour justifier ses prix, largement questionnés ces dernières années.
Les séries télévisées à succès amplifient ce mouvement. La sortie de la saison 4 de La Chronique des Bridgerton, en février sur Netflix, a réveillé la tendance regencycore, qui s’inspire de la régence anglaise, une période d’exubérance et d’excès pour l’aristocratie au début du XIXe siècle. Très en vogue sur TikTok, elle exalte, comme l’explique Vogue France, un « vestiaire mêlant silhouettes Empire, décolletés carrés et manches bouffantes, complétés par des pièces en velours, des gants d’opéra et des accessoires en perles et en plumes », et ménage une place de choix aux chaussures ornées de rubans de satin, de soies pastel, de pampilles et autres ornements royaux. De quoi rassurer les chausseurs de métier, mis à l’épreuve par l’essor de l’allure athlétique.
Portées par ce désir de sophistication, les maisons emblématiques, comme Roger Vivier, Christian Louboutin, Jimmy Choo ou Manolo Blahnik, regagnent en visibilité. Leurs lignes spéciales mariage rivalisent de luxe : des souliers habillés de sequins (« dignes d’un conte de fées », précise Jimmy Choo), de boucles serties de perles et de cristaux (« pour vos soirées hors du temps », indique Roger Vivier) ou encore des modèles revêtus de dentelle, chez Manolo Blahnik. Autant de créations que n’aurait pas dédaignées Carrie Bradshaw, l’héroïne de Sex and The City.





Source:
www.lemonde.fr



