La déprescription n’est pas une négation des soins mais une réévaluation clinique destinée à sécuriser le parcours thérapeutique. Longtemps marginale, cette pratique gagne du terrain auprès des patients exposés à une polypharmacie importante, notamment ceux qui prennent plus d’une dizaine de molécules. L’objectif est d’identifier les médicaments dont le bénéfice attendu ne justifie plus le risque ou la contrainte, et d’engager ensuite un calendrier réfléchi d’arrêt ou d’ajustement.
Les raisons sont multiples : interactions médicamenteuses, effets indésirables cumulés, perte d’autonomie ou simplement complexité des prises qui nuit à l’adhésion. L’examen systématique de l’ordonnance implique une analyse du rapport bénéfice-risque au regard des comorbidités, de l’espérance de vie et des priorités de soin du patient. Ce processus repose sur des données cliniques, l’historique des traitements et un dialogue avec la personne concernée afin d’établir des objectifs thérapeutiques partagés.
L’approche pratique combine plusieurs étapes : revue complète des médicaments, hiérarchisation des priorités, arrêt progressif quand nécessaire, surveillance des signes de sevrage ou de réapparition des symptômes. Le rôle du médecin traitant est central, mais la coordination avec les spécialistes et le pharmacien favorise une transition sécurisée. La communication et l’information du patient sont essentielles pour anticiper les effets attendus et planifier des consultations de suivi. Le sujet s’inscrit aussi dans un enjeux plus large de santé publique et d’optimisation des parcours de soins.
Plusieurs obstacles freinent encore la diffusion de la déprescription : manque de temps en consultation, crainte d’une déstabilisation thérapeutique, fragmentation des prises en charge et parfois insuffisance de formation spécifique. Malgré ces freins, la pratique tend à se normaliser au bénéfice d’une prise en charge plus personnalisée. Réduire le nombre de médicaments inutiles ne signifie pas moins de soins, mais une meilleure adéquation du traitement aux besoins et aux objectifs de chaque patient.



